Plainte contre Alpha Condé et plusieurs de ses proches à Paris : Sorel Keita se confie à Africaguinee.com...

Guinée

PARIS- Il est le Chef de file du Collectif qui a porté plainte contre le Président Alpha Condé. Sorel Keita a bien voulu se prêter à nos questions cette semaine. Avec lui, il a été question de la plainte déposée contre Alpha Condé et plusieurs de ses proches à Paris ; Mais également de son « idée » d’une transition politique en Guinée.

 

AFRICAGUINEE.COM : Vous venez de déposer une plainte à Paris contre le Président Alpha Condé. Dites-nous pourquoi ? 

SOREL KEITA : Nous avons déposé la plainte parce que nous avons été informés depuis un moment d’un certain nombre d’exactions financières portées par ce régime d’Alpha Condé. Nous étions en train de rassembler les différents documents, les différentes pièces à charge. Donc nous avons estimé que c'était important d’engager cette procédure à partir du moment où nous nous sommes aperçus que nous avions des élements suffisants et que par ailleurs le moment est aussi opportun. Parce que ça fait partie des moyens d’actions que nous avons contre ce régime, à savoir aussi le harcèlement judiciaire. Ce n’est pas du tout un harcèlement judiciaire ex-nihilo, c’est un harcèlement judiciaire qui se base sur des documents concrets. Notamment ces malversations financières dont nous avons eu des témoignages de la part d’un certain nombre de guinéens impliqués dans cette affaire-là. Voilà donc, c’est à la fois un moment d’opportunités que nous avons saisi. Pour nous il était important de faire pression sur ce régime-là au début de cette convention qui allait introniser Alpha Condé comme candidat à l'élection présidentielle. C’est donc de faire de cette convention un non évènement, en insistant sur la réalité des choses pour montrer que ce régime-là est un danger pour la Guinée. Parce que c’est un régime d’affairistes qui en vérité n’a comme préoccupation que la défense de leurs propres intérêts financiers.

De quels éléments de preuves disposez-vous concrètement pour porter de telles accusations Contre le chef de l’Etat guinéen ?

Au-delà des témoignages de gens impliqués, nous avons aussi, et c’est pour cela que la plainte a été orientée sur une affaire qui est connue qui est l’affaire AMR (Alliance Minière Responsable). En fait, il n'y a pas mal d’actions, mais nous avons ciblé spécifiquement ce point principal, qui est l’affaire AMR. C’est une société qui, sur la base de permis d’exploitation minière octroyée de manière tout à fait opaque et intéressée par le régime. Donc c’est Alpha Condé qui signe un décret en 2017, ce décret accorde un permis d’exploitation à une société qui ensuite se débarrasse de ce permis d’exploitation et des actifs de la société au profit d’une société d’exploitation minière qui est connue sur la place, qui s’appelle SMB. Tout cela finalement se fait avec une plus-value de plus de 200 millions de dollars. Est-ce que vous vous rendez compte de ce que cela représente ? C’est une société qui arrive en Guinée en 2015 avec un permis d’exploration avec des engagements qui ne sont pas du tout respectés, à savoir entretenir l’environnement, faire travailler les gens de Boké parce que c’est là-bas qu’il y a cette exploration minière. Ils (agents de la société) ne font rien entre 2015 et 2017, et malgré cela, on leur octroie non pas un permis d’exploration, puisqu’ils l’avaient déjà, cette fois, on leur octroie un permis d’exploitation grâce aux bons offices du Ministre de la Défense de Guinée, monsieur Mohamed Diané et de sa nièce. AMR obtient ce permis d'exploitation minière dont il se débarrasse rapidement. Peu de temps après, on a cette transaction financière inédite qui est versée. Deux cent millions de dollars sont versés à cette société, et tout cela c’est au détriment des populations de Boké, parce qu’avec cet argent ça correspond à 171 millions d’euros. Avec cet argent on aurait pu faire de belles choses à Boké, de même en Guinée. Parce que l’exploitation minière ne doit pas profiter qu’à la région d’exploitation, c’est pour toute la Guinée. Au moins, on aurait eu des centres de santé, des écoles, indemniser certaines familles qui ont été victimes de maladies respiratoires diverses au regard de la pollution suscitée par l’exploitation de la bauxite. Donc c’est en raison de cela, de cet élément-là, et aussi d'autres éléments que nous avons engagé cette action. Parce qu’en fait, il y avait déjà des plaintes qui avaient été déposées. 

