Interview: le ministre d'Etat François Fall affiche les ambitions de la diplomatie guinéenne

Coopération
François Louncény Fall
François Louncény Fall

CONAKRY-Comment se porte la diplomatie guinéenne? Malgré les critiques émises par l’opposition, la Guinée va mieux sur la scène internationale, à en croire le ministre d’Etat François Louncény Fall. Dans cet entretien exclusif accordé à notre rédaction, le chef de la diplomatie guinéenne  aborde plusieurs questions relatives à la coopération bi et multilatérale de la Guinée. A ses compatriotes qui résident à l’étranger, François Louncény Fall leur lance un message d’espoir. Car dit-il, il est temps maintenant que la Guinée se focalise sur la relance économique après la fin de la transition politique dans le pays. C’est dans son bureau à Conakry, que le ministre d’Etat chargé des Affaires étrangères a accepté de répondre aux questions d’Africaguinee.com. Exclusif !

AFRICAGUINEE.COM : Bonjour monsieur Fall !

FRANÇOIS LOUNCENY FALL : Oui bonjour SOUARE !

-Que diriez-vous, si on vous demandait vos premiers mots après votre reconduction à la tête de ce département ?

-C’est de dire toute ma reconnaissance au président de la république de m’avoir donné l’occasion de poursuivre la tâche que j’ai déjà commencée. Je crois que c’est un défit et nous avons déjà engagé des reformes au niveau de ce département, si l’occasion m’est donnée de poursuivre, je pense que nous allons poursuivre cette mission.

-Peut-on connaître les grands chantiers auxquels votre département compte faire face ?

-Si vous prenez la première année que j’ai passée à la tête  de ce département, nous avons essayé de faire suffisamment de reformes structurelles. Et cette année nous entendons donner tout le poids à l’action diplomatique plus concrètement.  Nous avons déjà bien commencé l’année avec la participation réussie du chef de l’Etat au niveau du sommet de l’union Africaine, surtout au Conseil de Paix et de Sécurité et aussi je puisse vous le dire que le mandat de la Guinée a été renouvelé au cours de cette session. Nous avons eu un nouveau mandat de deux ans, au conseil de Paix et de sécurité. Et nous attendons la visite dans les prochains jours, de sa majesté le roi Mohamed VI du Maroc.   C’est dire que cette année encore sera plus dynamique que celles que nous avons connues.

-Vous avez évoqué la rencontre  d’Addis-Abeba la capitale Ethiopienne où s’est tenu le sommet des chefs d’Etat de l’Union Africaine. Qu’est-ce qu’on peut retenir de cette rencontre ?

-C’était un important sommet. Naturellement,  le sommet était placé sous le thème de l’agriculture et de l’autosuffisance alimentaire. C’est un programme porteur pour tous  les pays africains puisque cela fait partie des huit objectifs du millénaire. Et  au cours de cette session, d’importantes questions politiques ont été débattues notamment les crises en Centrafrique, en Egypte sur le Sud Soudan et naturellement le retour de  Madagascar (après l’élection d’un nouveau président, Ndlr). Notre pays à travers, le président de la République a présidé le Conseil de Paix et de sécurité (CPS) au niveau des Chefs d’Etat. Des propositions ont été faites pour renforcer la MISCA (Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique, Ndlr), la force Africaine en Centrafrique et demander au conseil de Sécurité d’accélérer le processus pour le déploiement d’une force de maintien de la paix des nations-unies.

Pour ce qui concerne de l’Egypte, nous avons accepté de recevoir une délégation égyptienne. Le ministre égyptien des affaires étrangères est venu plancher devant le CPS pour donner les dernières évolutions de la situation en Egypte. Et nous avons renouveler notre soutien à l’Egypte qui est un grand pays et membre fondateur de l’organisation et nous souhaitons que les voies  les plus urgentes soient prises pour le retour à l’ordre constitutionnel.

Pour le Sud-Soudan, nous avons un accord qui avait été déjà signé sous l’égide de l’IGAD (Autorité intergouvernementale sur le développement, Ndlr) donc, nous avons encouragé les deux parties à respecter le cessez-le-feu et à travailler  dans ce sens là. C’est dire que c’était une participation de la  Guinée bien réussie. Le chef de l’Etat a été très actif au cours de ces travaux.

-Que répondez-vous à ceux qui estiment qu’il y a eu une contradiction entre vous et monsieur le président de la république à propos de la crise centrafricaine ?

-Oh (…), je crois que les journalistes se sont trompés. Vous savez que le discours  que le président a prononcé au cours de la cession du CPS, il avait dit que ‘’nous soutenons l’envoi d’une force des nations-unies’’. Les journalistes ont cru comprendre que c’était la décision du CPS alors que ce n’était pas le cas. Et lorsque Rfi (Radio France Internationale, Ndlr) a voulu dire que le CPS a décidé de le faire, ils m’ont posé la question, je leur ai dit que ‘’non’’. C’était juste un passage du discours du chef de l’Etat puisque c’est lui qui présidait la session.

-Sur le  volet de la coopération bilatérale, sa Majesté le Roi Mohamed VI est annoncée en Guinée courant février de cette année. Peut-on connaître les contours de cette première visite royale ?

