Confit entre les habitants de Kendoumayah et l'Eglise: Pourquoi il faut craindre le pire?

Religion
Image d'illustration
Image d'illustration

COYAH-Un conflit domanial oppose l’église catholique aux habitants de Kendoumayah. Le domaine litigieux se trouve dans la sous-préfecture de Wonkifon dans la préfecture de Coyah. Ledit domaine est de 35 hectares. Le pire a été évité de justesse ce week-end dans cette localité. N'eut été l'intervention de la brigade anti-criminalité, il y aurait eu mort d'hommes, apprend-on. L'affaire préoccupe vivement l'archevêque de Conakry monseigneur Vincent Coulibaly mais aussi les autorités sous-préfectorales de Wonkifon. C'est un vieux contentieux qui resurgit. Mais aujourd'hui la tension est telle que les habitants de Kendoumayah et les chrétiens ne se saluent plus, nous a expliqué un administrateur civil. Pourtant, au temps de monseigneur Robert Sarah (aujourd'hui prélat au Vatican), il y avait une parfaite harmonie.  Comment en est-on arrivé là ?

Interrogé sur ce litige, Père Côme Emmanuel Supérieur de la communauté du monastère Saint Jean de Kendoumaya nous relaté l’origine de conflit. Selon lui, le domaine en question a été légalement acquis.

« Il y a un domaine de 35 hectares acquis par l’église catholique par le cardinal Robert Sarah alors archevêque métropolitaine de Conakry auprès de l’Etat. L’enquête de moralité a été faite sur place par les autorités préfectorales d’alors et le sous-préfet de l’époque est encore vivant. On l’a rencontré hier il est prêt à témoigner encore. Subitement une dame du nom de Joséphine Wathi s’est levée dans les années 2014 pour nous dire que c’était son domaine. Alors de fil en aiguille elle a amené le dossier à la justice. La justice de Coyah a tranché en sa faveur. Ceci étant, ils ont voulu une négociation avec monseigneur l’archevêque qui leur a demandé de mettre par écrit. Ce qui n’a pas été fait par le camp de Wathi. Alors subitement, le 20 août dernier on a constaté qu’il y un groupe d’aménageurs sur le terrain qui ont commencé à lotir ce domaine de 35 hectares. Mais ils sont soutenus par l’ONG Labésangni, c’est ce que les jeunes que nous avons trouvé sur le terrain, drogués qui nous ont barricadé les routes, nous ont dit.

Eu égard à cela, notre père évêque a été saisi le plus vite possible par nous-mêmes supérieurs la communauté des frères de Saint Jean à Kendoumaya. Il a essayé d’entrer en contact avec le préfet la même journée, en vain.  Ensuite, il a contacté le ministère de la justice parce qu’entre-temps le dossier est pendant au niveau de la Cour d’Appel de Conakry. Puisque c’est l’Etat qui a octroyé le domaine à l’Eglise, la justice de Coyah a tranché en faveur de l’opposé alors que l’avocat étatique n’était pas présent. Donc le dossier étant encore à la justice, nous n’avons pas compris pourquoi ils ont engagé les travaux de lotissement. Donc notre père évêque a rencontré le secrétaire général du ministère de la justice, il a pu rencontrer le ministre Kiridi pour que le lotissement puisse s’arrêter. Mais ils n’ont pas arrêté, il a envoyé une délégation rencontrer le préfet de Coyah, dans cette délégation il y avait l’avocat de l’église, moi-même et deux autres représentants de monseigneur archevêque chez le préfet qui nous a rassuré qu’il ferait tout pour que les travaux de lotissement puissent s’arrêter. Mais rien ne s’est arrêté. Ils ont loti tout le domaine.

Deuxièmement les ressortissants de Kendoumayah depuis quelques années ne cessent de nous dire que le terrain sur lequel se trouve le monastère a été cédé par leurs grands-parents. Or, il a été aussi attribué à notre père, au cardinal Robert Sarah à l’époque. Dans la logique de la coutume africaine pour la bonne cohabitation, l’étranger s'est présenté et s'est confié aux coutumiers. Il a apporté des noix de colas et une somme pour pouvoir engager cette alliance. Nous avons les papiers de deux terrains. Malheureusement, les villageois disent que non le terrain où se trouve le monastère a été donné par leurs grands-parents et que l’église les a expropriés. Donc, ils réclament leur terrain. Puisque nous avons acheté un terrain de 5 hectares juste en face du monastère pour garder le climat de prière étant au grand séminaire Benoit XVI qui est juste à côté où les futurs prêtres de Guinée sont en formation, donc ils ont attaqués ce domaine. En disant qu’ils veulent faire le marché, une gare voiture sur ce terrain. Ils disent aussi que le cardinal leur avait promis de bitumer la route de Coyah jusqu’à Kendouaya, de leur octroyer de l’électricité et aussi construire des écoles.  Or, ces infrastructures aucun particulier ne peut s'engager à faire ces choses. Sauf les ONG, les entreprises qui peuvent s’engager dans ces choses. L’église n’est pas une entreprise, l’église comme la Mosquée n’est pas une ONG ni un gouvernement étatique. Alors du coup, nous on a mené des démarches à plusieurs reprises auprès du sous-préfet de Wonkifon, du préfet d’alors de Coyah, mais ça n’a pas abouti. Et chaque année le même problème rebondit.

