Son album, sa carrière, UFDG, Doumbouya et le CNRD : Binta Laly Sow parle…

Culture
Binta Laly Sow
Binta Laly Sow

CONAKRY- A 77 ans, l’artiste Binta Laly Sow s’apprête à sortir un nouvel album. Cette virtuose de la musique pastorale, a une carrière riche. A son actif, cinq albums avec des note d’anthologie telle que « Bhouloun Njouri ».

Mère de 4 enfants tous décédés, Binta Laly Sow a commencé sa carrière à l'âge de 11 ans lors des veillées nocturnes dans son village natal à Télémélé. C'était pendant la période coloniale. Binta Laly Sow est la deuxième meilleure chanteuse haali poular du monde derrière Baba Maal du Sénégal suivi de Seydou du Cameroun et Ali Farka Touré du Mali, selon une brève biographie d’elle sur Wikipedia.

Issue d'une famille musulmane conservatrice, Binta Laly Sow a connu des débuts difficiles dans la musique. Son père ne voulait pas que sa fille emprunte le chemin de la chanson. Elle a dû prendre des engagements pour convaincre son père. Des engagements qu’elle défend avoir toujours respecté.

AFRICAGUINEE.COM l’a rencontré à son domicile. De ses relations avec l’UFDG, en passant le manque de reconnaissance de l’Etat, jusqu’à Mamadi Doumbouya, Binta Laly Sow parle sans détour. Elle demande au président de la transition de tenir sa promesse.

AFRICAGUINEE.COM : Parlez-nous de vos débuts dans la musique…

BINTA LALY SOW : J'ai commencé à chanter au temps de Diallo Yacine pendant la période coloniale. Lors des travaux champêtres, on organisait des cérémonies, c'est là-bas qu'on partait pour chanter. A l'époque j'étais trop jeune. J'avais 11 ans lorsque j'ai commencé à chanter. Mes chansons plaisaient beaucoup aux gens. Un jour, un monsieur est venu voir mon père pour lui proposer de m'amener avec lui pour aller chanter dans les cérémonies de veillées nocturnes qu'on organisait à l'époque. Mais mon père ne voulait pas que je fasse la musique comme métier. Mais le monsieur en question avait pu le convaincre en lui disant : "laissez-la partir chanter, ce n'est rien ça, elle ne part pas pour insulter des gens, ou boire d'alcool ou pour fumer"

C'est ainsi que d'autres personnes qui étaient avec mon père ce jour ont renchéri :  "Si tu laisses ta fille chanter, elle aura la même célébrité qu'un chef. Tout ce que vous pouvez l'interdire c'est de ne jamais fumer, de ne jamais boire d'alcool et de n'est jamais insulter quelqu'un. Si elle fait ça, tout le monde entier connaîtra qui est Binta Laly Sow". C'est ainsi que mon père a donné son accord pour que j'aille chanter mais à condition de ne jamais toucher à l'alcool, de jamais fumer et de ne jamais insulter quelqu'un. Et jusqu'aujourd'hui j'ai tenu cette promesse que j'avais faite à mon père. Je me rappelle cela avait coïncidé aux propagandes (campagnes ndlr) de Sékou Touré pour l'accession de la Guinée à l'indépendance. Je ne me rappelle pas exactement c'était en quelle année mais en tout cas c'était au temps colonial. 

C'est ainsi avec ce monsieur, on partait dans les villages environnants pour chanter dans les cérémonies et dans veillées nocturnes. Cela a duré plusieurs années jusqu'à l'accession de notre pays à l'indépendance. Après l'indépendance, on a organisé des troupes de danse. Notre groupe avait remporté beaucoup titres lors des compétitions qu'on organisait un peu partout dans le pays : Labé, Télémélé, Conakry ici. Après avoir montré nos preuves à l’intérieur du pays, on nous avait invité au Sénégal, en Gambie, au Mauritanie, Guinée Bissau, Sierra Léone...

A-vous senti un sentiment de rejet dans votre famille à cause de votre métier ? 

Personne ne m'a rejeté dans ma famille parce qu'on était d'accord avant que je ne commence à chanter. On m'avait fixé des conditions que j'ai toujours tenues jusqu'aujourd'hui. 

Parlez-nous de votre premier album ? 

