Manifestations et élections législatives : Ousmane Gaoual dit tout à Africaguinee.com…

Interview
Ousmane Gaoual Diallo
Ousmane Gaoual Diallo

CONAKRY- L’Union des Forces Démocratiques de Guinée va appliquer une nouvelle stratégie pour rafler le maximum de sièges lors des prochaines élections législatives. 

Ousmane Gaoual Diallo, le chef de la cellule de communication de l’UFDG vient de développer cette nouvelle stratégie. Candidat à sa propre succession, l’élu de Gaoual dit également pourquoi ses concitoyens doivent lui renouveler leur confiance. 

A cœur ouvert, Ousmane Gaoual Diallo est revenu sur son discours de Paris qui a suscité de nombreuses réactions à Conakry. Dans cette interview, il a aussi été question des législatives et des manifestations contre le projet de référendum constitutionnel. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : L’opposition est sur le front des préparatifs des élections législatives mais aussi sur celui de la lutte contre la réforme constitutionnelle. Selon vous lequel des deux faut-il privilégier dans le contexte actuel ? 

OUSMANE GAOUAL DIALLO : Je pense que c’est deux combats qui se rejoignent. Il ne faut pas perdre de vue que c’est parce que le chef de l’Etat a vu perdre l’idée d’introduction d’une nouvelle constitution au niveau de la population qui fait que le pouvoir sent sa volonté réduite à un petit clan qui le soutient. La population guinéenne s’est massivement désolidarisée de l’idée d’introduction d’une nouvelle constitution. Aujourd’hui, la mouvance change de fusil d’épaule pour contourner cette idée en passant par le vote, s’octroyer les 2/3 de l’Assemblée Nationale pour pouvoir revenir vers le Parlement. Ce qui est clair, c’est que quelque soit le moment où ce sujet reviendra sur la table, les guinéens se dresseront contre cela afin qu’il y ait une stabilité constitutionnelle dans notre pays et que la règle de l’alternance démocratique soit respectée. Cela va au-delà des clivages politiques et communautaires. 

Est-ce qu’une lutte sur plusieurs fronts ne risque pas à un moment donné d’étouffer les forces de l’opposition ? 

Pas du tout ! C’est une question de temps. Nous faisons nos manifestations en moyenne deux fois dans le mois alors que la durée totale de la révision des listes électorales est de 25 jours. C’est une durée qui ne pourra être impactée qu’une ou deux fois seulement par les manifestations. Ce qui impacte ce processus aujourd’hui, c’est l’impréparation, c’est le manque de fiabilité des machines techniques, c’est le manque de formation des agents opérateurs déployés sur le terrain, le manque de logistique. Aujourd’hui, avec les résultats qui nous sont remontés, dans le pays il n’y a qu’une seule préfecture qui tire son épingle du jeu. C’est Siguiri où nous avons en dix jours, 800.000 personnes enrôlées. Ce qui est suspect pour les guinéens. Pour tout le reste, on est en dessous des 50% d’enrôlement annoncés par rapport à la liste existante actuellement. C’est surprenant. 

Dans un mois les partis politiques iront en campagne. Comment concilier la campagne électorale et les manifestations contre le changement de la constitution ?

Je pense que la campagne électorale aussi est une forme de manifestation. C’est le moment privilégié de la démocratie qui permet de rappeler l’idée saugrenue de donner une nouvelle majorité à la mouvance. Je pense qu’il faudrait que les guinéens fassent le lien entre la volonté de la modification de la constitution et le fait que si les guinéens veulent barrer la route à la mouvance, doivent faire en sorte que l’opposition soit majoritaire dans la nouvelle Assemblée. Donc, la campagne est un moment de dénonciation des turpitudes du pouvoir dans les engagements qu’il a pris il y a dix ans devant les guinéens. J’espère que tous les leviers seront là pour sanctionner dans les urnes ce gouvernement. 

Comment l’UFDG prépare-t-il ce rendez-vous ? 

Aujourd’hui, la règle pour l’UFDG est simple. Il y a un collège électoral qui est élaboré pour chaque circonscription pour ce qui est députés uninominaux. Ce collège électoral est composé de certains responsables des sections, des fédérations, des vices maires et des maires élus de chaque circonscription. C’est ce collège qui permettra d’investir les candidats uninominaux dans chaque circonscription. La règle privilégiée c’est le consensus au niveau de chaque fédération. A défaut, on passera par le vote de ce collège électoral qui désignera le candidat et son colistier pour les échéances à venir et proposera une liste au président et au conseil politique pour les gens que la préfecture souhaite introduire au niveau de la liste nationale. 

Pour ce qui est de la liste nationale, il y a des critères que le président et le conseil mettront en place pour savoir quels sont les députés de la liste nationale à retenir et ceux qui vont devoir céder leur place pour leur collègue. Les règles de ce point de vue là sont très transparentes au niveau de l’UFDG. Mais bien entendu avec l’engouement, ça ne va pas forcément sans écueil. La compétition est vive, les tensions sont palpables, mais tout cela devrait se passer dans un esprit démocratique. Que les gens ne perdent pas de vue qu’ils partagent un même parti politique. Donc, la compétition doit être courtoise et respectueuse à l’interne pour permettre de dégager les personnes qui vont porter haut les couleurs de l’UFDG et qui auront besoin du rassemblement de tout le monde pour mener une campagne face à un gouvernement et un parti majoritaire très peu soucieux des règles démocratiques. 

Certains évoquent des primaires pour départager les candidats.  Qu’en est-il ? Comment cela devrait-il être organisé par le parti ? 

