Troisième mandat : faut-il compter sur la CEDEAO pour faire plier Alpha Condé?

Guinée
Alpha Condé et Issoufou
Alpha Condé et Issoufou

CONAKRY- L’attitude de la CEDEAO (Communauté Economique de Développement des Etats d’Afrique de l’Ouest) vis-à-vis de la crise guinéenne est plus en plus remise en cause. Bien qu’elle tente clopin-clopant de renouer le dialogue entre les différents protagonistes de la crise politique que traverse la Guinée, l’organisation sous-régionale n’affiche pas une position qui rassure.

L’institution a déjà apporté une aide de 500.000 dollars à l’organe électoral guinéen pour la tenue de l’élection présidentielle dont le chronogramme ne fait nullement l’unanimité au sein de la classe politique. Cette attitude unilatérale de la CEDEAO n’est pas du goût de certains leaders de l’opposition guinéenne, qui voit par là, un soutien tacite au chronogramme de ce scrutin majeur.

La semaine dernière le FNDC a repris ses manifestations pour pousser Alpha Condé à renoncer au troisième mandat. Mais la CEDEAO ne semble pas faire de la crise guinéenne une préoccupation majeure. C'est du moins l'impression qu'elle donne. Après les premières consultations pilotées par le Général Francis Behanzin pour la relance du dialogue, une mission conjointe -CEDEAO, UA, ONU- a été annoncée en Guinée. Mais celle-ci se fait toujours attendre. Jusqu'à date, aucun calendrier n'a été donné pour son arrivée.

A l'inverse, la crise malienne attire beaucoup plus l'attention de l'organisation sous-régionale. Depuis le début de cette crise où les protestataires exigent la démission d'IBK, la CEDEAO se mobilise. Plusieurs missions ont été dépêchées pour tenter de trouver une issue. En vain pour l'instant. En milieu de semaine, quatre Chefs d'Etat se sont donné rendez-vous à Bamako où ils ont rencontré le Président Ibrahim Boubacar Keita et les leaders du mouvement du 5 juin. Faute de solutions, un sommet virtuel des Chefs d'Etat de la CEDEAO est attendu ce lundi 27 juillet.

Alors qu'en Guinée également, les opposants exigent désormais le départ d'Alpha Condé, qui veut briguer un troisième mandat, maints observateurs s'interrogent sur le "désintérêt" dont la CEDAO fait montre par rapport au dossier guinéen. Est-ce parce que la mobilisation a "fléchi" ? Ou bien parce que le FNDC a manqué de fermeté ? Ces interrogations valent tout leur pesant d'or.  La posture de la CEDEAO est d'autant plus troublante dans le contexte actuel, que c'est elle-même qui a mis à nue les défaillances majeures du fichier électoral. Mahamadou Issoufou, le président de la conférence des Chefs d'Etat qui a clairement affiché son opposition au troisième mandat semble esseulé pour pouvoir peser lourd face à Alpha Condé dont le "lobbying" est encore très fort, comme l'a dit Bah Oury, qui pense que si la crise malienne a provoqué tant de mobilisation, la sensibilité de la question sécuritaire y est pour beaucoup.

"Je pense qu’il faut saluer la combativité d’une fraction non négligeable de la classe politique malienne qui s’est mobilisée, qui a su mettre en avant des intérêts collectifs. La sensibilité de la question sécuritaire amène certains à être beaucoup plus attentifs à ce qui pourrait se passer au Mali du fait que c’est un pays enclavé dont l’implosion rejaillirait aussi bien sur le Burkina qui est déjà affecté, le Niger, la Mauritanie, le Sénégal, la Guinée, la Côte d’Ivoire. Donc c’est quelque chose qui est très sensible", analyse l'opposant.

Mais par rapport à la Guinée, Bah Oury pense qu'il faut que le FNDC revienne sur sa manière de faire pour pouvoir bousculer le lobbying du président Condé. Il reconnaît que le mouvement a manqué une capacité beaucoup plus active de mobiliser la communauté internationale par rapport à des enjeux essentiels, alors que le lobbying d'Alpha Condé est puissant.

"Pour contrecarrer son lobbying sur le plan international, il faut avoir une stratégie qui est au-dessus de ce qu’il peut faire d’autant plus qu’il a des handicaps majeurs. Mais là c’est au niveau de notre manière de faire au niveau du FNDC qu’il faut reprendre le taureau par les cornes, changer de paradigme et mettre en avant d’autres concepts, d’autres dynamiques qui permettent d’élargir le champ de la lutte", préconise-t-il.

Dossier à suivre…

Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Dimanche 26 juillet 2020 à 23:10