A la rencontre de Béa Diallo : " J’étais un garçon très révolté et violent…"

Portrait
Béa Diallo
Béa Diallo

CONAKRY-Bea Diallo, l'actuel échevin d'Ixelles a un parcours exceptionnel. En marge de sa récente visite en Guinée pour encourager les acteurs politiques guinéens à s'inscrire dans le dialogue en prélude à la présidentielle du 18 octobre, nous avons rencontré l'ancien boxeur. L’ex-champion du monde de boxe n’a rien perdu de son gabarit. Robuste, jovial et très lancé, c’est un monsieur souriant qui nous accueille, entouré de son équipe. 

Lansana Bea Diallo est né le mercredi 7 juillet 1971 à Monrovia où son père était ambassadeur. Sa naissance ayant coïncidé à une visite du président Sékou Touré dans la capitale libérienne, Elhadj Mamadou Cherif, décide de donner le nom de son fils à Lansana Béavogui, Premier ministre d’alors. 

Bea n’avait que 2 ans, lorsque sa famille quitte Monrovia pour la France. Son papa, en fin de carrière diplomatique, décide de s’installer définitivement à Bruxelles. Béa Diallo y poursuit ses études et entre à l’Université.

 Un garçon révolté et violent…

«J’étais un garçon très révolté et très violent parce qu’un jour, à Paris où j’ai grandi, il y avait la montée du Front National. J’avais entre 11-12 ans. Il y a eu une manifestation, on s’est fait agresser par des adultes. On s’est fait tabasser tout jeune qu’on était. L’un de mes amis s’en est sorti avec un œil crevé. Et quand j’ai vu ça, je suis devenu révolté parce que je ne comprenais pas comment est-ce qu’on pouvait une personne et qu'on t'agresse juste à cause de la couleur de ta peau. De coup, je suis devenu très violent. Pour canaliser ma violence, j’ai opté pour la boxe sur le ring. Cela m'a permis d’exprimer positivement la violence avec des règles», confie-t-il. 

Boxe contre racisme

En lisant Martin Luther King et Mahatma Gandhi, Bea finit par comprendre que la violence n’est pas la solution et qu'au contraire, s'il voulait gagner ses combats, il devrait être moins violent. "La boxe est devenue une passion et j’ai commencé à découvrir des boxeurs comme les Mohamed Ali qui utilisait la boxe pour mener des combats. Lui, son combat c’est pour l’émancipation des noirs dans son pays. Je me suis inspiré de ça pour faire connaitre la Guinée et me battre pour montrer aussi qu’un africain, ce n’est pas que le sportif, c’est aussi quelque chose dans le cerveau qu’on peut matérialiser», soutient-il.

Bea n’avait que 15 ans quand il s'est lancé dans la boxe en tant qu’amateur. En 1990, il est champion de Belgique de sa catégorie, ce fût son premier titre. A partir de 1992, il devient boxeur professionnel. Deux ans plus tard, il remportera le titre national des poids super-welters puis le titre de champion de Benelux en 1996. Il a également gagné à 7 reprises le titre de champion intercontinental de l'International Boxing Federation des poids moyens de 1998 à 2004.

«Quand je suis devenu champion du monde, à la surprise générale, j’ai soulevé le drapeau guinéen et belge. Je suis venu en Guinée et j’ai dit que je veux organiser un combat. J’ai lancé un défi au feu président Lansana Conté qui m’a dit, ‘’ tu veux faire un combat ici, je mettrai tous les moyens à ta disposition’’. On a trouvé les moyens pour que le combat se tienne à Conakry et c’est passé dans plus de 40 pays en direct», se souvient-il.

Après sa carrière sportive, Béa s’est lancé en politique. En 2004, il est élu au parlement belge. Après trois mandats d’affilée, il décide d’arrêter pour servir au niveau de la commune bruxelloise d’Ixelles où il vient d’être réélu à nouveau pour un mandat six ans.

Pour l'Afrique …

«Après mon Baccalauréat, je suis venu faire mes vacances en Guinée. J’ai découvert un pays avec une potentialité immense. Je me suis dit comment est-ce possible que ce pays puisse être considéré comme l’un des plus pauvres du monde avec tout ce qu'il y a comme potentialité du développement. (…) J’ai créé une fondation et mené certaines actions dans le pays mais qui ont souvent été compliquées pour moi. J’ai mis en place plusieurs projets notamment celui de reprendre la conserverie de Mamou. Mais, tout c’était confronté à un gros problème qui est la corruption, un vrai cancer pour le pays et pour toute l’Afrique », regrette-t-il. 

Projet pour la jeunesse

Avec son projet Fight for Africa, Béa Diallo œuvre pour la création des centres de formation des métiers en Afrique. « Ce que j’ai envie à travers ce projet, c’est de créer des opportunités pour la jeunesse africaine pour qu’elle reste sur place au lieu de se lancer dans l’immigration. Que ça soit dans le sport, la technique, la nouvelle technologie ou les métiers artistiques, c’est pour qu’ils puissent créer leurs propres emplois. Pour qu’ils ne prennent plus des bateaux par finir, devenir esclaves es en Libye où aller en Europe et rester dans une cour fermée pendant près de 10 ou 15 ans sans papiers, sans situation alors que certainement leurs pays ont besoin d‘eux», explique l'échevin.

La présidence guinéenne ? Pas une priorité

«Etre président de la République de Guinée» n’est pas une priorité pour Béa Diallo, précise-t-il, ajoutant qu’il existe plusieurs manières d’aider son pays à se développer sans pour autant passer par la politique. 

«Le problème c’est de croire qu’un homme seul peut changer. On a besoin d’hommes et de femmes pour changer le pays. Est-ce que j’incarne quelqu’un qui peut changer le pays ? C’est possible. Mais ce n’est pas cela mon ambition.  Mon ambition aujourd’hui, c’est de mettre les guinéens et les guinéennes autour d’une table pour qu’on se dise la vérité, ces enfants qui ont été tués, que les parents puissent avoir justice et faire leur deuil. Que l’on se dise tout le mal face à face afin que l’on puisse se pardonner, repartir dans une nouvelle dynamique. Si pour que le pays se développe je dois être le président, si c’est la volonté de la population, j’incarnerai ça», précise-t-il. 

Marié et père de 2 enfants dont un garçon et une fille, le champion est aussi un passionné de musique. «J’écoute bien la musique guinéenne. Et avec mon fils, je commence à écouter la nouvelle génération. Sinon, à l’époque, j’écoutais beaucoup plus les Sékouba Bambino. Et l’artiste que j’écoute, tout le temps, c’est le malien, Salif Keita», confie Lansana Béa Diallo. 

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 664-72-76-28

Créé le Samedi 12 septembre 2020 à 11:46