Maison Centrale : « Je paie entre 25 et 30 mille Gnf à chaque fois que je veux voir mon mari… »

Conakry
Entrée principale de la maison centrale de Conakry
Entrée principale de la maison centrale de Conakry

CONAKRY- Des parents de personnes arrêtées dans le sillage des violences postélectorales de la présidentielle d’octobre 2020 et détenues à la prison civile de Conakry, affirment être obligés, de payer de l’argent pour rendre visite à leurs proches en prison.

Des gardes pénitenciers profiteraient la "crédulité" de certains parents de prisonniers pour leur soutirer de l’argent, selon plusieurs victimes de cette pratique qui s’apparentent à de la corruption.

K.B.B a son mari incarcéré dans cette prison depuis maintenant plus de 9 mois. Selon son témoignage, elle est obligée de payer de l’argent aux gardes à chaque fois qu'elle veut rencontrer son mari. 

"Quand nous envoyons à manger à mon mari et que je veuille le rencontrer, les gardes pénitentiaires me demandent de payer de l’argent pour pouvoir le rencontrer. Avant, on payait 40 mille Gnf pour le rencontrer en prison. Mais maintenant comme nous sommes devenus familiers, on paie entre 25 et 30 mille Gnf", a témoigné KBB. 

H.D quant à lui, a son fils incarcéré. Il affirme avoir toujours payé les déplacements de l'ambulance de la Maison Centrale pour évacuer son fils malade à l'hôpital. 

"Pour envoyer mon fils malade à l'hôpital Ignace Deen, je suis obligé de payer. Chaque déplacement j'ai donné entre 100 mille Gnf et 150 mille Gnf pour l'ambulance. Je savais qu'on ne devait pas faire, cela mais comme moi j'étais dans les besoins, j'étais obligé de payer afin que je puisse soigner mon fils", a-t-il témoigné. 

A la différence de K.B.B et H.D, M.K.D lui, n’a plus de nouvelles de son fils, en détention à la Maison Centrale depuis maintenant 11 mois. Durant tout ce temps, c'est une seule fois qu’il a pu le voir, nous a-t-il dit. Il confie avoir tout fait pour rencontrer son fils, en vain. Selon lui, il n'a plus de ses nouvelles.
"Moi on ne m'autorise même pas de voir mon fils qui est détenu à la Maison Centrale. Depuis qu'il a été arrêté lors de l'élection du 18 octobre 2021 c'est une seule fois je l'ai vu et c'est aussi c'est lorsqu’on les avait envoyés au tribunal pour enfant. Je n'ai aucune nouvelle de mon fils", nous a confié ce père de famille les larmes aux yeux.

Cette autre femme qui s'est confiée à notre rédaction nous a raconté aussi son calvaire. Pour éviter de passer toute la journée assise dans cours de la Maison Centrale, F.B.D est obligée de glisser quelques billets dans les mains des agents pour qu'elle puisse voir son fils. 

"Quand je me rends à la Maison Centrale pour voir mon fils, les gardes pénitentiaires peuvent me faire attendre dans la cour, sous l'arbre du matin au soir sans le voir. C'est pourquoi maintenant quand je décide d'aller le voir en prison, je me prépare bien parce que je sais ce jour je vais passer toute la journée assise là-bas. Des fois c'est vers 16h qu'ils vont me faire entrer pour voir mon fils. Dès fois nous sommes obligés de payer de l’argent pour pouvoir entrer voir notre enfant", a aussi témoigné cette mère d'un prisonnier. 

Interpellé sur ce sujet, le Ministère de la Justice a nié en bloc toutes ces accusations. Selon le chargé de communication de ce département, tous ceux qui sont munis de leur permis de visite n'ont jamais eu des problèmes de rencontrer leurs parents détenus. 

"Ce n'est pas vrai. Maintenant il y a une commission de réforme de l'administration pénitentiaire. Il y a le directeur national adjoint de l'administration pénitentiaire qui fait office de régisseur actuellement qui est accompagné du conseiller du Général Baldé qui posent cette condition. Donc, ça travaille professionnellement depuis un certain temps. Ce n'est pas vrai parce qu'il y a un permis exigé. Quand tu as un permis de rendre visite à ton parent, personne ne peut dire le contraire. C'est le permis qui est le contrat social entre le détenu et son parent et c'est ce permis qui vous donne le pouvoir et l'autorisation de rencontrer votre parent", a expliqué Sékou Keïta. 

 

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com 

Tél. : 00224 666 134 023

Créé le Mardi 31 août 2021 à 17:44