Condamnation de Mohamed Touré aux USA : Un exemple pour lutter contre les violences domestiques ?

Violences domestiques
Asmaou Doukouré Bah
Asmaou Doukouré Bah

GUINEE-La condamnation de Mohamed Touré fils du premier président guinéen et de son épouse aux USA pour esclavagisme est-elle un exemple à suivre pour luter contre les violences domestiques à l'égard des jeunes filles en Guinée ? Madame Doukouré Asmaou Bah, leader du syndicat national des employés de maisons de Guinée que nous avons interrogé donne son analyse sur ce problème de société. La syndicaliste estime que la problématique est plus profonde en Guinée qu’on ne le pense. Dans cet entretien qu’elle nous a accordé, elle a averti que « si on applique la loi chez nous en Guinée, aucune famille ne sera épargnée ».

AFRICAGUINEE.COM : Comment avez-vous accueilli la condamnation du couple Touré aux Etats-Unis pour maltraitance et esclavagisme contre une fille adoptive originaire de la Guinée ?

J’ai appris comme tout le monde cette affaire du couple Touré. J’avoue que je ne connais pas le mobile profondément. Donc c’est difficile pour moi de me prononcer. Si l’Amérique a condamné ce couple selon les lois du pays, je pense que notre pays a aussi ses lois en la matière. En tant qu’une femme qui défend les travailleuses domestiques, je ne sais pas si le couple Touré a pris cette fille en tant que travailleuse domestique ou bien si c’est à travers des liens de parenté. Vous savez chez nous en Afrique, souvent on envoie des homonymes, des nièces, des neveux ou des personnes en éducation dans d’autres familles, je ne sais pas si c’est le cas.  

Pensez-vous que cette condamnation pourrait être un exemple à suivre pour lutter contre les violences domestiques à l’égard des jeunes filles en Guinée ?

Chez nous ; nous avons déjà nos lois. C’est l’application qui manque. Si on se penche à cela, je ne crois pas s’il y aura une famille qui sera épargnée, parce que nous voyons en longueur de journée la situation des fillettes dans les ménages, ce qu’elles sont en train de subir dans les maisons et c’est partout. C’est l’applicabilité de la loi qui pose problème.

Est-ce que vous enregistrez des plaintes de ce genre ?

A chaque fois que nous recevons une plainte soit contre une travailleuse domestique ou en tout cas un problème entre un patron et sa bonne, nous nous sommes toujours passés par l’inspection générale du travail ou par un avocat. Nous avons pu trouver la solution aux quelques problèmes que nous recevons.

Quelle est leur fréquence ?

Bon vous savez chez nous, quand une femme ou une fille se plaint, une fois qu’on dit ils vont au tribunal ou au commissariat, ça devient un tabou. Les gens commencent à dire qu’ils sont partis même jusque devant la loi. Si je vous envoie devant la loi, une haine nait et reste entre les familles. C’est ce qui fait que c’est un tabou. Ce qui fait que les gens ne le font pas souvent.

Que faites-vous pour améliorer les conditions de travail et de traitement de ces travailleuses domestiques ?

C’est un combat continu. Mais le niveau du traitement n’a pas beaucoup évolué. Ce que nous avons gagné en Guinée,  c’est le fait que les travailleurs domestiques et leur travail sont reconnus par les loi de notre pays. Nous avons déjà ratifié la convention 189 relative aux travailleurs domestiques. Notre combat actuellement, c’est comment ces domestiques pourront avoir une loi nationale qui les protège.  Mais j’avoue que c’est très difficile sur le terrain  surtout que les personnes que nous  sommes en train défendre sont presque toutes analphabètes. C’est difficile de défendre une personne qui ne connait pas son droit. Mais on va continuer la lutte.

C’est fréquent de voir des enfants à l’âge d’aller à l’école dans les travaux ménagers très durs. Que faites-vous  pour cette couche ?

Oui vous savez avec la pauvreté galopante dans notre pays, au lieu que les parents n’envoient les enfants notamment les filles à l’école, ils préfèrent les amener dans des familles un peu plus aisées et ils récupèrent l’argent  payé à ces enfants. Dans certains cas, il se trouve que les filles ne savent même pas combien elles gagnent, les contrats sont souvent entre patron et parents des domestiques. Donc c’est un combat que nous continuons de faire  surtout à traves la sensibilisation. Parce que notre corporation ne peut pas faire une grève générale illimitée comme d’autres secteurs. Ceux qui font le travail  sont derrière des portes des maisons ; c’est difficile de comprendre si elles ne parlent pas.

Nous avons des perspectives pour les prochaines années, après une activité prévue courant Mai nous avons un projet de loi  que nous comptons déposer à l’Assemblée nationale avec le concours du ministère du travail afin d’obtenir une loi qui défendra plus les domestiques. Nous visons à avoir un salaire décent et une vie décente  pour les domestiques. Il faut également que les employés les enregistrent à la caisse nationale de la sécurité sociale. Parce que c’est rare que l’employeur accepte  une femme nourrice comme bonne ou une femme en grossesse. Donc ce n’est pas facile.

Entretien réalisé par Alpha Ousmane Bah(AOB)

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 664 93 45 45

Créé le Samedi 04 mai 2019 à 11:02