Fodé Baro : « Je ne soutiens aucun parti en Guinée… » (Interview)

Interview
Fodé Baro
Fodé Baro

CONAKRY- Son nom est connu au delà des frontières guinéennes. Auteur, compositeur, arrangeur, Fodé Baro fait aujourd’hui la fierté de son pays la Guinée. Ce week-end, l’artiste a bien voulu nous ouvrir ses portes. Avec lui, nous avons abordé plusieurs questions liées notamment à sa carrière musicale. Fodé Baro répond ici également aux accusations portées contre lui sur son soutien prétendu au Président Alpha Condé. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Si on vous demandait qui est Fodé Baro, que répondriez vous ?

FODE BARO : Fodé Baro n’est pas méconnu, c’est un chanteur guinéen qui fait sa petite aventure depuis 1995. Aujourd’hui, il continue sa carrière comme tout artiste. Je suis fils de Guinée, natif de Kankan, dans la sous-préfecture de Moribaya.

Qu’est-ce qui vous a encouragé à être artiste ?

Je suis d’une famille très religieuse. Nous sommes des chérifs, ma famille est tellement impliquée dans la religion. Normalement,  je ne suis pas habilité à faire ce métier, vue la notoriété de mon origine. Cela a été très difficile pour moi. Mais chaque homme a son destin et sa traversée. J’ai aimé la musique, j’ai été attiré par la musique depuis l’école et par le grand chanteur guinéen le feu Aboubacar Demba Camara. J’ai commencé comme ça et je suis parvenu à faire une carrière. On essaye de tenir haut encore le drapeau rouge jaune vert. On essaye de tendre la main aux jeunes, parce qu’il faut la continuité pour la culture, il faut ouvrir la porte aux jeunes pour les envoyer loin dans leurs ambitions.  

Quel est votre style musical ? Vous avez combien d’albums à votre actif ?

Fodé Baro est un musicien qui a appris la musique à l’école, le solfège. Je suis sorti avec un diplôme dans une grande école en France. J’écris et lis la musique. Je suis auteur compositeur, arrangeur, réalisateur et ingénieur de son. Quand on arrive à passer par ces écoles on n’a pas de style.  Fodé peut faire tout type de musique. Quand je fais du zouk, les gens aiment. Je crée d’autres tendances toujours mes fans consomment. Je ferais bientôt un nouvel album avec beaucoup de surprises. Mon dernier clic tolérance, c’est la nouvelle tendance. Je crée à chaque fois  un nouveau style qui me plait à travers notre vécu. Un artiste complet n’a pas de style. C’est celui qui rentre dans la musique pour le commerce et qui ne crée pas, qui a un style musical. J’ai 6 albums à mon actif sur le marché à savoir : Donsoké , Aventurier, Sandali , Débrouillons nous , Foufafou et Rien que la vérité sorti en 2016.

Quel genre de messages vous véhiculez généralement dans vos chansons ?

Je chante beaucoup l’amour, la réalité de la vie quotidienne, la paix. Je suis presqu’un poète et je conseille les gens. Je  suis un parolier et je m’intéresse beaucoup à la société, parce que c’est la société qui nous fait vivre. La musique console le public et  aide à mieux vivre. Quand le message que tu communiques est fort c’est obligatoire que les gens le kiffent puisque tu touches leurs cœurs. Parfois, les femmes m’appellent un peu partout dans le monde, elles pleurent  en me disant qu’en écoutant ma musique, elles se retrouvent dedans. C’est la force de la musique, c’est d’aller chercher les cœurs des gens et dire ce qu’ils vivent sans les connaitre.

Parlez-nous de vos moments de succès…

 J’ai commencé à avoir du succès depuis le premier album en 1995 et jusqu’aujourd’hui. Le public  m’adore et j’aime les gens. Je profite de mon succès pour plaider pour la paix et le bonheur pour mon peuple et tout le reste du monde. J’ai eu 4 trophées panafricains. Des platines et disques d’or, sur le classement de meilleur artiste africain. Le tout premier a été livré au Gabon en 2001, après le Mali, ensuite au Sénégal, et je dois recevoir vers le mois d’octobre à Abidjan un nouveau trophée. Et j’ai plein d’autres consécrations. Je remercie le bon Dieu, parce que ce n’est pas donné à tout le monde. Et l’honneur revient à la Guinée.

Quel est le secret de votre réussite ?

