Damaro Camara : « Ce qui est intouchable dans la nouvelle Constitution… »

Interview
Amadou Damaro Camara
Amadou Damaro Camara

CONAKRY- Que cache la nouvelle Constitution qui devrait être bientôt soumise à un référendum ? Damaro Camara va t-il militer pour la levée de l’immunité parlementaire du Dr Fodé Oussou Fofana ? Le Chef de file de la majorité présidentielle au Parlement a dans cette interview qu’il nous a accordée, volé dans les plumes de Cellou Dalein Diallo, le leader de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée. 

 

AFRICAGUINEE.COM : Où en est le projet de nouvelle constitution ?

AMADOU DAMARO CAMARA : Je ne fais pas partie de l’équipe de rédaction, mais une constitution est une Loi du Gouvernement. Je pense que le Gouvernement le proposera au moment où il croira qu’il est opportun de le faire. 

Je suis le chef de file de la majorité à l’Assemblée, cette constitution ne se rédige pas là-bas. Ce n’est pas une proposition de Loi, ça doit être un projet de Loi. Et un projet de Loi vient du Gouvernement dont je ne suis pas membre. 

Quelles sont les parties intouchables? 

La limitation du mandat par exemple, c’est ce qui intéresse beaucoup de personnes. La nouvelle Constitution ne devrait pas changer la limitation du mandat. Mais je crois qu’il y a plein de consécrations que la nouvelle Constitution devrait faire pour consolider, bétonner une fois pour toute notre démocratie. C’est la parité par exemple, c’est les handicapés, c’est la démocratie participative, en donnant un rôle aux sages de notre pays pour la résolution de certains problèmes locaux, etc. Ce sont des idées que j’ai. Le jour où ça sera en débat, je ferais tout pour que ce genre d’idées puisse y figurer. Mais pour le moment, on n’en est pas là. 

Sur le terrain de la contestation, comment éviter qu’il y ait des débordements parce qu’on voit que le projet est réprouvé par certains ? 

Non, c’est une sorte de guérilla, on envoie une dizaine de personnes dans une masse pour semer le trouble afin que dans la communication on dise ça ne va pas. Ce sont des techniques que nous connaissons. Mais en dernier ressort, la seule chose que personne n’a le droit de dénier au peuple, c’est sa souveraineté. Moi je suis d’accord que ceux qui sont pour s’expriment, que ceux qui sont contre en fassent autant. En fin de compte qu’on laisse le peuple  se prononcer. 

La Guinée elle-même est née d’un référendum. C’est la première fille d’un processus référendaire en Afrique. Depuis 60 ans, le peuple de Guinée sait ce que c’est qu’un référendum. Elle a été créée suite à un référendum. En toute conscience elle a voté. Qu’on lui fasse confiance, 60 ans après que le même peuple puisse faire le même choix. 

Sauf que là, le but visé est différent selon certains…

C’est le même peuple. En 1958, c’était plus grave d’ailleurs parce que la France perdait en ce moment une possession aussi importante avec ces richesses comme la Guinée. Mais on refuse le débat parce qu’il y a une idée soupçonnant le Président de pouvoir se représenter. Moi je ne suis pas dans ce débat. 

Le débat est où ? C’est est-ce que la Guinée a besoin d’une nouvelle Constitution ? OUI. Est-ce que le Président de la République a le  droit de proposer à son peuple une nouvelle Constitution ? Oui. S’il n’est pas dans la légalité, qu’il veuille demander un autre mandat, ce n’est qu’une raison individuelle. Et la raison sociale doit primer sur la raison individuelle. 

Cellou vient de faire son mea-culpa en avouant avoir commis une erreur en participant au référendum de 2001 sous Lansana Conté. Comment réagissez-vous ? 

Ce n’est pas tout. Alors, les révoltes de 2006, de 2007, des insurrections avec ce cortège de morts, il faudrait qu’il assume ça aussi. Ce que je regrette dans tout ça, ceux qui s’appellent des hommes d’Etat ont une opinion sur un sujet quand ils sont au pouvoir, ils ont une autre opinion sur le même sujet quand ils quittent les affaires.  Je ne trouve pas ça séreux. 

Ne pensez-vous pas que ça soit tout de même honnête de la part de Cellou Dalein Diallo de faire cet aveu ? 

Ce n’est pas une honnêteté. Il faut l’assumer. Il a tellement de choses du genre à assumer qu’il n’en a assumé qu’un seul cas. Il faut qu’il assume et qu’il arrête dans ces conditions de donner des leçons aux autres. Quand il reconnait lui-même avoir commis une erreur, qu’il ne fasse pas alors une leçon aux autres. Il n’est pas bien indiqué pour faire des leçons. Sous d’autres cieux, il ne serait même pas permis d’en parler. Parce qu’il serait rattrapé par cet acte qu’il aurait commis dans l’histoire récente du pays. 

Si tu veux assumer un héritage, tu assumes l’actif et le passif. Mais tu ne peux assumer le bon côté d’un régime et accuser les autres du mauvais côté. Quand on assume, on assume entièrement.  

Une organisation de la société civile a porté plainte contre l’honorable Oussou Fofana pour incitation au Djihad. La démarche vous paraît-elle réaliste ou démagogique ? 

Je crois que le Balai Citoyen a porté des plaintes ici et qui ont été recevables à la justice. Pourquoi trouverez-vous que cette fois-ci puisqu’il s’agit de Fodé Oussou, ça serait démagogique ? On ne peut pas appeler des gens  pour leur dire : « allez-y, faites vos ablutions, considérez-vous en djihad, allez-y faire ça ». Dans la sous-région aujourd’hui, même ce matin encore on parlait d’attaque au Burkina, il y en a au Mali. Ce sont des pays voisins ça. Il ne faut pas s’amuser avec certaine expression. 

Mais quand le directeur de la communication dit : « nous allons installer notre leader par un coup de force », quand le leader du parti dit : « est-ce que vous êtes prêts à mourir ? », « nous sommes d’accord avec les soussous, en cas  de problèmes, ils vont nous supporter », quand le vice-président dit : « faites des ablutions, considérez-vous en djihad », il y a lieu de s’inquiéter. La rhétorique est plus dangereuse que des armes de destruction massive. 

Si on demande la levée de l’immunité parlementaire de Dr Fodé Oussou quelle sera votre attitude ? 

Le bureau de l’Assemblée l’appréciera. C’est au bureau de décider de la recevabilité d’une plainte de ce genre. Comment voulez-vous que je me prononce avant que ça ne nous arrive ? Sur mon propre cas, je ne me suis pas prononcé avant que ça n’arrive. Quand c’est arrivé, on s’est prononcé. 

Allez-vous lui retourner l’ascenseur ? 

Ce  n’est pas un problème de retourner l’ascenseur. La demande de levée l’immunité pour un problème de diffamation entre individus concernant Gaoual est arrivée avant mon cas, nous n’avons pas donné de suite. Donc, ce n’est pas un retour d’ascenseurs.  C’est un problème de droit et de procédure. 

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Jeudi 16 mai 2019 à 18:54