Hommes politiques et chefs religieux : bonnet blanc et blanc bonnet

Libre Opinion
Habib Yinbering Diallo
Habib Yinbering Diallo

A priori les propos d’un imam qui fait de l’ostracisme son cheval de bataille et le retard de certains pèlerins guinéens pour se rendre sur les Lieux saints de l’islam sont deux événements qui n’ont rien de commun. Mais à approfondir la réflexion, on se rend compte qu’ils sont intimement liés. Car tous les deux indiquent clairement que les Guinéens se demandent désormais à quel saint se vouer. C’est l’illustration la plus parfaite qu’il est difficile voire impossible de trouver désormais un recours dans ce pays. 

Commençons par le fiasco dans l’organisation du pèlerinage. C’est finalement le 16 août que le dernier convoi de pèlerins guinéens a pu décoller de Conakry. Ce groupe ne pouvait plus  effectuer tout le rituel à cause de ce retard. D’où la colère et le désespoir des concernés avant leur départ. Ils n’oublieront jamais l’odyssée qu’ils ont vécue à Conakry. 

Un véritable calvaire jusqu’à la dernière minute à cause de l’incertitude de leur départ. Dire au revoir aux siens de l’intérieur du pays pour certains et de Conakry pour d’autres et attendre jusqu’à ce que les pèlerins du monde entier rallient l’Arabie Saoudite, ce fut le comble pour eux. Aller tous les jours au centre islamique pour le voyage purificateur et revenir à la case départ. Nombre d’entre eux étaient désespérés avant la délivrance. Cette souffrance physique et morale de nos pèlerins atteste que dans ce pays les hommes changent mais les méthodes restent. En particulier pour l’organisation du pèlerinage, les choses vont de mal en pis chaque année. 

Selon certaines informations, de pèlerins ont été débarqués de l’avion pour céder la place à d’autres. En l’occurrence des proches des hauts perchés. Seule explication donnée à ceux qui ont été débarqués « l’ordre est venu d’en haut ». Ils n’avaient que les yeux pour pleurer. 

Revenons maintenant au deuxième cas, les propos attribués à un imam de Kindia qui fait l’apologie de l’ostracisme. Sans doute que cet imam manque de culture générale pour savoir que, juste à côté de nous, un concept pareil a coûté la vie à des milliers de personnes. La leçon ivoirienne devait nous mettre à l’abri de ce genre de dérives.

A priori donc, le fiasco dans l’organisation du Hadj et les propos suicidaires de Kindia n’ont rien de commun. Et pourtant ils ont en commun le fait d’être commis par des hommes censés être un modèle et une référence. Le pèlerinage est organisé par ceux qui sont chargés du culte. Et l’imam est censé être infaillible. D’où la gravité de leurs actes.

Si les organisateurs du pèlerinage sont capables de remplacer un pèlerin sans « bas long » par un autre, si le discours d’un imam est aux antipodes du sermon du vendredi que lui et ses homologues font chaque semaine, il va de soi que notre société soit en perte de repère. Pour beaucoup, si les religieux étaient impliqués dans la gestion de la chose publique, il y aurait une meilleure répartition de nos richesses et une meilleure gestion des biens publics. Un argument balayé d’un revers de la main par le comportement peu islamique de certains de nos chefs religieux ces derniers temps. 

Désormais s’il y a le népotisme dans l’administration publique, il y en a aussi dans les affaires religieuses. Si les hommes politiques font un discours ethniques, des chefs religieux en font autant. Des faits et méfaits qui relancent le débat sur l’impérieuse nécessité de séparation  de la religion et de l’Etat.

Habib Yembering Diallo

Téléphone : 664 27 27 47

Créé le Mardi 21 août 2018 à 10:14