Dubréka : le calvaire des riverains de la Transversale 9, chantier crucial... à l’arrêt depuis 2020

Reportage
Dubréka : le calvaire des riverains de la Transversale 9
Dubréka : le calvaire des riverains de la Transversale 9

A Dubréka, les travaux entamés en 2016 sur la transversale 9, -route reliant l’autoroute le Prince aux quartiers Bailobaya, Fofomèrè et Ansoumanyah village-, sont à l’arrêt depuis des années. Usagers et riverains de cette route vivent un quotidien difficile. Nous y avons fait un tour. 

Il est 10 h ce jeudi 14 avril. Nous sommes dans la préfecture de Dubréka, au Carrefour Cimenterie, à quelques mètres en allant vers Kagbelen, c’est là la transversale numéro 9. Ici, c’est les mototaxis qui assurent l’essentiel du transport en commun sur une route caillouteuse et poussiéreuse dont les travaux sont à l’arrêt, depuis 2020, selon le secrétaire général de la jeunesse de Bailobaya Plateau.

L’arrêt des travaux et le non arrosage de la route fait dégager un nuage de poussière. Peu importe la qualité de votre engin, vous allez gouter aux conséquences. Secousses, poussière, risque de chute grave, maladie pulmonaire, il faut s’attendre à tout, sauf au confort. Sur la route, désormais place à des gros trous béants, dos d’âne ou des fossés, bref une route impraticable.  A chaque passage d’un engin roulant, c’est une pluie de poussière qui se dégage obstruant même la vue à 5mètres près. Le calvaire est indescriptible. Une situation que déplore Elhadj Oumar Baldé, secrétaire général de la jeunesse de Bailobaya Plateau dont cinq (5) secteurs vivent ce quotidien.

 « C’est en septembre 2016 qu’ils ont lancé les travaux de la réalisation de la T9. Mais depuis mars 2020, tout a été arrêté. Et depuis lors, nous vivons dans une situation très difficile. Comme vous l’avez-vous-mêmes constaté, il y a de la poussière jour et nuit. De novembre à juillet c’est la poussière qui inonde la population et nous en souffrons énormément. Et quand c’est la saison pluvieuse, il y a des nids de poule qui se sont transformés même à des nids d’éléphant tellement qu’ils sont vastes. Les caniveaux aussi, lorsqu’il pleut les ordures y sont déversées et avec la précipitation, on enregistre des cas d’inondation. Il y a même des maisons et leur contenu qui ont été ravagés par ces inondations. Une vieille dame a trouvé la mort dans ces tristes conditions en 2019 », explique ce responsable du quartier.

 

Absence d’arrosage

Selon lui, avant le départ définitif de l’entreprise en charge de l’exécution des travaux, les responsables des quartiers impactés par ces travaux à l’arrêt ont, dans le souci d’éviter une révolte de la population, écrit à la société. Malgré cela, il n’y a pas eu de suite favorable. « On l’a fait à plusieurs fois et chaque année, on rencontre nos chefs de quartier pour qu’ils nous aident à entrer en contact avec la société pour au moins qu’elle puisse arroser la route deux fois par jours dans la journée mais ça n’a jamais été fait. Finalement, on a constaté l’arrêt total et définitif des travaux sur la route », explique Elhadj Oumar Baldé.

Yaya Sow, ministre des transports et des infrastructures, a annoncé le 13 avril dernier, le lancement de travaux d’envergures à travers la capitale Conakry. Il s’agit notamment du bitumage des voiries dans les quartiers de Conakry et ses environs. Une annonce qui tombe bien pour les usagers de la T9. Ils demandent au gouvernement de transition de redynamiser les travaux sur cette route.

« Nous leur demandons de penser à nous les pauvres citoyens qui vivons le long de cette route. On n’a pas où aller, car c’est là où nous avons construit, c’est pourquoi nous leur demandons de penser à nous, de nous aider pour la réalisation de cette route et si cela n’est pas possible, de penser au moins à arroser la route par deux fois par jour. Nous les soutenons et leur tendons la main pour qu’ils nous aident aussi » plaide le secrétaire général de la jeunesse de Bailobaya plateau

Effectivement, tout au long de cette route, nous n’avons pas constaté la présence de la société sur les lieux. Ni les machines, ou encore le personnel n’est visible sur le terrain. De Bailobayah Plateau, en passant par Fofomèré, jusqu’à Ansoumanyah village c’est le même calvaire.

