Beny charge l'épouse de Conté : "Elle a raconté beaucoup de mensonges…"

Corruption
Beny Steinmetz et Mamadie Touré, photomontage Africaguinee.com
Beny Steinmetz et Mamadie Touré, photomontage Africaguinee.com

GENEVE-Ouvert lundi 11 janvier 2021 devant le Tribunal correctionnel de Genève en Suisse, le procès de Beny Steinmetz accusé de "corruption d’agents publics étrangers" et de "faux en titres", se poursuit.

Le milliardaire franco-israélien qui a comparu, a nié en bloc toutes les charges qui pèsent contre lui. Il dit n'avoir versé aucun rond à la 4ème épouse du président Lansana Conté, Mamadie Touré, qui, selon l'accusation aurait perçu 10 millions de dollars de pots de vin. C'est le versement de cet argent qui aurait permis, en 2008, au grand seigneur du diamant, de s’octroyer les blocs 1 et 2 du Simandou situés au sud de la Guinée.

Les enquêteurs sont fermes : le milliardaire franco-israélien et ses plus proches collaborateurs ont fait verser à Mamadie Touré dès 2006 des pots-de-vin pour un total d’environ 10 millions de dollars effectués en 11 virements entre 2006 et 2012.

Rien n'en est, selon Beny qui a soutenu au cours de la 2ème journée d’audience, ne rien avoir avec Mamadie Touré. "Elle a raconté beaucoup de mensonges", a-t-il déclaré. "J'ai rencontré Mamadie Touré une fois dans ma vie pendant seulement cinq minutes. Nous n'avons pas parlé", assuré le prévenu. Et son avocat, Me Marc Bonnant de rajouter que celle-ci n’était pas une « épouse », mais « une maitresse qui n’avait aucune influence » sur le Président.

Après avoir investi quelque 170 millions de dollars pour obtenir les permis d’exploitation des blocs 1 et 2 de Simandou en 2008 peu avant la mort de Lansana Conté, le groupe BSGR avait vendu 51% de ses parts au géant brésilien Vale pour 2,5 milliards dollars. Le deal du siècle, disait-on à l'époque.

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C'est ce qui a suscité, selon le média suisse letemps.ch, l’interrogation du tribunal : « Quel était alors l’intérêt du gouvernement guinéen de conclure de tels accords?». Et Beny de répondre : « C’est comme ça dans le monde. C’est une grande chance pour ces pays qui n’ont ni les infrastructures, ni les connaissances nécessaires d’avoir des entreprises qui prennent le risque d’investir. Parfois, cela ne donne rien. Le ratio de succès de l’exploration minière est de 2%. BSGR a aussi perdu 10 millions dans la bauxite».

A l’arrivée d'Alpha Condé au pouvoir, en 2010, l’État guinéen avait résilié le contrat de BSGR sur les blocs I et II de Simandou et engagé des poursuites judiciaires pour corruption.  A son tour, Beny Steinmetz avait porté plainte contre la Guinée. Il a fallu attendre en 2019 sous l’implication de l’ancien président français Nicolas Sarkorzy pour que les deux parties parviennent à un accord.

Le procès vu par les Guinéens…

Interrogé sur le procès en cours à Genève, le président de l’Ong Actions mines a fait savoir que «l’Etat guinéen n’a rien à y gagner» étant donné qu’il «a déjà eu sa part» à travers l’accord qui lui a permis de récupérer les blocs 1 et 2 de Simandou.

«L’Etat guinéen a même engagé un appel d’offres international remporté par la SMB. Pour le moment, il n’y a pas de contentieux sur les blocs et 1 et 2. Parce qu’auparavant, Beny Steinmetz avait porté plainte contre la Guinée au niveau du Centre international du règlement des différends relatifs aux investissements. A ce jour, toute la procédure judiciaire aussi bien au niveau du Centre international ou celle enclenchée par le parquet est éteinte. Même s’il n’y a pas eu une communication officielle du gouvernement, ni du parquet qui avait ouvert une information judiciaire dans le cadre de cette allégation de corruption», a expliqué Amadou Bah interrogé par Africaguinee.com.

Des doutes sur les contenus de l'accord…

Toutefois, M. Bah a souligné des doutes sur le contenu de l’accord entre la Guinée et le milliardaire franco-israélien. « Il y a des zones d’ombre parce qu’en fait, on ne sait pas ce qui s’est réellement passé, les termes de cet accord sont secrets. Pourquoi le gouvernement guinéen n’a pas communiqué officiellement ? Pourquoi le parquet n’a pas aussi communiqué pour dire pourquoi la procédure a été abandonnée en Guinée ? Mieux, il y a des Guinéens supposés être des employés de Beny Steinmetz qui avaient passé quelques mois en prison», a précisé l’activiste.

Le verdict dans ce procès est attendu le 22 janvier prochain. Beny Steinmetz risque 10 ans d'emprisonnement s'il est reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés.

Abdoul Malick Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 669 91 93 06

Créé le Jeudi 14 janvier 2021 à 16:47