Kankan : Pourquoi des citoyens "fuient" pour la moyenne Guinée ?

Guinée
Des citoyens qui quittent Kankan pour la moyenne Guinée
Des citoyens qui quittent Kankan pour la moyenne Guinée

KANKAN-Depuis les violences et pillages dont ils ont été victimes suite à l’empêchement de Cellou Dalein Diallo de faire campagne à dans le Nabaya, des citoyens originaires de la moyenne Guinée quitte Kankan. Rencontrés par nos correspondants, ces citoyens expliquent les raisons.

 «On veut maintenant rentrer chez nous. Nous allons voir si on va revenir après cette élection présidentielle. Sinon, actuellement nous souffrons énormément. Je préfère rentrer chez moi à Mamou où je me sens en sécurité. Alors que si je reste ici, c’est vivre la peur au ventre », a expliqué Amadou Barry, assis à bord d’un taxi en partance pour la Moyenne Guinée.

Madame Fatoumata Barry, mère de famille, a déjà pu regagner Mamou, sa ville d'origine. Interrogée, elle explique les raisons de sa "fuite".

« C’est à cause des élections qu’on nous a renvoyés de Kankan. Ils ont incendié nos maisons et nos magasins.  Quand El hadj Cellou venait à Kankan, ils savaient que ses partisans allaient sortir. Eux aussi, ils ont pris leurs t-shirt et sont sortis. Alors ils se sont attaqués au cortège du président de l’UFDG. Nos enfants ont été battus et arrêtés là-bas. D’autres avaient été libérés et d’autres non. C’est quand El hadj Cellou a rebroussé chemin, ils sont revenus pour s’attaquer à nous. Ils ont confisqué des motos et des véhicules. Comme si cela ne suffisait pas, ils ont par la suite commencé de s’attaquer à nos maisons. Ils ont jeté des pierres de 10H à 19H.

Les forces de sécurité étaient derrière eux. Quand les nos enfants réagissent, les forces de l’ordre les accompagnent en tirant des bombes lacrymogènes. C’est après ça qu’on a été chez notre grande sœur qui a une concession non achevée en brousse. Le lendemain, quand on voulait faire sortir nos bagages, on les a trouvés encore là. C’est ainsi qu’un ami m’a appelé de Conakry pour me dire qu’ils ont incendié la maison. C’est des jeunes qui ont pu entrer pour faire sortir les quelques bagages que nous avons. On avait 4 bâtiments. Mais ils ont tout brulés.

Mon mari est décédé. C’est notre garçon qui le remplace qui vend au magasin. Je suis la première femme. Mais tous les enfants que vous voyez ici, c’est lui qui les soutenait. Lui, il est à Kankan là-bas. On le recherchait de partout. Je ne sais pas s’il reviendra par après ou pas. Mais nous on est revenu. C’est un chauffeur que j’ai appelé pour nous trouver en brousse. Il est venu et c’est lui qui nous avait pris en charge jusqu’ici. On ne nous a pas battus parce qu'on avait quitté. Mais on a appris que d’autres ont été battus. On ne va jamais se retourner là-bas si ce n’est pour saluer nos belles familles. Les gens qui nous ont dénoncé, on leur donne à manger tous les jours. Ils ont dit qu’on a de l’argent de venir gâter chez nous. On demande l’aide de toutes les personnes de bonne volonté », explique cette mère de famille.

Dans la commune urbaine, certains citoyens soupçonnent les autorités d’avoir orchestré la situation.  « Je pense que le retour des ressortissants du Fouta pour de raison de sécurité est une bonne chose. Je vois l’irresponsabilité des autorités dans cette affaire. Sinon, il y a tellement d’union entre les communautés ici à Kankan. Mais, les loubards viennent pour anéantir cette hospitalité, c’est vraiment dommage», a déploré Mohamed Yero Camara.

Le parquet du tribunal de première instance de Kankan, a annoncé l’ouverture d’une enquête contre X afin d’interpeller et punir des personnes impliquées les violences. Le substitut du procureur près le Tribunal de première instance de Kankan, Maurice Onivogui explique :

«Le parquet de Tribunal de première instance de Kankan a déjà ouvert une enquête ce sur dossier. Nous avons contacté la direction régionale de la police des enquêtes. Dans les jours à venir,   s’il y a des personnes à interpeller je suis sûr et certain que nul n’est au-dessus de la loi. Les responsables de ses actes seront interpelés et traduits devant la justice», soutient le substitut.

Dans un communiqué publié jeudi 15 octobre, le gouverneur de Kankan a démenti les informations selon lesquelles, il y aurait un départ massif de peulhs de Kankan pour la moyenne Guinée.

Habib Samaké & Facély SANOH,

Pour Africaguinee.com

Créé le Samedi 17 octobre 2020 à 11:31

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