Les révélations d’Elhadj Ousmane Baldé : “Ce que j’avais dit à Alpha Condé en 2010…”

Guinée
Elhadj Ousmane Fatako Baldé, président de la Coordination Haali Poulaar et Alpha Condé président déchu de Guinée, lors d'une rencontre en 2010
Elhadj Ousmane Fatako Baldé, président de la Coordination Haali Poulaar et Alpha Condé président déchu de Guinée, lors d'une rencontre en 2010

CONAKRY-Connu pour son franc franc-parler, le président de la Coordination Haali poular fait des révélations sur ses relations tumultueuses avec Alpha Condé. Alors que le débat sur la libération du président déchu est surtout toutes les lèvres, Elhadj Ousmane Baldé souhaite que celui-ci soit jugé pour les crimes dont on l’accuse. L'opérateur économique fait aussi une invite au chef de la junte militaire, le colonel Mamady Doumbouya. 

 

AFRICAGUINEE.COM : Comment avez-vous accueilli le coup d’État contre Alpha Condé ?

 ELHADJ OUSMANE FATAKO BALDE « SANS LOI » : J’ai accueilli ce coup d’État de la même manière que tous les fils et toutes les filles de la Guinée. Alpha Condé était dévenu comme un billal (en langue poular, nom d'un grand serpent ressemblant au mamba, réputé pour son agressivité). Il ne faisait pas la différence entre les gens, il voulait que la vie lui appartienne à lui tout seul. Lorsqu’il tente une embuscade sur un chemin, tous les passants sont obligés de contourner qu’ils aient accomplis de bonnes ou de mauvaises choses. Alpha Condé était particulièrement hostile aux Guinéens et plus particulièrement en ma personne. S’il voit que les gens sont avec toi, il fait tout pour les détourner. Si tu as un bien quelconque, il veut aussi se l’approprier et te laisser sans rien. Qu’il soit parti, il est parti de la voie qu’il s’est lui-même tracée. On souhaite que la paix règne en Guinée. 

Pouvez-vous nous dire l’origine de vos différends avec le président déchu ?

A son arrivée au pouvoir en 2010, on était parti le saluer. Sur les 7 qui étaient partis, tous avaient pris la parole sauf moi. Après, lui, Alpha Condé m’a demandé de parler. Je lui ai dit que les 6 autre ont déjà dit ce que je voulais dire. Comme il insistait, je lui avais répondu que si je parlais cela n’allait pas lui plaire. Il m’a dit de parler. J’ai dit d’accord. Je lui ai dit premièrement : “J’ai appris que tu es ethnocentriste. Si cela est vrai, est-ce que tu vas accepter de changer cette attitude parce que tu es devenu père de la nation ?”  J’ai ajouté : “tu as dit que tu es venu pour la paix sociale et le développement. Comment expliquer donc ta décision d’interdiction des cambistes ou monnayeurs en Guinée ?”. Je lui avais dit qu’il aurait pu leur donner un délai de 3 mois au lieu de prendre une décision subite avec une application immédiate. Mais un beau matin, ils ont déployé des agents devant tous les bureaux des cambistes. Ils ont pris tout l’argent qu’ils ont trouvé sur place. Je lui avais dit que cet acte avait causé la perte pour beaucoup de citoyens et que cela dénotait une incohérence entre son discours et ses actes.

 

Troisièmement, je lui avais dit : “ Tu as dit qu’il n'y a pas d’opérateurs économiques en Guinée ». Je lui avais prouvé que la capacité des opérateurs économiques guinéens dépassait l’engagement de l’État. Ce jour-là, je lui avais expliqué que l’État guinéen a des engagements avec le FMI et la Banque mondiale. A chaque fois que ces institutions annoncent une visite en Guinée, l’État prend des milliards de crédit avec les opérateurs économiques afin que les experts viennent trouver que les comptes sont équilibrés. Après le départ des experts du FMI et de la Banque mondiale, l’État nous rembourse avec les impôts et taxes. Je lui avais suggéré d’avoir de bons conseillers qui puissent lui faire comprendre cela. 

Qu’est-ce qu’il vous avait répondu ?

Il m’avait répondu que lui, il n’est pas raciste. Je lui ai dit ça va se savoir puisqu’il avait la destinée du pays entre ses mains. Aujourd’hui, c’est clair pour tout le monde s’il est raciste ou pas. Quand il est venu il a mélangé tout le monde. Ce que Diallo Yacine (premier député guinéen à l’Assemblée française) avait fait en 1953 en unissant les Guinéens, Alpha Condé a ramené tout cela en arrière avec son histoire de Roundé et Missidé dans le Fouta. Il a créé l’histoire de Manding Djallon pour dire que les Peuls sont des étrangers.  Il a fait payer les frais aux opérateurs économiques qu’il soupçonnait ne pas le soutenir. Il voulait coûte que coûte avoir la mainmise sur tout le monde. Soit, tu es avec lui soit tu es contre lui. J’en ai été personnellement victime ainsi que beaucoup d’autres. Il a confisqué des biens que je me suis battu pour avoir pendant plus 60 ans. Alors que tout le monde le sait, je ne dois rien à une quelconque banque à plus forte raison au Gouvernement.

