Guinée : l’autre facette de l’immigration clandestine…

Société

LABE- En Guinée, les candidats à l’immigration clandestine sont nombreux malgré les risques que le phénomène comporte. De nombreux jeunes guinéens n’ont qu’un but : atteindre vaille que vaille les côtes européennes via la méditerranée.

Au-delà du voyage « suicidaire » nombreux sont ces candidats à l’immigration clandestine qui volent les ressources de leurs parents, proches ou collaborateurs de confiance pour entamer le périple. La région du Fouta-Djalon en moyenne Guinée, est l’une des plus touchées par ce fléau.

Boubacar Barry âgé 35 ans, ancien candidat malheureux à l’immigration clandestine s’est reversé dans la fabrication des bonnets traditionnels (Pouto). Ce jeune originaire de la sous-préfecture de Dounet (Mamou) explique comment il avait réussi à tromper son frère en 2010 pour prendre le chemin de l’Europe.

« En 2008, un frère m’a envoyé auprès de lui à Conakry pour l’aider dans son petit café qu’il gérait cumulativement avec la profession de chauffeur de Taxi. En 2010, des amis m’ont motivé à prendre le chemin de l’Europe via la mer à partir du Maroc, mais je n’avais pas d’argent pour payer ma traversée. Après quelques jours de calcul, j’ai revendu le taxi de mon frère à quelqu’un à 11 millions de francs guinéen. En ce moment, le prix de la traversée oscillait entre 8 à 9 millions de francs guinéens. Mais une fois arrivée au Maroc, des escrocs m’ont retiré le montant.  Je ne pouvais plus continuer et j’avais peur de rentrer au pays sachant que mon frère ne va pas me pardonner. J’ai décidé de présenter des excuses à mon frère. Il m’a compris et m’a envoyé même de l’argent pour mon transport retour. A mon arrivée, il m’a dit qu’il m’a pardonné, mais il ne me gardera plus chez lui. C’est suite à son refus que je suis rentré au village, maintenant je tisse des pouto (bonnet traditionnel) pour joindre les deux bouts » a témoigné ce jeune avouant que c’est le poids de la pauvreté qui l’a amené sur ce terrain. 

La semaine dernière, à Pita, un mécanicien de moto a été victime d’un vol d’un montant de 17millions de francs guinéens. La victime Thierno Mamoudou, a été volée par son neveu qui apprenait la mécanique chez lui. « Je l’envoie souvent faire des transactions bancaires (versement) pour moi. Cette fois il a sorti un autre visage, je l’ai envoyé à mon domicile prendre les 17 millions pour la banque, depuis je l’ai plus revu. On m’a fait savoir qu’il était accompagné de 4 autres garçons. C’est un de ses amis qui m’a dit que mon neveu avait un projet de voyage vers Bamako. Finalement une source m’a expliqué qu’il a quitté Bamako en direction de la Libye. J’avais même passé des communiqués radios pour le retrouver mais il est parti », raconte le mécanicien qui se remet à la volonté de Dieu et prie pour la réussite de son voleur.

« Je prie Dieu qu’il atteigne son objectif, je sais qu’il a envie de réussir et changer la vie de sa famille. Au lieu de m’énerver contre lui, le mieux c’est de prier afin qu’il réussisse parce que de toute façon il est parti », relativise-t-il

Madame M.B, femme de ménage en a appris aussi à ses dépens. A la seule différence, c’est son enfant qui a volé une valeur de 13 millions GNF à son patron avant de se ‘’volatiliser’’: « Je ne savais pas que mon garçon voulait voyager, là où je travaille, on m’a dit que mon enfant a pris de l’argent. Son patron a menacé de me mettre en prison. J’étais obligée de le rechercher, enfin j’ai compris qu’il est parti dans un pays qu’on appelle Niger. Je suis allée dire ça au patron. Heureusement que sa femme a été de mon côté pour prier qu’on me pardonne. Ça été une période très chaude pour moi. Le patron a eu pitié de moi, il m’a dit de rester tranquille, il ne me fera pas payer la somme », raconte la mère de famille, déplorant que son enfant n’ait pas pu arriver à destination. Aujourd’hui elle dit être très inquiète pour son fils dont elle n’a plus de nouvelles depuis deux mois.   

« Ce qui est malheureux pour moi, mon enfant n’a pas pu arriver à destination, et il n’a rien pour revenir. Et depuis deux mois je suis sans nouvelles de lui. Je suis inquiète pour sa vie, je ne dors pas, il est âgé de 17 ans. Il apprenait la menuiserie à Labé ici, je ne sais pas comment il a eu l’idée de partir, il faut avoir peur des enfants de la nouvelle génération », sanglote la pauvre dame.

Au grand marché de Labé, un sexagénaire qui fait le commerce a été aussi trompé par son fils, qui lui a subtilisé la somme de 100 millions avant de se retrouver en Italie. Il raconte : « Mon garçon Ibrahim était très proche de moi, je le lassais avec la place, il rendait toujours des bons comptes. Il attendu que je voyage, pour prendre près de 100 millions GNF, c’était en 2014. Il est parti sans informer personne. C’est deux semaines après qu’il m’a appelé, pour me dire qu’il était déjà en Italie. J’étais très énervé contre lui, mais il fallait accepter, il m’a présenté des excuses et m’a demandé des bénédictions. Il a commencé même sa procédure de demande d’asile, j’ai fait un casier judiciaire pour lui il y a quelques mois », explique ce commerçant avouant qu’emprunter les routes dans les pays du Maghreb, est très dangereux.

Une source policière anonyme a confié que le phénomène prend de l’ampleur du fait que les réseaux de passeurs sont implantés dans les villes de l’intérieur du pays, encouragent les candidats. Cette source interpelle l’Etat à se lever pour démasquer les figures qui sont derrière ce trafic.

« Je pense que les passeurs sont partout, le réseau est vaste. Les passeurs peuvent encourager même les enfants à voler l’argent pour payer le voyage parce qu’après tout, ils ont un pourcentage. Le problème est que le phénomène vient de naitre, c’est rare de trouver un pays qui a mis ce genre de phénomène dans le registre des lois pour réprimer les acteurs ou les auteurs. Pour le moment c’est confus. Et l’Etat ne dit rien, c’est une situation qui passe inaperçue. Parce que tu ne peux pas empêcher quelqu’un de jouir de ses libertés.  A Kindia vous avez suivi l’affaire des 5 filles arrêtées par la police. Le commissaire ne pouvait rien sauf les rendre à leurs familles respectives », explique un officier de police dans l’anonymat.

Récemment, un jeune clandestin guinéen bloqué en Algerie depuis 2010 avait révélé que beaucoup de compatriotes pataugent dans la misère dans les villes Algériennes, soit parce qu’ils n’ont pas de moyens pour rentrer, ou ils ont peur de revenir parce que sachant que ceux à qui ils ont volé de l’argent pour voyager les attendent au pays de pied ferme.

 

Une enquête d’Alpha Ousmane Bah,

Correspondant régional d’Africaguinee.com à Labé

Tel. : (224) 657 41 09 69

 

Créé le Jeudi 24 novembre 2016 à 11:58