-Je crois que c’est une visite importante, une visite historique. C’est la première visite d’un roi du Maroc en Guinée. Sa majesté, le Roi Mohamed VI,  lorsqu’il était prince héritier, était venu à Conakry lors des obsèques du feu président Ahmed Sékou Touré. Mais comme vous savez, la Guinée et le Maroc ont des relations très particulières, mais c’est la première fois qu’un souverain du Maroc va visiter la Guinée. Cette visite a son poids, et je pense qu’il faut le  retenir, c’est une visite extrêmement importante qui est située au niveau d’abord du renforcement des liens historiques entre le Maroc et la Guinée.  Et vous verrez par les accords qui vont être signés, cette visite va permettre  la relance d’une coopération plus féconde entre nos deux pays. Nous sommes en train de préparer donc cette visite et nous pensons que ce sera un tournant dans les relations Guinéo-marocaines.

-Monsieur le Ministre d’Etat, peut-on connaître aujourd’hui la position de la Guinée par rapport au dossier sur le Sahara occidental ?

-Nous sommes de ceux qui pensent qu’il faut une solution politique négociée sur la  question du Sahara.  La Guinée appuie donc l’initiative du Maroc pour donner une large autonomie au Sahara. Et c’est cette position que la Guinée défend. Nous ne voulons pas que cette question continue à empoisonner les relations entre les Etats.  Et vous savez que ça eu déjà beaucoup de conséquences. Le Maroc n’est toujours pas au sein de l’Union Africaine alors que le Maroc est un pays fondateur de cette organisation qui a joué un grand rôle du côté de la  Guinée, du Ghana et de l’Egypte. Nous trouvons donc  que l’absence du Maroc au sein de l’union  africaine est une anomalie. Il faut donc très rapidement avec l’appui  des Nations-Unies  qui sont chargées maintenant de ce dossier ; trouver une solution très rapidement. Nous pensons que cette autonomie large qui est proposée par le Maroc est une très bonne base de discussion politique.  

-Au lendemain de la conférence d’Abu Dhabi, le gouvernement guinéen avait annoncé l’arrivée de plusieurs investisseurs étrangers. Quelles sont les garanties que vous pouvez donner à tous ces étrangers qui voudraient rallier la Guinée ?

-Je dirais qu’après qu’on ait bouclé le cycle de la transition en Guinée, il faut s’attendre maintenant aux dividendes.  Les dividendes vont se chiffrer en termes économiques. Maintenant que nous avons réussi les élections législatives, nous avons un parlement qui est installé, nous avons un nouveau gouvernement, nous pouvons maintenant réellement travailler sur les chantiers économiques. Et toutes les conditions sont aujourd’hui réunies pour la relance économique. Ce qui fait que les garanties sont données à la communauté internationale, qu’il y a une stabilité en Guinée. C’est cette stabilité politique qui va nous apporter les dividendes.

-Ces derniers temps, nombreux sont nos compatriotes qui sont restés bloqués dans des foyers de tension en Afrique. Quelles sont les dispositions prises par votre département pour le rapatriement de tous ces guinéens bloqués dans des zones de conflits ?

-Nous travaillons beaucoup avec l’organisation internationale de la migration (OIM) pour la situation de nos compatriotes qui sont en détresse dans certains pays. Il y a déjà des guinéens  qui sont rentrés de Libye, d’autres sont rentrés de Centrafrique et au moment où je vous parle, il y a une importante délégation Belge qui se trouve aujourd’hui à Conakry avec laquelle nous avons déjà eu une première séance de travail. Vous savez  que nous avons beaucoup de nos compatriotes qui sont en situation irrégulière en Belgique. Et d’ailleurs ce matin (Lundi 3 février 2014, Ndlr), nous avons appris que la Guinée est le deuxième pays demandeur d’asile en Belgique après l’Afghanistan. Je pense que nous sommes en train de travailler parce que notre devoir en tant que gouvernement, c’est d’assurer aussi la sécurité et la défense des intérêts de nos compatriotes à l’étranger. Et c’est dans ce sens là que nous multiplions les initiatives avec le ministère des guinéens de l’Etranger pour que nous puissions défendre au mieux les intérêts de la Guinée, faire en sorte que le maximum de guinéens puisse avoir une situation régularisée. Et naturellement nous avons des conventions avec les autres gouvernements, ceux dont les situations ne peuvent être régularisées, s’ils doivent revenir en Guinée, qu’on leur donne les moyens d’accompagnement nécessaires pour qu’ils puissent se réintégrer en Guinée. Je pense que nous travaillons activement sur ces dossiers actuellement.

-Un dernier mot ?

-C’est de vous demander de dire à tous les guinéens de faire confiance à notre pays. Notre  pays vient de très loin, les portes sont maintenant ouvertes après des années de crise qui ont bloqué l’activité économique et qui ont eu des conséquences négatives sur la vie de nos concitoyens. C’est de transformer la Guinée maintenant. C’est de se faire confiance et faire de ces années, des années de paix qui puissent attirer le maximum d’investissement dans notre pays pour améliorer les conditions de vie des populations. Cette tâche là, elle revient à tous nos compatriotes. Je vous remercie et je vous félicite également pour la qualité de votre travail.

   

Interview réalisée par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 664 93 51 31

Créé le Mardi 04 Février 2014 à 10:08