Les quelques courageux taximotards qui assurent le transport en commun sur cet axe se plaignent de plusieurs difficultés. Nainy Diané, jeune diplômé sans emploi roule sur cet axe. Son témoignage est glaçant.

Changer de moto chaque six mois…

 « Ça fait six ans depuis qu’ils ont entamé cette route. Et ça fait bientôt trois ans depuis qu’ils ont tout arrêté. Et aujourd’hui les difficultés que nous vivons sont indescriptibles. La route est quasiment impraticable, c’est par courage et manque d’opportunité qu’on se débrouille ici sinon franchement ce n’est pas facile. La poussière, la façon dont la route est dégradée, c’est très fatigant. On se débrouille ici parce qu’on n’a que ça pour le moment en attendant autre chose. Sinon, voyez-vous, moi par exemple, je suis obligé de changer de moto chaque six (6) mois. Il faut nouvelle moto à chaque fois parce que les anciennes ne peuvent pas travailler ici à cause des suspensions. On est obligé de prendre des surcharges pour mieux supporter les secousses et ça il faut une nouvelle moto à chaque six mois. S’il y avait le goudron on pouvait utiliser une moto pendant deux ans, voire plus mais avec l’Etat de la route, ce n’est pas possible », explique le jeune motard.

Insécurité

Plus loin ajoute Diané, le mauvais état de la route entraîne un problème d’insécurité pour les populations et les jeunes conducteurs de mototaxis.

« Il ne se passe pas un mois ici sans qu’on entende un enlèvement de moto ou que quelqu’un s’est fait tirer dessus par des bandits. Il y a environ un mois, juste derrière le stade d’Ansoumanyah Village, un jeune s’est fait tirer dessus à cause de sa moto. Tout ça là c’est parce que la route n’est pas bonne. Les agents des forces de l’ordre ne viennent pas par ici parce que la route est presque impraticable, l’accès est difficile. Et quand c’est comme ça nous qui vivons ici sommes à la merci des bandits. C’est pourquoi nous lançons un appel au CNRD qui, aujourd’hui donne de l’espoir. Nous espérons que dans les plus brefs délais, ils feront face à notre situation parce que nous craignons avec l’arrivée de la saison des pluies. Déjà en saison sèche, l’état de la route est difficile, en saison des pluies ce sera pire », alerte le jeune homme avant de lancer un appel à l’endroit du CNRD.

Des travailleurs qui apportent des habits de rechange

 « Nous sollicitons d’ici là, que l’Etat essaye d’améliorer notre route. Nous ne demandons pas plus, à défaut de faire le bitume de la route, qu’il la gratte au moins. Il y a des gens ici à chaque fois qu’ils doivent aller au service il faut qu’ils apportent des habits de rechange pour qu’une fois au goudron qu’ils se changent. C’est très difficile ici, on ne peut pas sortir ici avec des habits propres tellement qu’il y a la poussière. Avant, la société qui travaillait ici arrosait la route, maintenant ils ne le font plus, vous sortez et rentrez dans la poussière, c’est très difficile de vivre dans une telle situation », déplore le jeune diplômé sans emploi.

Maladies pulmonaires

Abondant dans ce sens, Ibrahima Diakité jeune taximoto ajoute que les usagers font face à un autre danger lié au risque d’attraper des maladies pulmonaires. « Les difficultés sont énormes. Ici, quand tu transportes quelqu’un sur ta moto avant même d’arriver à destination, il aura mal sur tout le corps. Seule une route bitumée peut soulager nos souffrances. Avec cette route, nous sommes obligés de changer de moto à chaque six mois, mais le trafic est faible, on ne gagne pas suffisamment de clients. La route est caillouteuse et poussiéreuse. Et la poussière cause énormément des malades. Tu portes une bavette c’est juste dans 5 ou 10 minutes tu trouveras qu’elle n’est plus utilisable.