Ce n’est pas magique. Je crois que la réussite c’est une vision,  savoir ce qu’on veut et d’aller le chercher. Si tu le cherches dans la logique c’est fort possible que tu l’obtiennes ?

Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées dans votre carrière musicale ?

J’ai eu trop de problèmes avec les femmes, parce que j’ai évité dans ma carrière les relations amoureuses avec elles. Elles pensent que je l’ai rejette mais  je les considère comme mes fans. Et cela a été un gros problème pour moi. A force de rejeter tu te fais des ennemis. Pour moi, un artiste tu es fait pour danser et rigoler avec les gens. Si toutes les femmes qui te sourient et t’aiment, il faut les mettre dans ton lit, là ce n’est plus de l’art. Pour se faire respecter, je crois que la première des choses c’est les femmes que tu dois respecter.  J’ai évité des bêtises avec les femmes dans ma carrière pour ne pas ternir mon image. Par contre, j’adore et côtois les femmes. Mais j’ai mes amours, j’ai préféré le mariage.

Fodé Baro est marié à combien de femmes ?

Mon premier mariage a duré 15 ans. Mais j’ai divorcé et je me suis remarié à une autre femme. Aujourd’hui, je suis père de trois enfants.

Est-ce que les crises qui sont devenues récurrentes en Guinée ont des impacts sur vos activités ?

La crise dérange tout le monde et c’est inutile. On est déjà dans la merde, si on crée une autre merde où allons-nous ? La crise guinéenne, nous sommes responsables.  Le problème n’est pas l’Etat ni l’opposition, c’est le peuple qui a quitté le cadre de la réussite. On est parti vers la délinquance, la manipulation,  la corruption et l’injustice. On n’a accepté qu’on nous divise. Ce que tous les autres pays africains refusent aujourd’hui, c’est ce que nous on n’a adopté et cela a créé une division totale. Maintenant,  comment nous réunir ? Mon dernier album « Rien que la vérité », c’est pour montrer au peuple qu’on est con. J’ai dénoncé en disant aux politiciens qu’on n’en a marre. Il faut qu’on ose dire la vérité aux guinéens. Pourquoi ne pas s’asseoir pour réfléchir ? On se met ensemble en disant qu’il n’y a pas de soussou, peulh, malinké ou Guerzé. On est le même peuple.

Qu’est-ce qui vous a poussé alors à soutenir le Président Alpha Condé ?

Je ne soutiens aucun parti, je suis apolitique. Le président Alpha Condé a posé des actes à encourager. Il a fait des usines qui vont être bénéfiques pour les guinéens.  Je l’accompagne pour ces actes, parce qu’il m’a montré plein d’actes concrets. Comme tout dernièrement, j’étais avec lui à l’intérieur du pays, l’usine de Fria a repris, beaucoup de personnes ne sont plus au chômage. Tant qu’Alpha Condé posera des actes concrets je serais sur le terrain avec lui pour montrer que ce qu’il fait c’est pour le peuple de Guinée. L’hôpital Donka, il est entrain de rénover avec une haute technologie. Il faut  que cela  soit clair dans la tête des gens. Même si on n’est pas fier de lui, on doit être fier de ces actes positifs. Demain,  quand  Cellou va venir au pouvoir, s’il pose des actes je vais l’accompagner. On n’aime trop juger sans savoir le contenu. On se fait mal nous-même et on régresse de jour en jour. La mentalité du peuple guinéen est détruite, regardez la maturité des pays voisins comme le Mali, le Burkina Faso.   

Quels sont vos projets ?

J’ai beaucoup d’ambitions, je veux installer des studios de haut standing, la production, les évènements, les radios et télévisions privées. Je suis dans beaucoup de choses qui sont en route. Notre objectif pour la musique c’est d’insérer les jeunes dans la réalité guinéenne. J’aimerais qu’ils rentrent dans la créativité en faisant le jumelage.  Ils ne doivent pas rester dans l’esprit de suffisance, ils doivent consulter leurs ainés qui ont de l’expérience dans la carrière.  Qu’on puisse les encadrer comme dans les autres pays. La musique urbaine guinéenne c’est du gâchis. Ça me fait mal de voir  que cette nouvelle génération n’évolue pas.

 

Interview réalisée par Bah Aissatou

Pour africaguinee.com

Tél. : (+224) 655 31 11 14                             

Créé le Samedi 25 août 2018 à 18:25

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