Il a confisqué mes magasins de dépôt à Coronthie. A Samaya, ils ont non seulement confisqué mes biens, en plus, ils ont détruit tous les bâtiments. Ils ont embarqué dans des camions les matériels notamment les fers prévus pour la construction d’une dalle. S’ils m’avaient dit qu’ils avaient besoins de fer, j’allais leur en acheter au lieu qu’ils me détruisent mon bâtiment. Vous avez été témoin de ce qui s’est passé au centre commercial de Kindia. A ce niveau, j’avais fini la fondation d’un immeuble de 4 niveaux, construit le rez-de-chaussée, des toilettes et une mosquée. C’est ainsi que Ibrahima Kourouma est venu dire que mon contrat de bail qui était de 3 ans pour construire tout a expiré.

Après ça, Ils sont venus jeter du gaz lacrymogène sur les commerçants qui occupaient les lieux et pillé leurs magasins. Ensuite, ils ont envoyé des gens dans ma plantation de 102 hectares à Samoreya pour exploiter le diamant. Tout cela en complicité avec les autorités de la commune rurale de Damakania, du district de Samoreya ainsi que du Gouverneur et Préfet. Jusqu’à avant-hier, lundi 13 septembre, il y avait 37 personnes qui étaient encore à ma plantation. J’avais dit à Alpha Condé que je ne suis pas un politicien, je suis économiste. 

Mais vous aviez combattu le 3e mandat d'Alpha Condé...

Quand Alpha Condé a voulu le 3e mandat, les 4 coordinations s’étaient réunies pour lui demander de respecter la Constitution, d’organiser des élections et de passer le témoin. Une fois, alors que les 4 coordinations étaient réunies chez Elhadj Sekhouna Soumah à Tanèné, ils sont venus nous pulvériser 377 grenades lacrymogènes. (…). Si Alpha Condé n’était pas raciste, il y a la CEDEAO qui a financé une route de Dakar jusqu’à Labé, il a complément refusé la construction des 25 kilomètres qui restent sur cette route parce qu’il ne veut pas le développement du Fouta. S’il a fermé les frontières avec le Sénégal et la Guinée Bissau alors que vers la Côte d’ivoire c’était ouvert, c’est du racisme. Alpha Condé n’était pas venu pour développer la Guinée, plutôt pour s’imposer sur les Guinéens. Il suffit de voir les sociétés minières, il n’y a que des étrangers. Il préfère aller prendre un Burkinabé ou un Malien en laissant les Guinéens même s’ils sont capables de faire le travail. S’il arrivait qu’il prenne un Guinéen, il ne choisissait pas quelqu’un de la Basse Côte, de la Forêt ou du Fouta, mais seulement quelqu’un de la Haute Guinée.

Le cas du Fouta c’était à part, pire que toutes les autres. Il a tué et emprisonné des gens au su et au vu de tout le monde. Il a décidé que les blessés par balles ne soient pas reçus dans les hôpitaux publics. Il a même refusé que les corps puissent être amenés à la morgue. Les victimes n’osent pas aller en justice. Surtout le tribunal de Dixinn est plus compliqué que Alpha lui-même. Il suffisait de voir les identités des détenus politiques le jour de leur libération pour comprendre quelle ethnie qui était victime. Ils ont également fermé les bureaux de Cellou Dalein Diallo et le siège de son parti. Ils ont amené un âne au siège de l'UFDG. Ils utilisaient les excréments de l’animal avec de gris-gris pour mettre là-bas. C’était ça le travail d’Alpha Condé. 

Le coup d’État contre Alpha Condé a été vivement accueilli par une partie de la population guinéenne, et ce, dans les fiefs du Rpg Arc-en-ciel. Pensez que cette joie puisse durer ?

Je ne connais pas les secrets d’Allah. 

Les Guinéens avaient fini par se résigner face aux abus dont ils étaient victimes. Est-ce que c’était le cas pour vous également ? 

Je n’avais jamais douté de la volonté d'Allah de porter secours au peuple de Guinée. Je vous avais dit que si c’est quelqu’un vous confisque un bien, ne vous fâchez pas c’est quelqu’un d’autre qui va vous le rendre. J’avais dit aussi que les biens que Alpha Condé m'a confisqués, un jour quelqu’un d’autre va me les rendre. Je crois en Allah et je m’en remets à lui.

Vous avez rencontré le colonel Mamady Doumbouya. Que vous a-t-il dit ?

Le colonel Mamady Doumbouya est un fils de la Guinée qui fait partie de ceux qui veulent la paix et le développement dans notre pays. J’ai vu en lui quelqu’un qui veut que tous les Guinéens soient de même père et même mère. Il reste à savoir si les autres Guinéens vont l’accompagner dans ce sens ou s’ils vont faire de lui comme avec Alpha Condé en l'induisant à commettre l’irréparable. Je pense que le Colonel Mamady Doumbouya est un homme intègre. Mais, on attend de voir ce que vont faire ceux qui continuent de clamer que c’est toujours un des leurs qui est au pouvoir. 

Vous évoquiez tantôt les biens qu'Alpha Condé vous a dépouillés. Que demandez-vous au colonel Mamady Doumbouya ?

Je demande au colonel Mamady Doumbouya de défendre la justice, la vérité et de combattre l’injustice. 

A suivre...

 

Interview réalisée par Abdoul Malick Diallo 

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 669 91 93 06

Créé le Jeudi 16 septembre 2021 à 13:26