Hamidou Babacar Sarr: "Pourquoi les routes guinéennes continuent de tuer…"

Circulation routière
Commissaire Hamidou Babacar Sarr
Commissaire Hamidou Babacar Sarr

CONAKRY-Les accidents de la route ne cessent d’endeuiller des familles en Guinée. Selon des statistiques non exhaustives, publiés par les services compétents (police-gendarmerie) pas moins de 3 130 personnes sont décédées dans des accidents de la route dans le pays, ces cinq dernières années, dont 349 en 2019.

Selon les chiffres datant de fin 2018, plus de 21 890 cas d'accidents se sont produits durant les cinq dernières années sur les routes guinéennes avec plus de 13 711 blessés qui, parfois décèdent après ou se retrouvent handicapés à vie. Depuis, le tableau macabre ne s'est pas amélioré. Rien que ces deux dernières semaines, au moins seize (16) personnes ont péri dans les villes de l’intérieur du pays suite à des accidents tragiques de la route. Le dernier cas en date qui ému beaucoup l'opinion, c'est celui survenu à Kissidougou où 12 personnes dont 11 femmes ont été tuées. Qu'est-ce qui explique ce phénomène ? Pourquoi les routes guinéennes continuent-t-elle de tuer ?

Nous avons interrogé le commissaire Hamidou Babacar Sarr, l'ancien Directeur National de la Police routière.  D’après l’ancien conseiller chargé des questions de police au ministère de la Sécurité et de la protection civile, il existe trois facteurs fondamentaux qui occasionnent ces nombreux cas d’accidents souvent meurtriers dans la circulation. Il y a d’abord l’homme ensuite la route et enfin les véhicules.

 « L’homme est le fabricant du véhicule, c’est lui qui le conduit. Et si cet homme n’est pas conscient, il expose et sa personne et la vie des autres. Parce qu’un homme inconscient peut se munir d’un permis, pour conduire. C’est cela l’inconscience. Il y a des permis qui se retrouvent aussi dans la main des enfants qui n’ont même pas l’âge de conduire. Actuellement, si l’Etat est à 4000 et quelques permis, les fraudeurs sont à 20 000 et quelques permis délivrés. Ce sont tous ces facteurs-là qui rentrent en ligne de compte », explique l’ancien directeur national de la police.

Parlant de la route, il estime que la dégradation poussée des routes entraine la pagaille dans la circulation. Selon lui, les chauffeurs, à force d’éviter les trous s'exposent à des collisions. Parfois cela crée des bouchons terribles et des cas d’accident graves.

« Maintenant, les accidents à l’intérieur du pays, il faut dire que cela est dû à l’exiguïté de nos routes. Nos routes sont très petites. On a des routes d’un seul sens de circulation et inversement, c’est-à-dire, les véhicules se rencontrent. A l’intérieur du pays c’est des routes en plein rabote. C’est-à-dire il nous faut des routes deux fois deux (2*2) voies. Avec ça, les véhicules ne vont plus se rencontrer sur les routes à grande distance » souligne M. Sarr.

Le troisième facteur, dit-il, c’est l'état des véhicules.  « Ces engins doivent être en bon état.  Si un véhicule n’est pas en bon état, le système de freinage pète, les pneus éclatent, il y a souvent des pannes sur la route. Quand un véhicule tombe en panne sur la route, un autre peut venir le heurter. Et voici des défis auxquels on doit s’appuyer pour éduquer les gens » a-t-il fait savoir.   

De nos jours selon lui, quand on prend la route de Coyah-Nzérékoré, c’est des voies de 7 mètres à partager entre deux véhicules qui sont dans le même sens. Pour réduire le nombre des cas d’accidents meurtriers sur les routes guinéennes, commissaire Babacar Sarr préconise la sensibilisation avant et après l’hivernage, ensuite faire la visite technique des véhicules à chaque fois que c’est utile.

 "Il faut une technique, de la discipline pour éviter des cas d’accident graves. Les chauffeurs le savent mais ils cherchent à rouler en grande vitesse, le système de freinage et les pneus pètent, ils ne se contrôlent plus. Il faut donc une sensibilisation très poussée pour atteindre cet objectif. Il faut réparer les routes, faire en sorte que des véhicules de 40 ans ne circulent pas en lieu et place de ceux de 15 ans. Il faut faire des centres de visites techniques pour que les véhicules puissent être amenés là-bas pour être testés » propose l’ancien contrôleur général de la police.

En 2019, les accidents de la route ont tué 349 personnes et ont fait 653 blessés sur toute l’étendue du territoire national selon un communiqué publié par le ministère de la sécurité et de la protection civile.

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 664-72-76-28

Créé le Mardi 22 septembre 2020 à 18:23