Enquête : Pourquoi la crise des passeports de 10 ans ?

Guinée
Damantang Albert Camara, ministre de la Sécurité et de la protection civile
Damantang Albert Camara, ministre de la Sécurité et de la protection civile

CONAKRY- En Guinée, se procurer un passeport est un calvaire ‘’incessant’’ auquel sont confrontés les citoyens. Si les autorités persistent sur la facilité d’avoir ce document de voyage, sur le terrain, la réalité en est toute autre. Ces derniers mois, nombreux sont ces compatriotes du président Alpha Condé à écumer des ressentiments vis-à-vis des autorités guinéennes dans la délivrance des passeports de la validité de 10 ans.

Au ministère de la sécurité sis dans le quartier Coléah, la cohue est indescriptible. Selon le constat fait par un journaliste de notre rédaction, parmi ces citoyens, il y en a de toutes les catégories. Des jeunes étudiants qui veulent voyager à l'étranger pour continuer leurs études, des personnes qui traînent des maladies qui veulent se rendre à l’étranger pour se faire soigner, des commerçants qui veulent voyager pour  acheter des marchandises à l’étranger, mais aussi d'autres citoyens guinéens de la diaspora venus uniquement pour proroger leur passeport ou se procurer de celui de 10ans, lancé récemment.

MS Konaté, jeune footballeur en herbe, rencontré dans les couloirs du ministère de l’intérieur pousse un grand soupir en sortant d’un bureau. Ce jeune athlète, voulant poursuivre sa carrière à l’extérieur nous confie qu’il est dépassé parce qu’il est en train de vivre.

‘’ Depuis bientôt 15 jours j’ai payé l’argent à la banque pour que j’ai un passeport pour une validité de 10 ans. Tous les jours je viens ici à Coléah pour savoir  si mon document me sera rendu pour que je puisse voyager à temps, car bientôt l’ouverture des championnats à travers toute l’Europe. A ma grande surprise aujourd’hui, on me dit qu’il y a rupture de passeport et il faudra patienter. Mais c’est incroyable (…), le temps est court et on me dit de souscrire pour celui de 5 ans, donc ce qui revient à dire que je dois payer doublement. Cet argent m’a été prêté par quelqu’un et je ne sais plus comment faire’’ nous a confié, MS Konaté désemparé.

Pour dame Kadiatou, le souci est ailleurs. Aux dires de cette guinéenne en séjours au pays, il aurait été merveilleux pour elle d’avoir un passeport d’une longue validité.

’Je suis en Guinée pour voir la famille (…), puisque je vis à Genève et je n’ai pas la nationalité Suisse, je voulais profiter de mes vacances pour me procurer ce passeport de 10 ans afin d’éviter des vas-et-viens. Mais malheureusement on m’a fait savoir que ce n’est pas possible puisqu’il y a rupture de stock. C’est effarant pour ma Guinée’’ a-t-elle regrettée.

O.B venu du Gabon a rencontré les mêmes difficultés. Bien qu'il avait effectué le versement (non remboursable) pour obtenir un passeport  de 10 ans, il a été obligé de refaire un autre versement pour avoir le passeport de cinq ans, malgré lui.

 "Les un millions que j'avais versé, je les ai perdu. J'ai demandé si c'était possible de compenser, on m'a dit non. Je me suis vu obligé de payer encore 500.000 GNF pour me procurer du passeport de cinq ans. Parce que la durée de mon séjour était limitée. C'est comme ça, je ne suis pas le seul. Beaucoup ont perdu leur argent comme ça", déplore-t-il.

Qu'en dit le ministère de la Sécurité ?

Le directeur central de la police aux frontières, a avoué qu'il y a rupture des passeports de 10 ans. Selon le contrôleur général de la police Lamine Keita, les documents sont commandés et ils sont en route.

’Les passeports sont fabriqués en Malaisie. Malheureusement ce pays est en confinement général mais nous avons réussi à obtenir jusqu’à 80.000 passeports. C’est en cours de route pour les prochaines semaines’’ nous a expliqué directeur central de la police aux frontières.

Pour ceux qui pensent que leur argent est perdu d’avance, dans ses explications, Lamine Keita rappelle que les passeports sont des titres et des valeurs. Ces deux choses, dit-il, relèvent de la compétence du ministère des finances qui sont gérés par le trésor public.

’Ce sont eux qui font les commandes et les stocks au niveau des caveaux du trésor public. C’est vrai que nous sommes tombés en rupture parce que le pays qui produit les passeports qui est la Malaisie est en confinement total. Par rapport à cela, ils n’arrivent pas à produire. Nous avons donc demandé à ceux qui ont postulé pour les passeports de 10 ans de réduire ce temps afin de leur donner celui de 5 ans pour leur permettre de réduire leur voyage. Il n’y a aucune spéculation autour et nous avons demandé à nos banques partenaires de surseoir à l’émission des reçus du passeport de 10 ans. C’est ce qui est fait (…), tant que nous n’aurons pas reçu le stock, la délivrance des reçus ne sera possible au niveau de la banque’’, nous a confié le commissaire général de la police, avant de rappeler, selon lui que les prix de ces passeports ne sont pas fixés par le ministre de la sécurité mais plutôt par le ministère des Finances.

‘’ Nous les appliquons comme tel en fonction d’un arrêté. En ce qui concerne les payements de la valeur d’1 million à la banque et la valeur de 500 mille pour les passeports de 5 ans, ce n’est pas la police qui encaisse cet argent mais plutôt la banque à travers le ministère de l’Economie et des Finances. Ceux qui peuvent attendre, lorsque le stock viendra on le fera mais s’ils sont pressés, on peut faire les passeports de 5 ans et quand le stock des 10 ans sera là, en ce moment cette différence va être payée pour pouvoir les rembourser en passeport de 10 ans. Mais à ce niveau, il faut reconnaitre que la police pratiquement n’a rien à avoir dedans. C’est une rupture liée à la pandémie de covid-19’’, a précisé le contrôleur général Lamine Keita.

 

BAH Boubacar LOUDAH

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 655 31 11 13

Créé le Mercredi 28 juillet 2021 à 11:17