Elhadj "sans loi" sort de sa réserve: "On m'en veut parce que je suis Peulh…"

Interview
Elhadj Ousmane Fatako Baldé
Elhadj Ousmane Fatako Baldé

CONAKRY-Après le "Centre commercial de Kindia", les services du ministère de la ville ont fermé les bureaux d'Elhadj Ousmane Fatako Baldé, sis à Matam et à Coronthie. L'opérateur économique parle d'acharnement à cause de son appartenance ethnique. Dans cet entretien, il dit qu'il s'en remet à Dieu, mais prévient que l'action du gouvernement ne repose sur aucune base légale.

AFRICAGUINEE.COM : On a été informé qu'on a fermé votre centre commercial qui se trouve à Matam. Or, vous affirmez que vous aviez acheté le domaine au temps de Général Lansana Conté qui avait pris même un décret à l'époque. Qu’est-ce qui s'est passé ?

ELHADJ OUSMANE FATAKO BALDE : C'est vrai qu'à Matam, j’avais acheté le domaine. Il y avait même eu un décret présidentiel pour le confirmer. Mais eux (les gouvernants actuels) disent que ce décret n'a aucune valeur. Et le prix auquel j'ai acheté le domaine avait été sous-évalué.  Je leur ai fait observer que tu ne peux pas acheter un domaine il y a 20 ou 30 ans, et que le prix soit le même aujourd’hui.

Quand est-ce le gouvernement vous a retiré le domaine ?

C’est le vendredi 30 octobre dernier qu’ils sont venus fermer d'abord le centre de Matam puis à Coronthie. Avant cela, ils avaient fermé le centre de Kindia.

Aviez-vous des marchandises stockées à Matam ?

J’ai beaucoup de biens qui risquent de se gâter. Maintenant c’est à eux de dire si cela peut les servir. Parce qu'en agissant de la sorte, c'est pour mettre à terre les commerçants et faire du mal aux consommateurs.

Quelle est la nature des marchandises ?

C’est de l’alimentation générale. Il y avait toute sorte de produits.

Avez-vous pu récupérer certains produits périssables ?

Depuis qu’ils ont fermé les magasins, ils ne nous ont pas autorisé, nous les propriétaires, de rentrer pour récupérer les biens ou faire des livraisons.

 Qu’avez-vous à dire ?

On n’a rien à dire sauf que nos magasins sont fermés parce que nous sommes des peulhs.

Avez-vous engagé des démarches auprès de la justice ?

En ce qui concerne la démarche judiciaire, nous voulons attendre de voir s’ils se rendront compte que ce qu’ils sont en train de faire ne repose sur aucune base légale, sur aucune base du droit. Mais je préviens que tout bien perdu là-bas, c’est de leur responsabilité et non la nôtre. Donc, ils répondront quelque le temps que ça prendra.

Pouvez-vous estimé vos investissements à Matam ?

Le moment n’est pas venu de faire l’estimation de l’investissement fait dans ce domaine.

Le ministre Ibrahima Kourouma soutient que vous n’êtes pas le seul opérateur économique visé et qu'en ce qui vous concerne, vous n'auriez pas respecté les clauses du contrat de bail. Qu'en dites-vous ?

Si je n’ai pas respecté les clauses du contrat, mais on devrait s’asseoir pour en discuter et non venir subitement confisquer mes biens.

Il affirme pourtant qu'ils vous ont adressé plusieurs courriers depuis 2019. Qu’en est-il ?

S’ils nous ont adressé des courriers, mais ils ont refusé de recevoir l’investisseur. Depuis un an et demi, je cherche un rendez-vous avec le ministre, mais il a refusé. Alors qu'est-ce que ces courriers justifient ? Ce qu’il m’a montré, ce que je ne suis pas citoyen guinéen. C’est comme si j’avais illégalement acquis mes biens.

Voulez-vous dire qu'on vous dessaisi de vos bien à tort ?

Oui bien sûr !

Votre dernier mot ?

Je vous remercie beaucoup. Mais ce que je dis là, vient du ministre en personne. C’est lui-même qui a dit que beaucoup d’opérateurs sont concernés par cette opération de récupération des biens de l'Etat. Mais aussi longtemps que scruterez la liste des personnes visées ce n’est que des peuls qui sont victimes parce qu’ils s'élèvent contre la communauté.

 

Abdoul Malik Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le Jeudi 19 novembre 2020 à 11:08