Les confidences de Dr Faya: " Ce que le FNDC va faire pour gagner le combat contre le 3è mandat…"

Interview
Dr Faya Milimouno
Dr Faya Milimouno

CONAKRY- Qu'est-ce que le FNDC compte faire pour gagner le combat contre le troisième mandat ? Après l'exclusion de l'UFDG, du PADES et compagnie, le front anti-troisième mandat se réorganise. Dans cette interview qu'il nous a accordée, Dr Faya Milimouno membre du comité de pilotage du Front lève un coin du voile sur la nouvelle stratégie du FNDC. L'opposant dénonce aussi l'attitude des partis qui ont décidé de participé aux élections. Selon lui, ces derniers ont contribué au blanchiment du coup d'Etat Constitutionnel. Entretien exclusif!!!

AFRICAGUINEE.COM : Le FNDC annonce le déclenchement de la nouvelle phase de la lutte contre le 3ème mandat. Dites-nous concrètement qu'est-ce qui est envisagé dans cette nouvelle étape ?

DR FAYA MILIMOUNO : Cette nouvelle étape commence par d’abord un appel solennel qui a été lancé au regroupement de tous les acteurs qui sont aujourd’hui çà et là et qui combattent pour la même cause.  Nous nous sommes rendu compte que le FNDC n’a pas l’apanage de ce combat contre cette forfaiture. Il y a même des structures composées de parlementaires qui ne sont pas d’accord. Nous avons des organisations de la société civile qui ne sont pas d’accord. Donc on a d’abord lancé un regroupement de toutes les forces (…), c’est déjà fait et donc on est en train d’identifier tous les mouvements pour aller vers ces mouvements pour qu’une unité d’action puisse être enclenchée. Naturellement à l’occasion de notre dernière plénière, nous avions réaffirmé notre volonté de continuer le combat. Dans les jours qui vont suivre, la coordination du FNDC a prévu de soumettre à la plénière de la semaine qui va commencer, un agenda de manifestations que nous allons mettre en œuvre. Concrètement, nous continuerons à utiliser tous les moyens légaux pour dénier à Alpha Condé le projet de 3ème mandat.  

Allez vers toutes ces structures, n’est-il pas un retour à la case-départ ?

Il y a eu d’abord au sein du FNDC des mouvements qui ont pris une certaine distance aujourd’hui. C’est un regroupement de forces. Vous avez dû constater qu’à un moment donné il y a eu quelques bisbilles entre les structures qui sont à l’étranger. Nous avons besoins de nous focaliser sur l’essentiel (…), aucun membre du FNDC n’est ennemi à un autre. Nos adversaires communs sont ceux-là qui sont en train de perpétrer un coup d’Etat. Donc, si nous voulons gagner ce combat nous devons faire taire les petites dissensions qui puissent exister entre nous pour que chacun se focalise sur l’essentiel. Et c’est exactement ce que nous sommes en train de faire.

Comment vous allez agir dans un contexte où plusieurs partis politiques membres du Front ont décidé de participer à ces élections ?

Les partis politiques qui ont choisi de participer aux élections ont préféré de participer au blanchiment du coup d’Etat. Parce que c’est un coup d’Etat, nous l’avons dit (…), je crois que c’est tous ensemble que nous l’avons dit. Il y avait le parti de Maitre Kabélé, celui d'Elhadj Cellou Dalein et celui de Docteur Ousmane Kaba. L’ensemble des autres partis et ceux des organisations de la société civile ont été claires. Une fois qu’on participe à ces élections, on est en train de procéder à une sorte de blanchiment d’un coup d’Etat. Et automatiquement on devient complice.

C’est quand nous allons engager nos actions sur le terrain qu’on pourra juger de leur force. Pour l’instant, tout ce qu’on peut dire de la nature ou de l’envergure des manifestations qu’on va avoir ne seront que des spéculations. Nous sommes convaincus que le peuple de Guinée demeure derrière le FNDC. Il se reconnait en ce combat que le FNDC est en train de mener. Il suffit d’observer que nous sommes à presqu’un mois de la présidentielle, vous ne voyez pas les guinéens bouger, les guinéens ne se sentent pas concernés (…), il faut être myope pour ne pas le voir. Sinon par le passé, quand il y a une élection qui intéresse les guinéens, on voit la ferveur partout. Mais aujourd’hui, il y a beaucoup de guinéens qui ne veulent même pas en parler. Tout simplement parce que le peuple se sent désabusé par l’élite guinéenne.

