Affaire des audits, divergences avec Jean Marie Doré : Cellou Dalein se confie à notre rédaction…(1ère partie)

Interview
Cellou Dalein Diallo
Cellou Dalein Diallo

CONAKRY- “Je n’ai pas peur des audits, depuis  que j’ai quitté les affaires, je fais l’objet de toute sorte d’audits. Je ne me reproche de rien, je suis naturellement prêt à répondre de ma gestion !“ Le ton est lancé par le leader de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée. Dans cette interview exclusive accordée à notre rédaction, Cellou Dalein Diallo répond aux menaces de publication des résultats des audits par le président Alpha Condé. L’ancien premier ministre s’est aussi exprimé sur les bisbilles qu’il y a entre lui et le leader de l’UPG Jean Marie Doré. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Bonsoir Monsieur Diallo !

CELLOU DALEIN DIALLO : Oui bonsoir !

-Vous venez de rentrer d’une tournée qui vous a mené dans beaucoup de pays en Afrique australe, où vous avez rencontré certains de  nos compatriotes. Dites-nous le message que vous avez adressé à leur endroit ?

J’ai rencontré les guinéens vivant à Johannesburg auxquels s’étaient joints quelques compatriotes vivant en Angola qui étaient venus pour la circonstance, m’accueillir. Et je leur ai expliqué dans quelles circonstances les élections législatives se sont passées. Nous avons expliqué pourquoi nous avons participé à ces élections et pourquoi on a pris la décision de siéger.  Je les ai invité à se mobiliser pour soutenir le parti pour les prochaines échéances électorales notamment la présidentielle de 2015.  Ils ont pris l’engagement aussi bien à Johannesburg qu’à Maputo. Puisque je me suis également rendu au Mozambique où j’ai fait l’objet d’un accueil très chaleureux. Il y a une forte et dynamique communauté  guinéenne qui vit au Mozambique notamment dans les villes de Maputo et de Nampula. Dans ces deux villes, il y a eu une grande mobilisation et j’ai pu tenir un meeting et mettre en place deux  fédérations du parti. Une à Maputo et une à Nampula. A ceux-ci aussi j’ai lancé un appel pour la mobilisation pour faire en sorte que les prochaines échéances électorales soient un succès. Aussi bien que les élections communales  que l’élection présidentielle, pour qu’elles soient toutes un succès. Ils se sont engagés à soutenir le parti financièrement et par tous les moyens pour que ces échéances là soient des succès pour notre parti.  

Récemment en marge du sommet de Davos, le Président Alpha Condé a avoué avoir commis une erreur de n’avoir pas publié les audits de la gestion des anciens Premiers ministres. Qu’en dites-vous ?

Il faut dire d’abord que c’est politique ! C’est l’épée de Damoclès ! A chaque fois qu’il a des difficultés, il va dire qu’il y a ‘’les audits, c’est eux qui ont mis le pays à genou, je vais publier les audits !’’Mais depuis quand on annonce la publication des audits ? Je ne me sens pas concerné. Je me suis imposé une discipline dans la gestion des différents départements que j’ai eu à diriger. Je n’ai pas peur des audits, depuis  que j’ai quitté les affaires, je fais l’objet de toute sorte d’audits. Je ne me reproche rien, je suis naturellement prêt à répondre de ma gestion.

Mais le problème de monsieur Alpha Condé, à défaut de pouvoir disqualifier ses adversaires les plus redoutables, il faut les décrédibiliser  en les présentant comme des délinquants qui ont pillé le pays. C’est ça le problème, c’est la campagne qu’il commence comme ça en ressortant des dossiers de patrimoine bâti, les audits. Tout ça c’est parce qu’il est en difficulté parce que croyez-moi les résultats des élections législatives ne l’ont pas  du tout satisfait. Il  va essayer de déstabiliser l’opposition en essayant de discréditer les leaders qui sont les adversaires les plus redoutables, en salissant leur image, en disant que c’est des voleurs, ils ont détourné de l’argent ou des biens du peuple. Tout ça, c’est la campagne qu’il commence comme ça.

Nous n’avons pas peur de ça, on a parlé de la maison où j’habite,  que j’ai acquise dans des conditions régulières, 450 millions de francs guinéens, payés à l'époque, après une évaluation au tarif du marché applicable au mètre carré. J’ai émis  un chèque de banque qui a été payé au trésor public et qui a donné une quittance en bonne et due forme. Et le décret  a été signé par le président de la République, j’ai acquis ça dans des conditions régulières. Le domaine faisait parti des domaines privés de l’Etat, que l’Etat a décidé de vendre par l’autorité la plus compétente en l’occurrence le président de la République. Et j’ai mon titre foncier, je suis tout à fait en règle. Maintenant s’il (Alpha Condé, ndlr) veut exproprier l’opposant, son adversaire redoutable, ou essayer de le décrédibiliser, il n’a qu’à y aller, mais moi je suis en règle, je n’ai pas du tout d’inquiétude.

Moi, c’est ceux qui de par la loi étaient habilités à vendre un domaine privé de l’Etat qui ont décidé de le vendre. Le décret a été pris et on a fait procéder à une évaluation au tarif du marché en vigueur à l’habitat, je n’ai pas demandé une seule réduction. J’ai contracté un prêt auprès la banque, la Société Générale des Banques en Guinée, j’ai le contrat, qui a payé le bâtiment  et c’est l’année dernière que j’ai fini de rembourser la banque. Un montant de 450 millions de nos francs à l’époque. Je n’ai pas de problème, j’ai le titre foncier, j’ai la quittance ainsi que tous les documents. Mais, je sais que c’est la politique, c’est parce que M. Alpha Condé a peur des anciens premiers ministres, de  nos alliances, il veut nous discréditer avant la campagne, et c’est la campagne qu’il vient de commencer.

