Diaspora: De nombreux étudiants guinéens risquent de "perdre" cette année si...

Diaspora guinéenne
Taibou Diallo étudiante en Gestion informatique d’entreprises et Maths appliquées aux sciences sociales.
Taibou Diallo étudiante en Gestion informatique d’entreprises et Maths appliquées aux sciences sociales.

CONAKRY-De nombreux jeunes guinéens qui étudient à l'étranger sont bloqués Conakry à cause de la fermeture des frontières due à l'épidémie de Coronavirus. C'est le cas du Sénégal voisin. Alors que la reprise des cours dans les universités sénégalaises au compte de l’année scolaire 2020-2021 est prévue pour le 1er septembre prochain, ces étudiants plaident auprès des autorités guinéennes pour leur permettre de rentrer et continuer leur cursus.

C’est avec une grande inquiétude que ces étudiantes se sont confiées à la rédaction d’Africaguinee.com. Si rien n’est fait pour leur permettre de regagner le Sénégal avant le 1er septembre 2020, elles risquent d’être rétrogradées et perdre l’année scolaire 2019-2020. Taïbou Diallo, étudiante en Licence 3 à l’université Gaston Berger de Saint-Louis au Sénégal fait partie du groupe. D’après son témoignage, ses camarades de classe ont commencé depuis le début du confinement de suivre des cours en ligne. Mais en étant en Guinée, elle n’a pas pu suivre ces cours en ligne.

« On est là depuis le mois de mars mais récemment, ils ont commencé les cours en ligne, on suit ces cours en ligne, mais très franchement j’avoue que ce n’est pas du tout facile pour nous. On n’arrive vraiment pas à faire nos cours en ligne parce que non seulement la connexion est mauvaise ici, mais aussi elle est trop chère. A peine acheter un pass, on te dit que c'est fini. Par exemple moi quand on a cours, si je recharge 15 mille, ils ne vont pas suffire pour les 2 heures de cours parce que par jour j’ai 2 heures de cours dans chaque matière donc quand ces pass-là finissent il va falloir que tu rachète aussi de forfait.

En plus de cela quand tu achètes les pass quelques minutes après on te dit que c’est fini alors que tu n’as rien fait, la connexion est très mauvaise, parfois tu es en retard, tu reviens trouver qu’ils ont déjà avancé et là tu n’as personne pour te l’expliquer. Au moins s’il n’y avait pas la fermeture des frontières on aurait regagné le Sénégal parce que là-bas la connexion est fiable pour pouvoir bien suivre nos cours et tout ce qui va avec mais là on est bloqué au pays, on ne peut pas rentrer et apparemment nous devons reprendre les cours le 1er septembre 2020 au Sénégal. Le souci maintenant on ne sait même pas comment faire pour rentrer au Sénégal pour continuer nos cours.

Récemment j’ai même eu à faire un examen et je vous dis que c’était catastrophique, la connexion n’était pas du tout bonne, le professeur n’a même pas pu me comprendre alors que je devais faire la présentation de mon projet. Je ne sais pas quelle note il va me donner, parce qu'il n'a rien compris à cause de la mauvaise qualité de la connexion. Il m’a suggérer de rentrer mais là je ne peux pas. Le problème qu’en plus de tout ça, le gouvernement guinéen avait bien signifié qu’il n’allait pas se charger du retour des étudiants au Sénégal parce que selon eux les étudiants ont décidé de rentrer au pays. Mais le problème là aussi c’est parce qu’il y avait une obligation, ces étudiants qui sont rentrés en Guinée n’arrivaient plus à payer leurs loyers, ils trouvaient difficilement à manger donc ils étaient obligés de revenir auprès des parents. C’est un vol humanitaire qui les avait ramené », nous a confié cette étudiante en Gestion informatique d’entreprises et Maths appliquées aux sciences sociales.  

