Incendies, pillages à Conakry : immersion dans l'enfer des victimes qui ont tout perdu

Violences postélectorales
Un kiosque de vente incendié à la Cimenterie
Un kiosque de vente incendié à la Cimenterie

CONAKRY- Outre leur bilan macabre, les violences postélectorales ont laissé des traces indélébiles. Chez les opérateurs économiques dont les commerces ont été pillés, vandalisés quelquefois même incendiés, l’heure est à l’évaluation des pertes subies.

De la transversale N°8 en passant par la Cimenterie jusqu'à Bailobayah, Ansoumania, les victimes sont nombreuses. Des magasins contenant des matériels de construction, plus d’une quinzaine de conteneurs, des réfrigérateurs et diverses autres marchandises, des restaurants ont été vidés de leurs contenus, pillés et incendiés. Le constat est alarmant. Nous sommes allés à la rencontre de certaines victimes.

Dans le quartier Ansomaniah, Alpha Oumar Baldé, est l'une des victimes. Il témoigne, désespéré, de ce jour où des gens en civils accompagnés par des agents des forces de l’ordre sont venus s’attaquer à son magasin.

«Ils sont venus s’attaquer à mes magasins de vente de matériels de construction en arrachant les portes. Ils ont pillés le contenu, emporté d’autres et brulé le reste pour que ça ne puisse plus servir à quelqu'un d'autre. C'est dans l'intention de me nuire et pourtant, je ne suis qu'un simple étudiant en master. Aujourd'hui, toute mon économie pendant une longue période est réduite à rien.  J'ai le cœur meurtri. Je lance un appel pressant à toutes les personnes de bonne volonté de m’aider pour mes études et subvenir aux besoins de ma famille. J’ai perdu plus de 50 millions de francs guinéens», témoigne Alpha Oumar Baldé.

Au carrefour T8 cimenterie dans la commune de Ratoma, ce sont au total 14 conteneurs qui ont été incendiés lors des émeutes du vendredi 23 octobre dernier. Là aussi, les forces de défense et de sécurité notamment la police en complicité avec des civils, sont mis en cause.

«On a brulé beaucoup de choses vendredi dernier vers 15 heures. Dans mon conteneur, il y avait des boissons, de la mayonnaise et du lait et un grand congélateur.  Ils ont pris ce qu’ils pouvaient emporter, le reste ils ont tout brûlé. Quand nous sommes venus, les flammes étaient hautes. On n’a rien pu faire pour les éteindre.  C’est grâce à ce conteneur que j’arrivais à subvenir aux besoins de famille», s’alarme Abdoulaye Barry.

Même cri de cœur chez cette mère de famille qui a vu ses 6 années de labeur partir en fumée. Mariama Ciré Baldé témoigne à charge contre les forces de l’ordre.

«Ils ont volé et mangé ma marchandise avant de mettre le feu. Il y avait de l’eau, des fruits et beaucoup de choses dans le conteneur. Certains citoyens et la police sont venus casser le conteneur et vandaliser le contenu. La police est impliquée dans cette affaire puisque, ce jour, ils sont venus tirés pour effrayer les gens. Ils ont emporté nos biens dans leur pick-up.  Je ne peux pas estimer les dégâts mais c’est trop. Je ne les pardonne pas, je travaille nuit et jour pour subvenir aux besoins de ma famille», s’insurge Mariama Ciré Baldé. 

Cette autre victime, Fatoumata Binta Baldé a, elle aussi, perdu son conteneur. «Il y avait deux congélateurs et beaucoup de marchandises. On m’a dit que c’est les agents de maintien d’ordre qui ont fait ça. Nous souffrons vraiment parce qu’on se retrouve sans rien. C’est difficile puisqu’on n'a pas où se plaindre pour récupérer nos biens. Sinon, on ne peut pas comprendre comment des personnes qui doivent nous protéger pillent nos biens», fustige-t-elle.

Du côté du quartier Bailobayah, c’est le même constat, Alpha Ibrahima Barry dénonce le pillage de son restaurant situé au bord de la route.

«Le mercredi dernier, ils ont cassé la porte de mon restaurant, ils ont pris tout le contenu et saccagé les tables et chaises. Ils ont emporté plus de 700 mille ainsi des aliments. Ce sont des gendarmes qui ont fait cela. Ils ont vandalisé tout. Moi, aujourd’hui, je me retrouve sans aucune source de revenus puisque j’ai tout perdu avec ce restaurant », se lamente la victime.

Bah Ayissatou

Pour Africaguinee.com

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Créé le Vendredi 30 octobre 2020 à 11:50