Bah Oury : "Un dialogue ne peut pas se créer dans ces conditions…"

Guinée
Bah Oury, leader du Union des démocrates pour la Renaissance de la Guinée (UDRG)
Bah Oury, leader du Union des démocrates pour la Renaissance de la Guinée (UDRG)

CONAKRY-Alors qu'Alpha Condé tend la main à l'opposition, Bah Oury prévient que les conditions d'un "dialogue sincère" ne sont pas réunies. L'opposant qui a été interrogé par notre rédaction s'est aussi exprimé sur l'emprisonnement des certains responsables de l'UFDG auxquels il a réaffirmé sa solidarité. Dans cet entretien avec le leader de l'UDRG (Union des démocrates pour la Renaissance de la Guinée), nous avons aussi abordé l'abattage des animaux dont des éleveurs ont été victimes à Komban.

 

AFRICAGUINEE.COM : Comment réagissez-vous face aux poursuites judiciaires engagées contre des responsables de l’opposition notamment de l’UFDG et de ses alliés ?

BAH OURY : C’est dommage pour notre pays que la violence a toujours été un aspect dominant de la scène politique surtout durant la période électorale. Dans le contexte actuel, aussi bien du côté de la mouvance que du côté des forces, qui étaient engagées dans le processus électoral, chacune des forces n’est pas exempte de reproches par rapport à cette manipulation et à cette culture de violence. Maintenant, les autorités au niveau étatique ont la responsabilité d’assurer la protection et la sécurité de tous. Ce que malheureusement, elles n’ont pas pu faire parce qu’elles sont beaucoup plus marquées par une vision partisane et une approche qui n’est pas en conformité avec les principes du droit et de l'égalité des citoyens. Il y a eu beaucoup de casses, il y a eu beaucoup de tueries dont des éléments des forces de l’ordre sont directement incriminés. De ce point de vue, il n’y a aucun jugement. 

Dans ce contexte, l’attitude des autorités qui consiste à arrêter des responsables de la partie adverse ne peut être considérée que comme une attitude d’injustice et de discrimination. Puisque d’une façon ou d’une autre, lorsque vous voulez que la justice fonctionne correctement, il faut qu’elle soit équitable, exemplaire et que ça ne soit pas simplement de ceux qui ont le Pouvoir qui peuvent se permettre d’arrêter, d’incriminer les personnes qui leur semblent suspectes ou qui les dérangent. C’est ce que nous constatons dans notre pays aujourd’hui. Nous réaffirmons notre solidarité avec les responsables de l’UFDG qui sont à l’heure actuelle incarcérés, recherchés et nous sommes profondément solidaires avec tous les citoyens guinéens qui sont aujourd’hui privés de leur droit, privés de leur liberté et qui, dans une large mesure, ont été victimes soit de destruction des biens ou qui ont vu certains de leurs proches tués lors de ces événements tragiques.

Ne craignez-vous pas une accentuation des tensions ?

Lorsque vous gouvernez et vous voulez gouverner en imposant votre façon de voir, votre désidérata ou en violant les principes du droit et de l’égalité des citoyens, vous créez les conditions idoines pour l’explosion de la violence. De ce point de vue, la question constitutionnelle, la question du fichier électoral, la question des élections tout cela, dans la façon de la mise en œuvre ont contribué à exacerber les violences et à montrer que seule la force l’emporte sur la justice et sur le droit. A partir de ce moment-là, vous êtes dans une logique où vous avez une société violente au lieu d’avoir une société qui va dans le sens de l’apaisement, de la décrispation et de la primauté du droit.

Le président Alpha Condé vient de déclarer qu'il tend la main de bonne fois à l’opposition. Quelle est votre réaction ?

Un dialogue sincère ne peut pas se créer dans ces conditions. Un dialogue ne peut pas être efficace si c’est la force qui veut s’imposer au détriment de la justice et de la primauté du droit. Si vous voulez un réel dialogue, il faut que d’une manière ou d’un autre, que vous montriez de manière effective votre désir d’apaisement, votre désir de réconciliation et votre désir d’être en conformité avec les principes du droit. Et là, ceux qui dirigent ou ceux qui ont le pouvoir ont une responsabilité beaucoup plus grande de montrer une réelle volonté d'aller dans ce sens et ne pas se contenter des discours. Parce que les guinéens ont tellement entendu des discours lénifiants qui, dans les faits ne sont pas traduits dans le concret. Les guinéens sont devenus suspicieux, la confiance a disparu et il faut retravailler en profondeur pour que les citoyens guinéens puissent dans une certaine mesure faire confiance à un discours officiel en Guinée dans le contexte actuel.

Quelle lecture faites-nous des évènements survenus dans la localité de Koumban où des éleveurs ont été victimes d'abattage de leurs bêtes ?

J’ai appris ça avec une profonde indignation et je n’ai pas manqué de le traduire dans un Tweet où j’ai tagué monsieur Alpha Condé parce que dans ce cas de figure, en tant que président de l’Etat guinéen il a la mission d’assurer la protection de tous. Cette responsabilité et d’autant plus importante que ceux qui semblent être les auteurs de cela se réclament de lui. Donc ils n’ont pas le droit de se taire lorsque la paix et la sécurité des populations sont en danger. Je rappelle également dans le cadre de ce qui se passe, en s’attaquant de cette manière à une partie de la population guinéenne dans n’importe quelle région du territoire national, on prépare des conditions qui pourraient faire en sorte que l’explosion de la violence nous plonge dans des conflits du type sahélien tel qu’on le voit au Burkina, au Niger et au Mali. C’est une extrême gravité.

C’est la sécurité nationale qui est en danger par rapport à une compromission ou à une complaisance par rapport à des situations de ce genre. C’est valable en Moyenne Guinée, c’est valable en Basse Guinée, c’est valable en Haute Guinée et c’est valable en Guinée Forestière. Les discours officiels, les discours politiques doivent aller dans le sens de conforter la sécurité de tous les citoyens guinéens. Mais c’est inadmissible, inacceptable d’attiser des conflits entre des fractions de la population guinéenne et surtout entre des fractions des populations qui sont des catégories socioprofessionnelles différentes. C’est une irresponsabilité, c’est un aveuglement et c’est un manque de lucidité par rapport à la crise sécuritaire qui est en train d’ensanglanter une bonne partie de l’Afrique de l’Ouest notamment dans le Sahel. Si on veut que la Guinée plonge dans ce tourbillon, c’est la meilleure manière d’attiser le feu et de plonger la Guinée dans ce dynamisme de crise sécuritaire que d’autres pays limitrophes connaissent.

Entretien réalisé par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

Créé le Mardi 17 novembre 2020 à 9:48

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