Taibou Diallo lance un appel au gouvernement guinéen. « Vue le nombre élevé des étudiants guinéens vivant au Sénégal, je demande aux autorités guinéennes de nous faciliter le transport entre les deux pays et qu’il nous aide sur beaucoup de choses. Parce que tu peux voir un étudiant qui tombe malade mais les gens s’en foutent de ça alors que les autres nationalités, ils sont soutenus par leurs pays, tout marche pour eux. Mais toi qui viens de la Guinée, on ne te calcule même pas. Je voudrais que le gouvernement guinéen nous inclus dans son programme d'aide. Parce que vous n’êtes pas sans savoir les difficultés qu’un étudiant peut rencontrer loin de ses parents surtout dans le cadre universitaire. C’est compliqué, le transport, la nourriture et le logement », a lancé cette étudiante en Licence 3 à l’université Gaston Berger de Saint-Louis au Sénégal.

Djénaba Diallo est également bloquée en Guinée depuis le début du Coronavirus. D’après ses explications elle risque de perdre la licence 3 si elle ne rentre pas avant le 1er septembre 2020 au Sénégal parce que, selon elle, les examens sont programmés dès l’ouverture des classes.

« Nos camardes ont commencé depuis le confinement les cours en ligne. A chaque fois qu'on nous envoie des liens ou bien des applications qu’on doit télécharger pour suivre les cours, on n'a pas pu. Honnêtement moi je n’ai suivi que deux fois les cours en ligne parce qu’en Guinée ici, la connexion n’est pas du tout fiable (…) Aujourd'hui, nos camarades de classe sont nettement en avance par rapport à nous parce qu'on n'a pas suivre les cours en ligne. Non seulement je suis en retard mais aussi je n’arrive à me rattraper parce que la connexion est non seulement trop chère mais aussi de très mauvaise qualité. Donc j'ai tout mis de côté. Maintenant je compte reprendre dès mon retour pour essayer de me rattraper avec mes camarades sur les cours que j’ai ratés. Maintenant le souci majeur que nous avons, c’est comment rentrer ?

Parce que l’ouverture des universités est programmée pour le 1er septembre au Sénégal et les frontières sont toujours fermées. Même en rentrant à temps, on a de sérieux problèmes parce qu’on a des examens à faire dès notre retour, à plus forte raison. On nous avait programmés pour les examens avant la suspension des cours. Donc dès la reprise, ils vont faire ces examens parce qu’ils n’ont pas invalidé l’année scolaire. Mais s’ils décident de faire une session unique, là pour nous la licence 3 c’est mort. On sera obligé de reprendre parce qu’il n’y aura pas de rattrapage. On sera obligée d’attendre l’année prochaine pour reprendre la L3 et reprendre ces examens parce qu’il nous reste le second semestre », a expliqué mademoiselle Diallo.

Cette étudiante en licence 3 Sociologie lance un appel aux autorités guinéennes. « Je lance un appel aux autorités guinéennes même pas pour nous aider à regagner le Sénégal mais pour aider les étudiants guinéens au Sénégal en général. Parce que nous rencontrons d’énormes difficultés là-bas. Si le gouvernement avait été présent dès le début, on n’allait pas avoir des difficultés pour regagner le Sénégal. Nous avons des problèmes de logement, nous avons un sérieux problème aussi d’accès aux œuvres universitaires parce que si on est étranger, il y a toujours des documents qui le certifie et du coup il nous faut payer une somme pour avoir accès à ces œuvres. Comparativement aux autres nationalités qui sont là-bas, leurs étudiants bénéficient de beaucoup de privilèges que nous Guinéens, n'avons pas », a témoigné Djénaba Diallo.

Interpellé sur ce sujet, le ministère guinéen des affaires étrangères dit ne pas être saisi de cette question pour le moment. Le conseiller chargé des questions de la diaspora et des carrières internationales rassure que son département va se renseigner sur la situation de ces étudiants.

« Si les frontières du Sénégal sont fermées à la Guinée ça, ça ne relève pas des autorités guinéennes seulement. On n’a pas été saisi de cette question mais on va se renseigner pour voir ce qui en est réellement. Combien de personnes sont concernées ? Quelles sont les villes concernées ? Ensuite, on va essayer de trouver des solutions pour qu’ils puissent regagner leurs pays afin de reprendre les cours. Mais on n’a pas été saisi de la question », a affirmé Mohamed Dabo.

A suivre…

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 666 134 023

 

Créé le Lundi 10 août 2020 à 19:28