Manque d’éclairage public

Les gens commencent à nous fuir à cause de la poussière. Certains partent à la T8 puisqu’il y a du goudron par endroits et même si on faisait cela pour nous aussi, c’était mieux. Mais rien ! Que de la poussière, on ne l’arrose même plus pour atténuer la poussière. A cela s’ajoute l’insécurité. Des bandits armés ont récemment tiré sur quatre personnes, les blessures étaient graves. Les bandits règnent en maitre ici parce que l’accès est difficile et il n’y a pas d’éclairage public. La dernière fois, ils ont tué un de nos amis motard à 5 heures du matin. Ils ont ouvert le feu sur lui avant d’emporter sa moto. C’est vraiment triste ce que nous vivons ici », dénonce M. Diakité, conducteur de mototaxi sur la T9.

Elhadj Mamadou Yaya Bah est imam d’une mosquée à Ansoumanyah village, il lance un appel à l’endroit du CNRD.

« Nous avons trois routes ici, mais toutes sont pratiquement impraticables. Il y a la T9, cimenterie à Ansoumanyah village, de Fofomèrè au Terrain rouge et la route 40 de Sonfonia en allant à Kagbelen. La T9, ils ont commencé les travaux mais tout a été arrêté. C’est pourquoi nous demandons au gouvernement, au Colonel Mamadi Doumbouya et son équipe de nous aider à ce que ces travaux soient achevés, je parle de la T9 ou à défaut, nous ouvrir la route 40, ceci va nous faciliter la mobilité. On a beaucoup de difficultés ici mais le problème crucial, c’est la route. Parce que si on a l’accès facile, le reste viendra facilement. La saison des pluies arrive et là, nous (populations) sommes en train de réaliser un petit pont pour faciliter le passage parce que s’il pleut avant qu’on ne fasse ça, le passage sera très difficile. Normalement, c’est un travail qui revient à l’Etat mais si on fait ce travail à leur place, c’est parce que l’Etat est loin de nous », enchaine le religieux.   

Le chef du secteur 5 du quartier Ansoumanyah village qui s’est prêté à notre micro reconnait les difficultés que vivent au quotidien les usagers de cette route. Il interpelle l’Etat.

« Chez nous ici, on ne porte pas le masque pour se prémunir du coronavirus mais c’est pour éviter la poussière. Il y a des mototaxis qui assurent le transport, mais franchement pour accéder à la route c’est un calvaire. C’est vrai que l’Etat a engagé le processus, mais les difficultés sont là. Quand les gens veulent aller en ville, il faut qu’il se lèvent très tôt pour éviter la poussière sans quoi ils sont obligés de changer d’habits. Il y a une question d’insécurité aussi qui est là. Il n’a pas longtemps on a attaqué un jeune et emporté sa moto. C’est pourquoi nous lançons un appel aux autorités au plus haut niveau pour non seulement nous aider à sécuriser la zone, trouver des postes de la gendarmerie s’il faut une police de proximité, mais aussi trouver des voies et moyens qui vont permettre à la population de se sentir sécurisée », lance Lansana Camara  

Une route à un enjeu important et crucial

Au-delà de l’aspect lié à la circulation, cette route constitue un enjeu important pour le pays d’autant plus que la Guinée est candidate à l’organisation de la coupe d’Afrique des Nations 2025. A Ansoumanyah village, se trouve un terrain de 15 hectares vide destiné à la construction d’un stade. M.  Camara appelle les autorités à saisir cette opportunité pour mettre en valeur ce terrain. Ce qui, à coup sûr, selon lui, permettra de désenclaver la zone.

« Avant les évènements du 5 septembre, les autorités étaient venues voir le terrain, reconnaitre les 15 hectares parce qu’il y avait deux parties qui se disputaient, chacune réclamant la paternité, (entre Hafia 77 et les Coutumiers ndlr). L’Etat avait décidé de mettre le stade à la disposition du quartier et d’y veiller dessus. C’est un domaine proche de la population où on peut bâtir un stade digne de nom. C’est une opportunité pour le ministère de la jeunesse et des sports. On peut construire ici un stade olympique. Cette infrastructure pourrait davantage désenclaver le quartier », appelle le chef du secteur 5 d’Ansoumanyah village.     

Dossier à suivre…

 

Reportage réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africagunee.com

Tél. : (00224) 655 311 114

Créé le Lundi 18 avril 2022 à 13:09