Déjà en 2015, une plainte avait été déposée, cette fois contre le fils d’Alpha Condé, Mohamed Condé. A l’époque M. Mohamed Condé était en France. Il avait fait preuve d’un grand train de vie qui avait créé des suspicions de la part du parquet national financier. Parce qu’on lui avait cédé un appartement luxueux, il roulait en limousines, il avait des frais dans des restaurants et autres. Donc cela avait attiré l’attention du parquet national qui avait à l’époque ouvert une enquête en 2015, parce que le parquet s’était rendu compte, qu’il y avait deux hommes d’affaires français qui étaient à l’origine de ces largesses accordées au fils du président. Nous nous pensons que ces deux hommes d’affaires sont identifiés aujourd’hui. Il s’agit donc des deux patrons de l’AMR, à savoir monsieur Romain Gerbar et son associé M. Thibault Lonez.

Aujourd’hui, cinq ans après la première plainte suscitée par le parquet national financier, nous nous avons un peu plus d’élements parce qu’entre temps, un permis d’exploitation a été accordé à AMR. La société a été créée avec trente mille euros. C’est-à-dire ils ont monté une société qui avait un capital de 30 mille euros qui a été valorisée quelque temps plus tard à une valeur de quinze millions d’euros (15.000.000 d’euros) et qui a suscité une opération financière à deux cent millions de dollars. Donc ça c’est quand-même assez d’éléments, qui peuvent pousser comme c’est le cas aujourd’hui, à une plainte, à une enquête.

Donc vous avez la primauté de cette information-là, ça date de trois jours, parce qu’on a appris que ce n’était simplement le fils du président Alpha Condé, il y avait aussi son neveu qui est mis en cause, ça on vient de l’apprendre. On a appris que le neveu du président a aussi trois villas en France, il fait partie aussi des gens qui ont contribué à cette vaste opération de corruption et de trafic d’influence. Les personnes qui nous ont donné ces informations sont très fiables et elles nous ont promis de nous faire état des dossiers qui affirment cela. Il y a d’autres personnes qui sont mises en causes, mais pour l’instant, nous préférons ne pas en parler. 

Avez-vous espoir que cette plainte soit traitée d’une manière diligente ?

Les dossiers de justice lorsqu’ils concernent des chefs d’Etats ou des personnalités importantes ça prend du temps. Mais comme je l’ai dit, même en France il y a un chef d’Etat qui est mis en examen et un autre qui a été condamné. Donc la justice a quand-même tendance aujourd’hui à prendre très au sérieux, les dossiers qui impliquent des personnalités importantes. Deuxièmement, je peux vous dire que nous avons des fuites, quant à l’intérêt du parquet national financier par rapport à ces plaintes-là. Même si c’est la période des vacances, nous pensons qu’il y a un intérêt. Par ailleurs comme je l’ai dit, entre 2015 et 2020, il n’y a pas mal de choses que le parquet n’avait pas que nous avons aujourd’hui. Il y par exemple l’enquête de Thomas Dietrich qui est un de vos amis qui met à disposition de tout ce que nous avons besoin, et lui d’ailleurs était très avancé sur cette affaire AMR.

On a un certain nombre d’éléments à notre disposition. On a par ailleurs appris que le régime est prêt à nous attaquer pour diffamation, on sera ravis, parce que au moins, ils seront obligés de nous démontrer en quoi il y a diffamation, de prouver que ce que nous avançons est faux. Donc ça nous intéresse. L’AMR a déjà engagé un avocat parce qu’ils ont contesté un certain nombre de choses mais qui les plombent. Ils ont même contesté de n’avoir jamais rencontré Mohamed Condé. Toute personne qui a des preuves documentées dans cette magouille financière au détriment de l’intérêt de notre pays, on en a bien besoin parce que le pays va mal. Et pourtant il y a des gens qui s’enrichissent scandaleusement et il faut que ceux-ci rendent compte à la justice à commencer par le premier d’entre eux à savoir le président de la République Alpha Condé lui-même qui est impliqué directement ou indirectement. C’est l’enquête qui va le déterminer. Nous nous savons qu’Alpha Condé a signé ce permis d’exploitation alors même qu’il savait que cette entreprise était suspecte et qu’elle n’avait rien et n’a ténu aucun de ses engagements. Donc il y a une forme de complicité de la part d’Alpha Condé lui-même. Et donc, il faut que lui-même rende compte à la justice. Ce sont des choses sur lesquelles nous sommes déterminées. C’est une cause juste, parce qu’il s’agit d’un détournement massif et ça, d’après ce qu’on nous a dit, ce n’est que la partie immergée de l’iceberg. 

