Dr Faya tance Buhari, Macky et cie : "leur attitude sur le cas guinéen est questionnable…"

Interview
Dr Faya Milimouno, leader du Bloc Libéral
Dr Faya Milimouno, leader du Bloc Libéral

CONAKRY- L’opposant guinéen Faya Milimouno n’est pas content du silence des Chefs d’Etat Ouest-africains sur la crise guinéenne. Le leader du Bloc Libéral qui s’est confié à notre rédaction indique qu’il attend de la CEDEAO une attitude ferme par rapport à ce qui se passe en Guinée. Il a également réagi sur la position exprimée par les Etats-Unis et l’Union Européenne concernant le couplage du référendum aux législatives. Entretien exclusif !

AFRICAGUINEE.COM : Comment réagissez-vous face à la position exprimée par Bruxelles et Washington sur le couplage du referendum constitutionnel  et des législatives ?

DR. FAYA MILIMOUNO : D’abord ces deux déclarations se complètent. Ce qui apparait en premier lieu, ce qu’ils s’inquiètent que la situation guinéenne pourrait dégénérer. C’est pourquoi ils ont interpellé les gens, ils ont le souci qu’il y ait un transfert pacifique du pouvoir. Mike Pompéo a été d’ailleurs plus explicite en disant que les Etats-Unis insistent beaucoup plus sur l’alternance. Mais tout ce qui est en train de se passer dans notre pays actuellement est aux antipodes de cela. Je le dis, parce que ça été très encourageant pour le FNDC.

J’attends beaucoup plus de la CEDEAO. Nous n’avons aucun doute quant à l’engagement de l’Union Européenne et des Etats-Unis pour qu’il y ait l’alternance politique, pour qu’il y ait la paix et la stabilité en Guinée, par ricochet en Afrique de l’Ouest. Là où le bas-blesse, c’est du côté de la CEDEAO. Quand j’ai vu la CEDEAO se préoccuper de démentir une rumeur  sur les réseaux sociaux qui dit que cette organisation est contre le tripatouillage des constitutions pour un 3ème mandat, cela m’a inquiété. On est toujours prompt en tant qu’africain à blâmer les blancs mais nous sommes exactement la  cause première de la souffrance de nos peuples. 

Le mutisme de la CEDEAO  est questionnable. Quand-même ! Il y a des gens sérieux dans ce monde, la Guinée n’est pas sur une autre planète (…), ces pays qui s’expriment et dont on feint d’ignorer ne laisseront pas un génocide se passer dans ce pays. Il appartient aux guinéens de se lever comme un seul homme pour barrer la route à cette imposture. Il faut qu’on interpelle la CEDEAO à prendre ses responsabilités. Si ça dégénère en Guinée c’est toute l’Afrique de l’Ouest qui sera déstabilisée. Les Blancs ont payé plusieurs années pour qu’on retrouve une vie normale dans cette sous-région. Il faut qu’on prenne nos responsabilités.

Au-delà des déclarations, ne vous attendez-vous pas à mieux ? Par exemple qu’il y ait des sanctions contre certains responsables ?

Tout cela serait déjà arrivé si la CEDEAO s’était montrée plus responsable. Lors des crises passées dans cette partie  de l’Afrique, toutes les puissances ont d’abord attendu la réaction de la CEDEAO. Quand en Gambie, le président Yaya Jammeh a ‘’refusé’’ de céder le pouvoir  au président élu, la détermination de cette communauté ouest-africaine a fait qu’il s’est plié. Le problème, c’est l’attitude des leaders de la CEDEAO dans cette affaire. C’est comme si les leaders de ces pays encourageaient Alpha Condé à mettre le feu à la Guinée. Il faut les pointer du doigt, de la même manière qu’on pointe du doigt l’OIF qui se comporte de manière irresponsable aujourd’hui, en se faisant passer pour des experts et en tendant la main à d’autres pour avoir l’argent et continuer à torpiller le pays , il faut les indexer.

On a vu tout de même Mahamadou Issoufou qui est l’actuel président de la conférence des présidents de la CEDEAO adresser un message fort. Pensez-vous qu’il a changé de ton ?

Il faut bien comprendre qu’il a la volonté mais il n’a pas été suivi par les autres leaders. Il a quand même des problèmes internes. Le Niger est un pays fragile. Quoi que fasse Issoufou, il a des limites, les autres leaders comme ceux du Nigeria, du Ghana, du Sénégal et de la Côte-d’Ivoire, ils sont  tous en train de garder le silence  parce  que chacun veut profiter du tripatouillage de la constitution en Guinée pour qu’ils fassent la même chose chez eux. Ils sont complices et il faut les indexer. C’est cela la vérité.

Le président Issoufou a organisé une rencontre, il y a eu les anciens chefs d’Etats qui sont venus en Guinée, mais on se demande que fait aujourd’hui le Nigeria ou les autres. Il n’y a aucune action concertée de la CEDEAO, il faut sortir de la complaisance. De notre côté en tout cas, nous ne reculerons pas.

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Lundi 10 Février 2020 à 14:16