Bakary Sylla : « la Guinée a un taux de croissance estimé à 6,3%... »

Interview
Bakara Sylla, Chef de cabinet du Ministère de l'Économie et des Finances
Bakara Sylla, Chef de cabinet du Ministère de l'Économie et des Finances

CONAKRY- Le programme entre la Guinée et le Fonds Monétaire International risque t-il de prendre un coup à cause des réserves émises par cette institution au terme de sa dernière mission à Conakry ? Comment l’État guinéen compte gérer la subvention jugée « excessive » accordée à la société « Electricité De Guinée » ? Pour répondre à toutes ces questions, nous avons rencontré le Chef de Cabinet du Ministère de l’Économie et des Finances. Avec Monsieur Bakary Sylla, il a également été question des « fameux » 90 millions de dollars que la société Orange Guinée doit à l’État guinéen.

 

AFRICAGUINEE.COM : Le Fonds Monétaire International (FMI) vient de boucler une mission en Guinée au terme de laquelle elle a émis des inquiétudes sur les traces sur les 90 millions de dollars que Orange Guinée a payés pour obtenir la licence d’exploitation de la 4G. Quel commentaire en faites-vous ?  

BAKARY SYLLA :Napoléon avait l’habitude de dire qu’un croquis vaut mieux que mille discours. Donc, je vais vous montrer un courrier du ministre de l’Economie et des Finances adressé à la cheffe de mission de l’équipe pays en charge des revues régulières du FMI, où il disait que le 14 mars 2019, le Gouvernement guinéen à travers le ministère des Postes des télécommunications et de l’Economie numérique avec Orange Guinée a signé une convention d’exploitation des licences des réseaux mobiles 2G, 3G et 4G pour un montant de 90 millions de dollars. C’est un fait, l’information est bien remontée au fonds monétaire international. 

Dans un deuxième temps, il est important de savoir qu’il y a eu une facilité de payement. La facilité qui a été accordée à Orange Guinée consiste à payer ce montant en deux fois. La première moitié a d’ores et déjà été payée sur le compte transit de l’autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT). Les dispositions sont déjà prises par le ministre de l’Economie et des Finances pour transférer ce montant du compte de transit de l’ARPT vers les livres du trésor public. Les 45 millions de dollars, donc l’autre moitié seront évidemment versés au cours du second semestre 2019. 

Qu’en est-il de cette autre dette de 60 millions de dollars qui auraient été contractée en catimini par le Gouvernement avec le Qatar ? 

Il s’agit d’un appui budgétaire à très bas coût de 60 millions de dollars avec un taux d’intérêt de 0.5%. Ça veut dire que c’est une dette moins chère qui est très bien. Mais au sens de la définition du FMI de la notion de concessionalité, on était à 32%. Or, pour qu’une dette soit concessionnelle, il faut que l’élément de libéralité soit de 35%. Nous sommes en négociation très avancée avec l’Etat du Qatar pour ajouter un mélange don et prêt pour qu’on puisse combler ce petit gap-là pour arriver à 35% pour sortir l’appui budgétaire du Qatar du plafond de l’endettement du programme économique et financier avec le Fonds Monétaire International pour redescendre à 600 millions de dollars de dette contractée avec les projets à financement chinois.

Le Fonds a fait également observer que sur les 800 milliards prévues dans le cadre de la subvention d’EDG au titre de l’année 2019, la moitié a déjà été dépensée uniquement dans le premier trimestre. Comment peut-on expliquer cet état de fait ? 

Le problème du secteur énergétique en Guinée est un problème structurel. Vous savez très bien que nous produisons le kilowattheure à environs 1 500 francs guinéens et nous le revendons à moitié prix. Donc, il y a un gap structurel qui convient de combler pour qu’au moins l’entreprise soit à l’équilibre. Pour cela, il y a plusieurs options. La première c’est d’augmenter les tarifs, la deuxième c’est de diminuer les coûts d’exploitation d’EDG, la troisième option, c’est de faire un mélange des deux. En tout cas, il va falloir faire quelque chose sur le secteur énergétique en Guinée. Le Gouvernement guinéen et le fonds monétaire international, nous sommes d’accord qu’il faut maitriser les subventions et les transferts budgétaires vers EDG. 

Quelles sont les principales remarques que la mission a formulées au terme de son évaluation ?

Le Fonds Monétaire international encourage la Guinée dans sa trajectoire de forte croissance estimée à 6.3%. Nous avons un niveau de réserves de change élevé, ce qui permet de maintenir le franc guinéen dans un corridor de stabilité confortable. Nous avons rempli tous les critères quantitatifs et qualitatifs sur lesquels nous sommes jugés. Donc, le solde budgétaire de base, nous allons être à 0.8% du PIB. Tous les critères quantitatifs sont au vert. 

Là où nous péchons parce qu’il faut quand même tenir un langage de vérité, ce sont les objectifs qualitatifs. Ça veut dire que nous avons besoin d’un niveau de recette planché, il faut qu’on augmente la rentabilité de la fiscalité. Ça ne veut pas dire qu’il faut qu’on augmente les taux de prélèvement, mais qu’on élargisse les assiettes et qu’on diminue un peu les niches fiscales. 

Certains émettent des doutes sur la capacité de la Guinée de boucler ce programme parce qu’on a l’impression qu’à chaque fois qu’une mission d’évaluation du FMI arrive, elle repart avec des réserves.  Est-ce que ce programme de facilité élargie de crédit n’est pas en danger ? 

Non, elle n’est pas mise en danger parce que nous sommes à mi-chemin. C’est un programme triennal avec une revue tous les semestres. Nous en sommes à la troisième revue. Vous avez bien vu que les deux premières revues se sont bien passées. La troisième revue dont nous parlons, tous les critères quantitatifs sont au vert. Donc, je n’ai aucune inquiétude personnellement quant à la satisfaction de la troisième revue. 

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 112 

Créé le Vendredi 24 mai 2019 à 12:21