Pourquoi vous-voulez d’une nouvelle transition en Guinée ?

 Parce que les transitions passées ne se sont pas passées dans des conditions réfléchies, intelligentes et par ailleurs c’est une transition militaire. Nous nous sommes contre cela car nous voulons une transition civile. Et nous ne voulons pas d’un coup d’Etat militaire.  On ne passe de la dictature à la démocratie tout de go. Il faut une pause, un temps de réflexion, d'assainissement.  Il y a eu des choses graves qui se sont produites, des magouilles qui ont fait qu’Alpha Condé est aujourd’hui président de la République, mais qui sont dues à quoi ? A cette précipitation qu’on a eue, cette espèce de zone d’ombre qu’on a entretenue, cette politique de l’Autruche qu’on a installé en Guinée. Nous nous avons envie de balayer, de faire en sorte que ce pays fonctionne de façon normale, assainir le fichier électoral, rassembler aussi les guinéens. Il faut un temps pour ça.

Nous nous voulons que des gens qui ont envie que ce pays change, des gens qui aiment ce pays, que les gens se pardonnent parce que vous imaginez ces 200 personnes tuées, ce sont de nombreuses familles endeuillées, il faut qu’on leur rende hommage au nom de la nation. Il faut indemniser leurs familles. Tout ceux-ci sont des préalables importants pour que ce pays se réconcilie avec lui-même, c’est pour ça que nous avons besoin d’une transition et que nous y travaillions. Et depuis le 22 mars avec le confinement nous y travaillons.  Parce que pour nous il y a une urgence à agir et à gagner du temps par rapport à l’agenda que lui (Alpha Condé) a fixé. Il a parlé du 18 octobre et nous on a envie qu’avant cette date que le processus se mette en place. Toute sorte de pression, plaidoyers, interpellation judiciaire… Nous allons utiliser toute les voies légales pour faire tomber ce régime. Incha Allah, nous allons y arriver. 

Au-delà de ce que vous venez d'énumérer, avez-vous d'autres actions à employer pour arriver à votre objectif ? 

Outre ces actions que j’ai citées ci-haut, il y a d’autres dont je ne vais pas dévoiler toute ici, mais croyez-moi, nous allons tout mettre en œuvre pour que ce régime tombe et il tombera. Aussi en multipliant des fautes internes, parce qu’aujourd’hui il y a panique à bord, même s’ils sont en train faire le dur. Nous savons qu’ils sont en totale panique, parce que nous avons un certain nombre d’éléments autour de lui, mais je ne vais pas vous en dire davantage. Mais sachez quelque chose, nous allons faire en sorte qu’il dégage. Nous n’avons pas beaucoup de temps avant la présidentielle, juste dix semaines, mais le groupe en face est déterminé, mais nous aussi sommes déterminés. Tous les jours des gens nous contactent et se rallient à nous. Et dans les prochains jours aussi vous verrez. Avec les gens du FNDC (Front national pour la défense de la Constitution, Ndlr) ainsi que d’autres, ça sera une dynamique face à laquelle ils vont céder par la grâce de Dieu (...).

Ceux qui se battent contre ce régime doivent se serrer les coudes, ils sont dans le même bateau. Mais s'il y a des gens qui au lieu de se serrer les coudes essayent de regarder si votre boubou est blanc, bleu ou rouge, ou si votre intention est sincère et louable ce qu’ils n’ont rien compris. Pour eux, c’est leur intérêt qui prime, mais pour nous c’est l’intérêt de la Guinée qui prime.

Votre mot de la fin ? 

Mon message c’est de dire que nous sommes déterminés et nous irons jusqu’au bout avec les meilleurs enfants de ce pays. On n'en a marre, que les gens disent que nous sommes dans un pays maudit.  Il n’y a que quelques personnes incapables qui ont considéré le pouvoir comme étant une affaire personnelle.  Or, le pouvoir doit être au service du peuple, des populations, ce sont les plus modestes, les plus précaires et les plus en difficultés, qui doivent attirer notre attention. C’est le sens de notre combat. C'est d'aider ce pays qui a toutes les qualités pour se développer. Nous pensons que ce pays est béni et nous croyons que Dieu n’abandonnera pas ce pays. 

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Lundi 10 août 2020 à 12:41