Si l'un de ces partis membres du FNDC au départ, arrivait à battre Alpha Condé dans les urnes, quelle va être l’attitude du FNDC ?

Ce sont des hypothèses sur lesquelles on n’a pas besoin de se prononcer. C’est comme le dit l’adage avec des ‘’SI’’ on peut mettre Paris dans une bouteille. Alors, nous sommes en train de mener le combat. Ça ne sera pas pour nous constitutionnel quel que soit le résultat qui va sortir de ces urnes. A mon avis, on ne peut pas dénoncer une chose et venir après dire que ce que j’ai dénoncé là, puis que ça me profite, ce n’est plus grave. Donc ce n’est pas cohérent.

Donc vous ne reconnaitriez pas les résultats quelque soit le vainqueur ? 

Je dis qu’on n’a pas besoin de nous prononcer sur une question qui est pour l’instant quasiment hypothétique.

Peut-on blâmer ces partis qui ont décidé d’y aller ?

Nous avons considéré, comme nous l’avons dit, depuis que le premier d’entre-deux s’est prononcé publiquement en disant que nous irons à ces élections avec ou sans Alpha Condé, nous avons dit que c’était une erreur. C’est la même chose que nous disons après que d’autres lui ont emboité le pas. Il est clair que, aller à ces élections c’est une façon de blanchir le coup d’Etat. C’est de participer à perpétrer ce coup contre le peuple de Guinée. Ce n’est pas la première fois que nous avons connu ce genre de choses qui ont coûté énormément au peuple de Guinée. Faut-il qu’on rappelle qu’en 2003, il y a eu une modification constitutionnelle qui a permis à Lansana Conté d’être candidat. Il y avait aussi des partis politiques qui s’étaient battus à l’époque. Comme leaders on se rappelle des Bah Mamadou, Siradiou Diallo et Jean marie Doré, paix à leurs âmes. L’actuel président Alpha Condé et Sidya Touré s’étaient opposés à cette forfaiture et donc n’ont pas validé ce coup d’Etat constitutionnel.

Pensez-vous qu’ils ont trahi l’idéal pour lequel vous vous êtes battus ensemble depuis le déclenchement de ce mouvement ?

En tout cas, ils n’ont pas été loyaux jusqu'à défendre ce pourquoi, nous nous sommes battus, pour lequel nous avons demandé à tant de guinéens de sortir et tant de guinéens ont perdu la vie. On a aujourd’hui des fosses communes où sont enfouies assez de jeunes qui ont été lâchement tués. Lorsqu’on participe à la dernière phase de la mise en œuvre d’une telle constitution, c’est comme si ceux-là sont morts pour rien.

Doit-on s'attendre à un scenario similaire à celui du 22 mars c’est-à-dire que vous appeliez à empêcher les élections le jour du scrutin du 18 octobre ?

A ce stade je ne peux pas dire quelles vont les stratégies qui vont être adoptées cette semaine dans le cadre de l'agenda, mais nous prévoyons en tout cas des démonstrations de rue, des action également au niveau international pour arriver vers l'objectif.

Que pensez-vous de l’attitude des institutions internationales dont la CEDEAO par rapport à la situation en Guinée ?

J’ai participé à plusieurs rencontres organisées par la CEDEAO pour préparer une sorte de dialogue qui devait permettre d’aplanir les difficultés ou les crises éventuelles en vue de permettre tout le monde d’aller aux élections. Mais nous avons fini par nous rendre compte qu’il manque clairement aujourd’hui un leadership sérieux en Afrique de l’ouest pour faire face aux défis qui se présentent aux différents peuples de l’Afrique de l’Ouest.  On avait espéré que cette zone ouest africaine aurait été la locomotive pour le progrès de la démocratie et de l’Etat de droit sur le continent africain. Parce que c’est une partie de l’Afrique qui s’était complètement démarqué de l’Afrique centrale où nous avons encore des dinosaures comme, Paul Biya, Obianguema. Nous avons les Idriss Deby, Sassou et autres.