On était en route pour Abidjan. Arrivée à Kissidougou, il y avait quelqu'un qui s'appelait commandant Bela Manta Diallo qui m'avait demandé de faire une cassette pour lui. Une demande que j’aie acceptée volontiers. C'était en 1956. Il a pris la cassette et a donné à monsieur Amadou Diouldé Sall Waréyah, après avoir écouté mes musiques, monsieur Amadou Diouldé Sall m'a demandé aussi de chanter pour lui. Tout est parti comme ça. Après avoir fait cet album avec eux, on m'a envoyé en Europe et aux États-Unis. 

Quels avantages avez-vous tirer dans votre carrière ?

J'ai beaucoup profité, mais en réalité j’ai chanté pour enrichir et porter haut la culture guinéenne. Malheureusement, on ne m'a pas récompensé. Lorsque Alpha Condé est arrivé au pouvoir, ils ont pris en charge toutes les anciennes gloires dans la culture sauf moi alors que parmi toutes ces personnes qu'ils avaient recensées, j'étais la plus ancienne. Toutes ces personnes reçoivent maintenant 5 millions gnf par mois sauf moi. Je ne peux pas dire que je n'ai pas tiré des avantages dans la culture mais c'est des particuliers qui reconnaissent mon talent.

Si vous voyez, c'est les Mamadou Alimou Sow, Abdoulaye Sadjo, Lamine Guirassy, Mamoudou Maz Diallo qui ont initié tout récemment un projet pour me venir en aide afin que je puisse avoir une maison où habiter parce que je vis toujours en location. Je les remercie infiniment pour leur geste envers ma personne. Dans le cadre de ce projet qui consiste à m'aider à avoir un toit et une meilleure vie pour le restant de ma vie, je dois sortir un album le 12 mars 2022 au palais du peuple, tout le monde est invité. 

Êtes-vous déçue de ce manque de reconnaissance ?

Déception ? Oui quelque part. Parce que si consacres toute ta vie à travailler pour la culture, et qu'on t’ignore comme ça vraiment cela fait mal. Je suis allée une fois même chez Bantama Sow (ancien ministre de la culture ndlr) pour lui dire que moi aussi je fais partie des anciennes gloires. S'ils ont pu payer tous ces gens-là alors moi aussi il faut me prendre en charge. Parce je suis plus ancienne que ces gens. Ma génération c'est celle Sarsan Ourékaba, Camara Oury Bobo Tougué, Bonèrè Koïn...

Est-ce que vous avez prévu de mettre un terme à votre carrière de chanteuse un jour ?

Ah ça c'est Dieu qui sait. Je ne suis pas djély, ni gawlo, ni labbo… mais si Dieu a décidé que c'est en chantant je vais avoir mes dépenses alors seul Dieu sait quand est-ce il va changer ça pour moi. 

On vous voit toujours au siège de l'UFDG. Expliquez-nous les relations qui existent entre vous et ce parti ?

Cellou Dalein Diallo c'est le nôtre. On ne peut pas détester nos consanguins. Nous sommes liés avec Cellou Dalein Diallo par le sang, nous l'aimons énormément. Nous voulons qu'un jour qu'il dirige la Guinée. 

Comment est-ce que vous voyez les premiers mois de gestion du Colonel Mamadi Doumbouya ? 

Lorsqu'il avait pris le pouvoir, il nous avait dit qu'il était venu sauver la Guinée et les guinéens. Pour le moment nous restons sur cette position. Jusqu'à preuve de contraire nous comptons sur lui et nous prions Dieu pour qu’il accomplisse sa promesse de sauver la Guinée, les guinéens et de rendre justice. Mais si le contraire se produise, aussi on verra bien. 

Quel conseil avez-vous à lui donner ? 

Nous lui demandons de respecter sa promesse. Ensuite, il nous avait dit qu'il n'était pas venu pour s'éterniser au pouvoir, qu'il était venu pour sauver les guinéens donc nous l'invitons respecter sa promesse. 

Quel autre conseil avez-vous à donner à la jeunesse guinéenne 

J'invite la jeunesse guinéenne au travail. Je leur demande d'abandonner l'alcool et la drogue. J'invite la jeunesse au travail, de travailler pour eux-mêmes et de travailler pour la Guinée pour le bonheur de tout un chacun. 

Encore j'invite tous les guinéens le 12 mars 2022 au palais du peuple pour la dédicace de mon album. Je demande de l'aide à toutes les personnes de bonne volonté pour que je puisse avoir une maison et vie meilleure pour le restant de mes jours. 

Interview réalisée par Oumar Bady Diallo 

Pour Africaguinee.com 

Tel : (00224) 666 134 023

 

Créé le Samedi 19 Février 2022 à 14:54