Conakry : Plusieurs familles menacées de déguerpissement à Kapro-rails...

Société
Rouguiatou Bah, habitante de Kaporo-rails
Rouguiatou Bah, habitante de Kaporo-rails

CONAKRY-Les populations de Kaporo-rails sont à nouveau menacées de déguerpissements. Toutes les habitations situées entre l’ambassade des Etats-Unis et la radio Lynx FM sont dans le collimateur du département de la ville et de l’aménagement du territoire. Les occupants de cette zone sont sommés de quitter leurs domiciles d’ici le 30 septembre 2018. 

La nouvelle est tombée comme un couperet sur la tête des responsables de familles qui se demandent par où donner de la tête. Pourtant en 2014, à l’occasion d’une visite du Chef de l’Etat dans cette zone, Alpha Condé avait assuré que plus personne ne sera déguerpi dans ce quartier. Aujourd’hui, les habitants sont à la fois surpris et inquiets. Certains habitent ce quartier depuis une vingtaine d’années. 

Rouguiatou Bah est habitante de Kaporo-rails depuis plus de 20 ans. Elle a perdu son époux depuis 7 ans. Assise dans sa cour, entourée de plusieurs enfants et de ses belles filles nourrices, cette veuve explique qu’elle est maintenant la responsable de toute la famille.  

« Nous avons habité dans cette maison il y a de cela 26 ans. Elle a été construite depuis de longues années. Mon mari travaillait à la CBG (Compagnie des Bauxites de Guinée, Ndlr) et il est décédé il y a de cela 7 ans. Mon mari est parti en me laissant avec des enfants. Moi je ne suis pas instruite, je ne travaille pas et j’ai beaucoup d’enfants. Heureusement qu’on avait cette maison, si on gagne quelque chose à manger, on mange et on rentre se coucher ici. Je suis très inquiète, depuis qu’ils ont commencé à nous envoyer des papiers nous demandant de quitter nos maisons d’ici le 30 septembre, moi je ne dors pas, je ne mange pas bien et je suis hypertendue. Imaginez qu’on nous déguerpisse d’ici, personnellement j’ai 6 enfants, on a beaucoup d’enfants qu’on a adoptés, beaucoup de nos parents ont envoyé leurs enfants chez nous pour qu’ils étudient. Nous sommes tellement nombreux ici, je prépare au moins 10 kilogrammes de riz par jour et je n’ai pas de mari », confie cette mère de famille la mort dans l’âme. 

kaporo1.jpgDe nombreuses familles ont été déguerpies par l’Etat ces dernières années, sans dédommagement suffisant. Les occupants de la zone visée à Kaporo-rail craignent pour leur sort aussi. Ils demandent à l’Etat de les laisser tranquille. 

« Je demande aux autorités de nous laisser tranquille maintenant pour qu’on puisse élever nos enfants parce qu’on sait tous ce qui s’est passé à Kaporo-rails ici auparavant. Vraiment on demande l’aide de nos autorités pour ne pas que nos enfants se dispersent et deviennent des bandits », a lancé cette occupante.

Depuis le 10 août dernier, les autorités en charge de l’habitat ont commencé à distribuer des documents composés de deux papiers, l’un est signé par un huissier de justice du nom de maitre Traoré et un autre signé par le Directeur National Adjoint de l’Urbanisme et de l’Aménagement du Territoire. Ces mandataires viennent pour demander le nom du chef de famille après ils remplissent. Dans ce document qu’ils ont remis aux chefs de familles, il est demandé aux gens qu’ils qualifient « d’occupants illégaux », de libérer les lieux d’ici le 30 septembre. Mamadou Samba Sow est aussi domicilié à Koporo-rails depuis plusieurs années, il explique la chaine tout en relevant des incohérences.

« Ils ont donné des lots, des numéros. Mais le hic, les gens ne se retrouvent pas dans ces domaines-là. On se demande qu’est-ce qui se passe. Est-ce une erreur ou une manipulation ? En tout cas ce n’est pas cohérant. Et parfois, vous constaterez que les documents que les citoyens reçoivent portent le même numéro de lot alors qu’il y a la distance entre les concessions. Parfois on ne remplit même pas ces lots-là. Donc tout ça ce sont des anomalies, on a contacté l’huissier de justice qui parfois raconte des sornettes, lui-même ne sait pas qu’est-ce qui est derrière, tantôt il vous dit qu’il a appris que c’est une institution qui doit être affectée par-là pour construire son siège, tantôt le directeur de l’aménagement du territoire et du l’urbanisme vous dit qu’il s’agit d’ouverture des routes », a fait observer cet habitant de Kaopro-rail. 

Les occupants n’entendent pas se laisser faire. Ils comptent aller jusqu’au bout. « Personne ne restera indifférent dans cette situation. Le chef de l’Etat sera alerté et au moment venu les gens vont se lever s’il le faut pour défendre coûte que coûte leurs domaines. Ici, il y a les robinets de la SEG, il y a les installations électriques d’EDG, il y des écoles privées, il y a un marché, il y a des mosquées et des cimetières, il y a des postes de polices et de gendarmeries. Donc on ne peut pas dire que c’est un domaine de l’Etat sinon l’Etat aussi est responsable de cette situation. Puisque c’est lui qui a fermé les yeux et a laissé les gens occuper » relève Mamadou Samba Sow.

Dans les années « 80 », cette partie de Kaporo portait le nom de Kipé 2. Les occupants disent disposer des documents délivrés par les autorités de l’urbanisme d’alors qui ont affecté ces parcelles. 

Fermer la plaie ouverte…

Le 4 mai 2016, le Président Alpha Condé qui s’est rendu à Koporo-rails a présenté des excuses de l’Etat aux citoyens déguerpis de Kaporo-rails en 1998. Dans son discours, le chef de l’Etat avait promis qu’on ne va plus jeter les gens dans la rue. A l’époque, il avait promis qu’il allait faire en sorte que les gens qui ont été déguerpis soient correctement indemnisés.

« Koporo-rails est une plaie ouverte qui n’est pas encore refermée. Il est du pouvoir du Gouvernement de déguerpir des citoyens, mais cela se fait dans les conditions démocratiques c’est-à-dire dans le respect des personnes et de leurs biens. En cas de nécessité service et d’utilité public, on peut déguerpir des citoyens mais pas de façon sauvage comme cela a été fait à Kaporo-rails. Donc le moment est venu de fermer cette plaie ouverte afin de réconcilier les populations de Kaporo-rails avec l’Etat. (…) Donc nous voulons dire à Kaporo-rails que c’est toute la Guinée qui est peinée de ce qui s’est passé ici mais, nous demandons de se tourner vers l’avenir. Ensemble on va fermer cette plaie et faire en sorte que les gens qui ont été déguerpi soient rétablis dans leurs droits cela veut dire qu’ils soient correctement indemnisés. (…) Je dois présenter des excuses aux citoyens de Kaporo-rails parce qu’ils étaient injustement agressés même si l’Etat avait le droit de déguerpir, il fallait respecter leur dignité et leurs droits. Nous allons faire en sorte que cette dignité et ces droits soient respectés. Mais nous continuons à déguerpir que ça soit à Kaporo-rails ou autre part parce qu’il faut que Conakry change. Mais, on ne va pas jeter les gens dans la rue, nous allons d’abord faire des constructions pour permettre aux gens de déménager », avait-il lancé.

A suivre…

 

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com                                                                                                                                                                                   

Créé le Mercredi 05 septembre 2018 à 15:02