Guinée : Immersion à Gouécké, berceau de l’épidémie Ebola…

Guinée forestière
Une ruelle du centre de Gouecké
Une ruelle du centre de Gouecké

GOUECKE-Durement éprouvée par le coronavirus, la Guinée fait face à une nouvelle épidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola depuis le 14 février 2021. Entre 2014 et 2016, cette maladie dangereuse, hautement contagieuse et mortelle, partie dans le sud du pays, avait fait des ravages. Au moins 2000 morts en Guinée, tandis qu'en Afrique de l'Ouest, (Guinée, Sierra Léone, Libéria), le virus a tué 11.000 personnes sur un peu plus de 26000 cas recensés.

La résurgence de la fièvre hémorragique à virus Ebola alors que l'épidémie de Coronavirus peine à être circonscrite, réveille la peur chez certains guinéens. Les autorités guinéennes, avec l'aide de ses partenaires mettent les bouchées doubles pour enrayer la propagation du virus dans le pays, alors que cinq personnes sont déjà mortes. Gouecké, berceau de la nouvelle épidémie, comment les populations perçoivent-elle cette maladie ? Comment la riposte s'organise-t-elle ? Un journaliste d'Africaguinee.com, s'est rendu sur place. Immersion.

Située à 42 kilomètres de la ville de Nzérékoré, la sous-préfecture de Gouécké fait la Une des journaux depuis une semaine. Les populations de cette commune rurale vivent essentiellement de l'agriculture, le commerce est aussi une activité florissante. C'est là que les premiers malades d'Ebola ont été signalés. Pour l'heure, les équipes scientifiques s'activent pour connaitre l'origine de la réapparition du virus. Pour circonscrire sa propagation, les autorités ont installé un cordon filtrant à la rentrée de la localité. Là, des dispositifs de lavages des mains, sont visibles. La prise de température est également obligatoire. Le gouvernement annonce l'interdiction des marchés hebdomadaires et les grands rassemblements pour éviter les contacts. Sur place, cette mesure foulée au sol.

Pendant que les autorités sanitaires s’activent pour enrayer le virus Ebola, les citoyens de Gouécké épicentre de l’épidémie, n’ont pas conscience de l’existence de la maladie dans leur localité. Pourtant 5 personnes tous issus de Gouécké, en sont déjà mortes. Certains habitants de cette sous-préfecture ne croient pas à l'existence d'Ebola. La plus part pense que c’est un business pour le gouvernement. Nous sommes, samedi, jour du marché hebdomadaire. Les citoyens ont bravé l’interdiction du président Alpha Condé, visant la fermeture des marchés. Chacun vaquent à ses activités quotidiennes comme si de rien n’était.

Ebola n'est pas à Gouecké…

 « C’est tout dernièrement que j’ai entendu ces paroles menteuses disant qu’Ebola est à Gouécké. Je ne crois pas. Si Ebola est là, vous-mêmes vous savez c’est une maladie qui ne tarde pas à se manifester. Entre deux, trois jours, vous allez voir l’effet. Et pourtant, depuis le décès de la dame, nous sommes dans la quatrième semaine comme ça mais il n'y a rien. Nous n’avons pas peur, nous ne sommes pas inquiets. Gouécké c’est chez nous. On sait que Dieu est là. Si les autorités veulent mentir pour gagner quelque chose sur nous, ils n’ont qu’à le faire, mais Ebola n’est pas à Gouécké ici. S’il y a des cas de morts, ce n’est pas à Gouécké centre ici qu'on les a enregistrés. Moi, je suis là, je dors ici, je n’ai pas vu quelqu’un dire qu’il est mort d’Ebola. Si c’est fait, c’est hors de Gouécké. Les gens quittent tout le temps de Nzérékoré pour Gouécké. S’il n’y a pas Ebola à Nzérékoré, pourquoi on dit qu’il y a Ebola à Gouécké ? Moi je dois continuer mon activité pour trouver le quotidien. Alors, si on dit qu’il n’y a pas de marché, comment on va vivre ? Je demande au gouvernement, d’arrêter des magouilles, de nous laisser travailler en paix. Il n’y a pas Ebola à Gouécké ici. Ils n’ont qu’à nous laisser tranquille », a martelé Jacques Noel HABA.

Aimé Loua de renchérir : ‘’Pourquoi ils disent d’arrêter le marché, alors que les élèves sont à l’école ? On ne peut pas dire qu’Ebola est à Gouécké, les élèves sont à l’école, cela fait une semaine, personne n’est contaminé d’abord, alors que nous sommes assis trois par banc. Nos parents sont là en train de souffrir, rien ! Nous souffrons beaucoup. Demandez au président de nous laisser en paix. Il n’y a rien à Gouécké. Il n’y a pas Ebola ici’’, ajoute cet autre citoyen.

Des commerçants venus des localités environnantes pour écouler leurs marchandises, se plaignent également de l’impact de l’annonce du gouvernement sur leurs commerces. Eux non plus ne croient pas à l'existence d'Ebola à Gouecké.

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 « Nous avons quitté Nzérékoré pour venir vendre ici. Nos maris n’ont pas de travail. Nous avons des enfants à nourrir. C’est dans ces petits commerces que nous nous débrouillons. Maintenant s’ils nous disent de ne pas venir faire le marché, comment nous allons faire face à nos problèmes ? Ils n’ont qu’à nous laisser faire notre marché. L’affaire de maladie là quand tu en parles à quelqu’un, il te dit j’ai appris. Personne n’a vu de ces yeux. Nous croyons mais nous n’avons jamais vu de nos yeux. Donc nous voulons que ça cesse !», s'exclame cette vendeuse.

Le vaccin pour la prévention de la fièvre hémorragique à virus Ebola est annoncé pour la semaine prochaine. La campagne de vaccination devrait débuter ce mardi 23 février si on en croit à Dr Sakoba Keita, le patron de l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire. Comment briser le mur de réticence ? Le sous-préfet de Gouécké rassure. Selon lui, sa population est sensibilisée et prête pour la vaccination.

’La population est sensibilisée, elle est prête à se faire vacciner. Même si on dit aujourd’hui, nous nous sommes prêts. Partout en Guinée il y a des récidivistes. Certains vont dans des cabarets ils boivent, tu les entends parler dans la rue comme ils veulent. C’est tout, ce ne sont pas des gens à écouter’’, confie Ibrahim Koné. Interpelé sur l'ouverture du marché, le sous-préfet se défend en soutenant que ce sont des citoyens venus d’ailleurs qui n’avaient pas l’information liée à l'interdiction.

Le centre de santé amélioré de Gouécké où l'infirmière décédée d’Ebola était en service, est désert. Selon des indiscrétions, à l’annonce de l’épidémie à Gouécké, les malades qui y étaient alités auraient tous fui. Le chef dudit centre que nous avons voulu interroger était absent à notre arrivée sur les lieux.

Face à la montée de l'Ebola-phobie, beaucoup s'interrogent sur comment briser le mur de la réticence et amener les populations à prendre conscience de la maladie. Le ministre de la Santé, le médecin colonel Rémy Lamah est dans la région pour s'impliquer dans la sensibilisation, à la veille du lancement de la vaccination. Les vaccins sont attendus ce lundi 22 février 2021, à Conakry, si la météo est clémente.

A suivre…

De retour de Gouécké, SAKOUVOGUI Paul Foromo

Pour Africaguinee.com

Tél : (00224) 628 80 17 43

Créé le Lundi 22 Février 2021 à 10:58

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