Alors les témoins de l’acquisition du terrain sont encore vivants. Donc cette année avant que ça ne reviennent, nous on a voulu anticiper, nous sommes engagés pour clôturer le domaine acheté légalement.  Malheureusement quand nous avons fait venir les ouvriers pour commencer les fouilles, tout le village manipulé par plusieurs personnes dont le sous-préfet de Wonkifon, nous détenons une des lettres qu’il avait adressées au préfet d’alors de Coyah pour tout faire afin que le terrain soit octroyé par les autorités administratives aux villageois. Mais ils sont manipulés, les femmes, les jeunes par les ressortissants du village et aussi par le sous-préfet spécialement. Donc, nous ayant empêché de faire ces travaux le lundi 14 septembre dernier, subitement le samedi nous avons vu venir des bulldozers pour engager les travaux de lotissement du terrain.

Mais avant d’engager, de notre côté les travaux de la clôture, nous avons pris soin d’écrire au préfet, au procureur de la république à Coyah, à toutes les instances de corps de sécurité à Coyah et au secrétariat des affaires religieuses de Coyah pour demander la sécurisation des travaux de clôture. Parce que sachant que les villageois pourraient encore réagir. Et aucun corps n’a voulu répondre sauf la brigade anticriminelle 15, ils sont venus. C’est grâce à eux qu’il n’y a pas eu de morts ni des blessés ce jour. Mais le commandant qui était venu a été très bien menacé par le préfet actuel. Même le préfet n’a pris aucune disposition pour nous protéger dans nos droits de construction de la clôture du terrain que nous avons acheté légitimement. Mais quand ils ont commencé les travaux de lotissement, toute la population était dehors en train de chanter et danser la victoire. L’église catholique n’a rien fait on n’a pas voulu aller dans l’affrontement parce que l’église prône la paix, l’église n’est pas dans la violence », a-t-il expliqué avant d’ajouter que des démarches ont été menées par les hommes de l’église pour régler le problème à l’amiable.

« Plusieurs démarches ont été faites par nous-mêmes et par des hommes d’église qui sont allés auprès du village, nous tendons la main aux villageois, nous avons réalisé beaucoup de biens pour le village mais quand j’entends aujourd’hui dire que les chrétiens n’ont rien fait pour le village je ne comprends pas comment on peut aller jusqu’à ce point dans le mensonge », s'étonne Père Côme Emmanuel.

Interpelé sur sujet, le préfet de Coyah Aziz Diop n’a pas accepté de commenter cette affaire. Toutefois, le sous-préfet de Wonkifon Bafodé Bangoura a laissé entendre que ce litige est une véritable source de préoccupation pour lui. Parce que dit-il, l'église et la communauté de Kendoumayah ne vivent plus dans la cohésion.

"Je suis là depuis cinq ans mais j'ai trouvé ce conflit sur place. C'est un vieux confit. Mais d'après les coutumiers, c'est l'ancien archevêque de Conakry, monseigneur Robert Sarah qui était venu avec des noix de colas, il a demandé des lopins de terre aux coutumiers qui ont accepté volontiers. Ils tissaient de très bons rapports avec monseigneur Robert Sarah qui s'est beaucoup investi pour employer les jeunes dans différents métiers. Ils avaient de très bons rapports. Mais ce sont ces rapports qui se sont dégradés complètement entre les chrétiens et les coutumiers. Vu cela, les autochtones se sont dit : maintenant que même pendant le mois de ramadan, vous vous permettez de jouer de la musique sachant que nous sommes des musulmans, vous ne nous considérez pas, c'est parti de là. C'est cette accumulation de frustration qui a fait qu'on en a arrivé à ce stade. Aujourd'hui, les relations entre les chrétiens et les coutumiers se sont dégradées à tel point qu'ils ne saluent pas. Cette situation constitution une très grande préoccupation à notre niveau. Mais je précise que la gestion domaniale et du foncier ressort de la commune et de la gendarmerie de l'habitat", a expliqué le sous-préfet de Wonkifon.

Affaire à suivre…

Focus Africaguinee.com

 

Créé le Mardi 22 septembre 2020 à 13:18