Enlèvements nocturnes à Conakry : Des citoyens dans la "psychose"...

Crise postélectorale
Image d'illustration
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CONAKRY-Plusieurs citoyens sont victimes d'enlèvements nocturnes dans la banlieue de Conakry, après les violences post-scrutin. Certains habitants des quartiers qui longent l'axe le Prince vivent avec la peur dans le ventre.

Si un calme règne dans la capitale depuis quelques jours, après les folles journées meurtrières qui ont suivi l'élection présidentielle, des scènes d’exactions continuent dans certains quartiers de la commune de Ratoma, réputés favorables à l'opposition.

Des citoyens sont réveillés de leur plein sommeil dans leur domicile, ensuite embarqués et conduits manu militari vers des destinations inconnues. Certains secteurs se vident de leurs bras valides (les jeunes) qui fuient de peur d'être arrêtés, nuitamment. La psychose mêlée au traumatisme dû aux violences postélectorales et de la répression féroce qui en a suivi, plongent certains citoyens dans le "qui-vive".

Les signalements liés aux enlèvements nocturnes font légion. Des hommes armés jusqu'aux dents habillés en treillis militaires débarquent à des heures indues dans certains quartiers, et procèdent à des arrestations, sans aucun mandat.

A Sonfonia, un jeune enseignant et plusieurs autres personnes ont été ‘’ enlevés’’ le 31 octobre 2020 aux environs de 2 heures du matin puis conduits vers une destination inconnue. Selon des informations recueillies auprès des témoins, cet enseignant du nom de Norbert Kamano a été enlevé en plein sommeil dans sa maison par des policiers. Ses proches sont inquiets.

«Des policiers l’ont arrêté le samedi 31 octobre à 2heures du matin chez lui à Sonfonia alors qu’il dormait. Il a été réveillé par les bruits des agents qui ont défoncés la porte d’entrée de sa maison. On était vraiment inquiets, parce qu’on ne savait où on l’a envoyé », a raconté un proche de la victime.

Dans ses explications, cette source a indiqué qu’après plusieurs jours de recherche, Norbert Kamano et 4 autres personnes dont un père de famille arrêtés dans les mêmes circonstances, ont été retrouvés comme détenus à la Direction centrale de la Police Judiciaire.

« On le détient à la DPJ, on dit qu’il est impliqué dans l’incendie du train à Sonfonia et qu’il est un étudiant venu de Kindia. Alors qu’il est enseignant dans une école privée et il réside à Sonfonia. Mais finalement, on a compris que c’est une question d’argent. Parce que par après, on nous réclame entre 3 à 4 millions de francs guinéens pour sa libération, alors qu’il n’a rien fait. On l'accuse d'être parmi ceux qui ont brulé le train FRIGUIA à Sonfonia. Il est innocent, il incapable de faire ça. Il n’a jamais participé à une quelconque manifestation.  C’est quelqu’un qui a sa maison. Cela fait 5 jours depuis qu’il est détention.

(…) Le père de famille a été enlevé le même jour à 2 heures du matin, devant sa femme à Sonfonia. Ce dernier a été libéré. Les forces de l’ordre l’ont envoyé manu militari, reversant tout dans sa maison. C’est très injuste », a déclaré une source proche du dossier. 

Des cas similaires sont signalés presque quotidiennement par des citoyens dans les quartiers Wanindara, Koloma, Cimentérie, Ansoumania etc. Après les violences postélectorales qui ont fait une vingtaine de morts, selon un bilan officiel, le Gouvernement a annoncé une vaste "opération de ratissage" visant à "traquer" les personnes impliquées.

 "Tous ceux qui pensent qu'ils ne sont pas connus alors qu'ils sont connus sont activement recherchés par les services de sécurité", déclarait il y a quelques jours le ministre de la justice garde des sceaux, maitre Mory Doumbouya. Plus de 240 personnes ont été arrêtées à travers le pays après les violences postélectorales. Le procès de certains a déjà commencé dans certains tribunaux.

Affaire à suivre…

 Bah Ayissatou

Pour Africaguinee.com

Tél : (+224) 655 31 11 14

Créé le Jeudi 05 novembre 2020 à 16:55