En fait les primaires, c’est ce que je viens d’expliquer tout à l’heure. Elles seront organisées par chaque fédération. Ceux qui votent dans ces primaires-là, c’est le collège électoral. Pour lutter contre le cumul de postes, le parti demandera expressément à chaque maire qui veut être en compétition pour être député d’écrire un engagement solennel de renoncer une semaine après son élection le poste de l’exécutif de la commune pour que celui-ci revienne à quelqu’un d’autre. Après les élections, on ne permettra plus qu’il y ait de cumul de mandat entre maire et député. On veillera à ce que les choses puissent changer de ce point de vue au sein de l’UFDG. Nous allons de plus en plus travailler de manière à pousser les guinéens à un partage de responsabilité et à une décentralisation de l’action politique et du pouvoir. 

Est-ce l’UFDG qui est le plus grand parti de l’opposition va remorquer d’autres formations politiques de sa mouvance ? 

On va rechercher des alliances de listes ou des alliances objectives. Il ne faut pas perdre de vue que l’opposition dans son entièreté doit avoir pour boussole de faire perdre la mouvance. L’opposition doit aller dans cet esprit là. Soit, on fait des désistements ou bien avoir un certain nombre de partis politiques avec lesquels, on va partager une liste et battre campagne sur ça. Les deux possibilités vont être examinées au moment opportun. Dans les deux cas, l’UFDG aura le souci de faire en sorte que le RPG qui constitue le seul frein à la démocratie, puisse être battu partout. 

Beaucoup ont encore à l’esprit l’expérience de Mouctar Diallo et d’Aboubacar Sylla qui ont été élus sur la liste de l’UFDG mais qui ont fini par partir. Est-ce qu’il n’y a pas de craintes de trahison ? 

On peut toujours envisager de voir comment on peut aller avec d’autres sur nos propres listes. Cela ne nous constitue pas un remord ni un regret. D’ailleurs il faut noter aussi qu’Aboubacar Soumah qui n’était venu d’un autre parti politique est aussi parti. Donc, ce n’est pas seulement parce que les gens viennent d’ailleurs qu’ils peuvent partir. C’est la fragilité des convictions. Mais cela ne change pas l’esprit d’ouverture, de rassemblement au niveau de l’UFDG. 

Vous êtes le député uninominal de Gaoual. Est-ce que vous comptez de nouveau briguer la députation pour cette circonscription ? 

Je vais solliciter cette investiture auprès des fédérations de Gaoual. J’espère qu’ils m’accorderont leur confiance. En tout cas, je viendrais faire le compte rendu de ce que j’ai pu faire si bien au niveau de l’Assemblée Nationale qu’au niveau local et espérer que ces résultats-là permettront d’avoir encore une fois la confiance de mes concitoyens. J’étais très heureux pendant ces six années d’incarner cet espoir des populations de Gaoual. J’ose croire qu’elles sont aussi heureuses de ces années qu’on a passées ensemble en tant que député et parlant à leur nom. C’est une mission très exaltante. 

Avez-vous le sentiment d’avoir accompli votre mission vis-à-vis de vos électeurs ?  

Faire entendre la voix de Gaoual, ce point a changé. Notre préfecture a pris une certaine dimension dans l’opinion publique guinéenne. On a une voix. C’est déjà très important. Sur le plan des Lois, j’ai été à l’origine de deux grandes Lois à l’Assemblée Nationale concernées par la mise en place de commission d’enquêtes parlementaires, qui malheureusement ont été bloquées par la mouvance présidentielle, mais qui reste d’actualité. Sur le plan personnel, j’avais pris un engagement fort auprès de mes concitoyens de réinvestir dans ma circonscription la totalité des indemnités que j’allais gagner à l’Assemblée nationale. A ce niveau je pense que le pari est allé même au-delà. Soit sur des biens privés ou personnels ou sur des biens publics, j’ai rapatrié à Gaoual la totalité des indemnités parlementaires que j’ai acquises à Conakry. C’est un engagement de ma part que chacun peut évaluer aujourd’hui sur le terrain. 

Mais ça c’est en marge de la mission d’un député qui consiste à voter des Lois et à contrôler l’action du gouvernement. Tout le monde nous a vus sur le terrain dans le contrôle des militaires. On a fait deux contrôles parlementaires sur les militaires dans notre pays. Un des contrôles a donné lieu à la loi sur la programmation militaire qui est aujourd’hui un instrument de travail du ministère de la défense. C’est quelque chose qui rend tout à fait fier. Et puis ça m’a permis de découvrir un corps et créée une forme d’affinité entre nous. J’ai découvert les difficultés, mêmes les souffrances de ce corps. Cela m’a permis d’envisager des solutions qui pourraient s’offrir à nous demain si on était en exercice du pouvoir. Puisque nous connaissons mieux ce corps, nous pouvons mieux le qualifier demain si Cellou Dalein Diallo est président de la République. 

Après votre déclaration fracassante à Paris en octobre dernier, beaucoup vous attendaient avec de nouveaux ennuis judiciaires. Est-ce que cette préoccupation ne vous a jamais traversé l’esprit ?

Le Ministre de la justice est très intelligent et c’est un homme de droit. Je pense qu’à la différence de ce que les populations peuvent imaginer, ces déclarations n’étaient ni fracassantes, elles ne constituaient ni une infraction pénale, ni injurieuse, ni diffamatoire, ni à l’encontre du chef de l’Etat, ni de qui ce soit. Les gens se sont donné à cœur joie chacun en fonction de son tempérament. Mais cela ne constituait pas un verbe plus haut que le précédent. C’est quelque chose qui était banal, mais que les gens ont amplifié. Je ne m’attendais pas à plus que ça. Je pense que notre pays a d’autres  choses à faire de plus important que de continuer à épiloguer sur des déclarations qui n’ont aucune importance politique.

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Mercredi 04 décembre 2019 à 12:06