L’Afrique de l’Ouest avait fait des progrès de dire NON et plus jamais de présidence à vie. Nous avons eu de l’espoir quand on a vu l’alternance s’opérer en Sierra-Leone, au Liberia, au Ghana, au Nigeria au Benin au Sénégal. Aujourd’hui, la Guinée qui a ouvert la porte des indépendances et la Côte-d’Ivoire qui viennent, nous vendre un projet de présidence à vie, c’est un retournement de situation. Je dis à la société civile africaine et surtout l’Afrique de l’Ouest à se lever parce qu’elle doit se lever aux côtés des peuples ivoiriens et guinéens. Non pas simplement qu’en Guinée ou en Côte-d’Ivoire que ces coup d’Etat ne réussissent pas, mais c’est parce qu’il faut protéger toute l’Afrique de l’Ouest de cette mentalité qui est en train de retarder tout le continent. Tout le monde est en train de reconnaitre aujourd’hui que le Cameroun n’est plus un pays normal, parce qu’il y a la guerre dans la partie anglaise ou la vie n’est pas possible. Je crois qu’il manque un leadership mais on ne peut pas attendre du miracle de ceux qui ont choisi d’être le syndicat des chefs d’Etats que d’être le défenseur des peuples. Cela a été choquant lorsqu’on a constaté que c’est la même CEDEAO qui va voter un embargo contre un peuple qui se débarrasse de quelqu’un qui a violé le protocole de de cette organisation et qu’on instaure un embargo contre le peuple malien.

Mahamadou Issoufou a choisi de ne pas briguer un 3ème mandat dans son pays et a tenu un langage clair qu'il reprouve le troisième mandat. Il vient de passer la main à Nana Akuffo ADDO à la CEDEAO. Avez-vous de l’espoir ?

Issoufou a fait ce qu’il peut pour que la sous-région bouge. Il faut que ça soit une lutte collective pas individuelle. J’ai eu comme l’impression que beaucoup de chefs d’Etats de la Sous-région n’ont pas soutenu les efforts d'Issoufou qui a été très clair dès le début. Les gens avaient commencé à entonner cette chanson de révision constitutionnelle au Niger pour que lui aussi ait droit à un 3ème mandat. Le premier qui a essayé a été jugé et depuis on n'en a pas parlé. Nous ici, le monsieur passe le temps dans les medias pour dire que c’est pour protéger l’environnement, pour prôner l’égalité entre les femmes et les hommes. C’était un gros mensonge. Plutôt c’était pour assouvir à cet appétit insatiable le pouvoir pour le pouvoir parce qu’après tout, il n’y a aucun bilan. Je vais voir du côté du Ghana, je crois que ce pays est dans la tradition de l’alternance et j’espère que l’expérience de ce pays sera défendue par le président ghanéen pour que d’autres peuples en Afrique de l’ouest aient la possibilité de connaitre l’alternance comme ce pays. C’est le défis en fait que Nana Akufo a. il a devant lui des gens qui ont choisi complétement la dérive, il s’agit de Alpha Condé et cde Alhassane Ouattara.

Lors du 57ème sommet de la CEDEAO, nous avons entendu Mouhamadou Buhari du Nigeria flétrir cette tendance de certains chefs d'Etat à modifier la constitution pour s'éterniser. Que pensez-vous de ce discours ?

Aussi promoteur et aussi audacieux que soit ce discours, il demeure un discours. Nous voulons des actes. Il est clair que le Nigeria doit jouer un rôle de locomotive en Afrique de l’Ouest pour imposer à chacun les protocoles signés par la CEDEAO. Il y a assez d’instruments dans les protocoles signés de cette organisation pour contraindre des gens à ne pas se jouer des constitutions de leurs pays afin de s’éterniser au pouvoir comme Alpha Condé l’a fait. C’est en Guinée qu’on devrait faire voter un embargo contre les dirigeants guinéens ou Ivoiriens avec Alhassane Ouattara. Mais quand on a commencé à caresser le président guinéen en continuant à dire à l’opposition qu’il ne l’a pas encore dit alors qu’il tuait des gens afin de se maintenir au pouvoir. C’est même la CEDEAO qui a commencé à sortir de l’argent à hauteur de 500 mille dollars pour dire à la CENI d’organiser une élection dont nous s’avons qui peut être la cause d’une déstabilisation. Si ce n’est pas la Guinée mais de toute l’Afrique de l’Ouest parce qu’il est clair qu’avec la détermination des protagonistes il peut y avoir clash entre les deux camps et si un clash s’avère dans le cas d’une politique très tribalisée en Guinée et une Afrique de l’Ouest dont le leadership est très tribalisé, il est clair que c’est toute l’Afrique de l’Ouest qui pouvait être déstabilisée à cause de ce manque de courage d’agir.

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Lundi 14 septembre 2020 à 11:30