-Quel regard portez-vous sur la nouvelle équipe gouvernementale,  appelée de “mission“ ? 

Je n’ai pas de commentaires à faire. C’est dans les compétences de monsieur le président de la République de nommer ses ministres, c’est lui qui choisi sur la base et des critères que lui-même défini. Nous allons les juger aux actes, mais jusqu’à présent, tout ce qui a été annoncé, on a rien vu. Je pense qu’il est beaucoup plus préoccupé par sa réélection en 2015 que par le développement de la Guinée. Mais on verra, et on les jugera aux actes.

-Ces derniers temps le leader de l’UPG Jean Marie Doré n’a été tendre avec vous. Dites-nous c’est quoi la pomme de discorde entre vous ?

Ecoutez, je sais que Jean marie a souhaité que je le soutienne pour le perchoir. C’est ce que je n’ai pas fait. J’ai dit que l’UFDG qui dispose de 37 députés était candidate pour le perchoir et que je ne pouvais pas le soutenir. Tout le conflit est né de là. Maintenant par rapport à cette déception, ce sentiment, il tient des propos à mon endroit. Je ne peux pas polémiquer avec lui, la source du conflit, c’est le fait que je n’ai pas accepté de me désister pour lui à  l’élection du président de l’assemblée.

- il estime que vous lui envoyé des ‘’sous-marins’’, notamment vos jeunes députés…

(Il interrompt) Non, c’est n’est pas ma nature, lors qu’il y a eu cet incident (altercation entre Ousmane Gaoual de l’UFDG et Jean Marie Doré), moi j’étais déjà sorti de la salle. Lorsque j’ai vu que la pagaille a commencé dans la salle, je suis sorti. Donc, ce n’est pas de ma  nature ni de mon tempérament d’envoyer des gens  contre jean Marie Doré. Je respecte son âge, je ne peux dire aux gens de lui manquer du respect.

- votre dernier mot ?

Je pense qu’il faut que le gouvernement très rapidement accepte de mettre en place un cadre de dialogue pour assurer le suivi de l’accord du 03 juillet. Comme vous le savez il y a des points qui ne sont pas toujours mis en œuvre. L’indemnisation des victimes des violences à l’occasion des marches pacifiques de l’opposition, ensuite le gouvernement s’était engagé à diligenter les enquêtes  pour identifier les auteurs et commanditaires de ces crimes pour les déférer devant les tribunaux, mais rien n’a été fait. Donc l’impunité reste garantie encore à ceux qui se sont rendus coupables de ces crimes qui ont été dénoncés. Parce que n’oubliez pas qu’il y a 56 jeunes qui ont été abattus à bout portant par les forces de l’ordre. jusqu’à présent le gouvernement n’a fait aucun effort pour traduire devant les tribunaux les coupables. Il y a aussi l’organisation des élections communales, on avait donné une échéance qui ne sera pas respectée. Maintenant, il faut une nouvelle échéance et les actions à mener pour déterminer pour que cette échéance soit tenue et que ces élections là se passent dans la transparence. La quatrième disposition, c’est le recrutement d’un nouvel opérateur pour la révision et la gestion du fichier électoral qui doit précéder l’élection présidentielle de 2015. Donc, ça c’est le suivi de l’accord du 03 juillet.

L’autre aspect, la mission d’observation de l’Union Européenne a fait beaucoup de recommandations pertinentes. Il faut que ce cadre de dialogue permette d’identifier ces recommandations et voir comment on peut les mettre en œuvre avant l’élection présidentielle de 2015. Donc, il y a beaucoup de travail à faire parce qu’on n’a pas suffisamment de temps. Et pour qu’on puisse distribuer dans le temps les différentes actions à mener et qu’on situe la responsabilité d’exécution. Or, rien n’est fait, on est assis comme ça et on a tendance à dire que l’Assemblée règle tout. L’Assemblée ne peut pas régler. Ce n’est pas à l’Assemblée de fixer le calendrier électoral. Ce n’est pas à l’Assemblée de recruter un nouvel opérateur ou d’organiser un appel d’offres pour ça, ce n’est pas à l’Assemblée d’indemniser les victimes, ce n’est pas à l’Assemblée de mener les enquêtes pour traduire devant les tribunaux les responsables des crimes. Donc, il faut qu’il y ait un cadre de dialogue entre d’un côté le gouvernement et l’opposition avec éventuellement la participation des autres parties prenantes au dialogue, c'est-à-dire les partenaires techniques et financiers du processus électoral. Ça, ça me semble extrêmement urgent ! Si on s’assoie et on attend, le gouvernement ne fera rien, ils ne sont pas pressés d’aller aux élections pour des rasons que tout le monde sait, or il faut que ces élections aient lieu. Il faut qu’on ait des chefs de quartier élus, des conseillers communaux élus qui puissent participer avec une certaine légitimité à la gestion de nos cités et aussi à l’organisation des élections. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.  

-Cellou Dalein Diallo merci !

C’est moi qui vous remercie et bon courage !

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 664 93 51 32

 

Créé le Mercredi 12 Février 2014 à 13:04