Damaro Camara persiste : « Il faut aller au référendum… »

Interview
Amadou Damaro Camara, président du groupe parlementaire de la majorité présidentielle
Amadou Damaro Camara, président du groupe parlementaire de la majorité présidentielle

CONAKRY- Amadou Damaro Camara vient à nouveau de titiller le tandem Cellou Dalein-Sidya Touré. Le Chef de file de la majorité présidentielle au Parlement dit connaître la solution pouvant mettre fin aux manifestations à la fois de l’opposition et des partisans d’Alpha Condé. 

Des révélations sur l’achat de groupes électrogènes lors du passage de Sidya Touré à la Primature, mais également des prochaines consultations électorales, El hadj Amadou Damaro Camara a bien voulu se prêter aux questions d’Africaguinee.com. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Le FNDC a encore manifesté à Conakry et dans certaines villes du pays alors que le parti au pouvoir et ses alliés mobilisent en Haute et en Forêt. Comment selon vous pourrait-on mettre fin à ce jeu de « ping-pong » qui plombe le pays ? 

AMADOU DAMARO CAMARA : Il faut aller au référendum en posant la question finalement au juge suprême qu’est le peuple. Aujourd’hui chacun dit agir au nom du peuple. C’est pourquoi que j’ai dit que les foules ne constituent pas le peuple. L’UFDG dans l’enveloppe FNDC mobilise du monde, la mouvance mobilise du monde, mais tout ça ne veut pas dire qui a raison ou qui est le peuple. C’est quand c’est fait de manière constitutionnelle, institutionnelle, organisée et civilisée, de Kassa à Yomou, qu’on peut avoir une position. Alors qu’on pose la question au peuple finalement. Que personne ne meurt plus pour un « oui » ou pour un « non ». Qu’on invite toute la communauté internationale comme l’opposition l’aime, à venir surveiller ce référendum-là pour voir enfin est-ce que c’est le « oui » ou le « non » qui l’emporte. C’est aussi simple que ça. 

Comment peut-on prétendre être démocrate et avoir peur de s’adresser au peuple ? Franchement c’est ce que je ne comprends pas. Si Alpha Condé s’était basé sur sa majorité à l’Assemblée pour approuver quelque chose, on aurait dit que ce n’est pas le peuple. Mais le référendum, ce ne sont même pas les représentants du peuple qu’on interroge, mais le peuple lui-même.  Il n’a pas pris de décret pour rester. Il dit : « je vais demander au  peuple ». Le peuple de Guinée est lié au référendum depuis plus de 50 ans. Cette Nation-là est née du référendum du 28 septembre 1958.

Mais les craintes du FNDC se situent au niveau de l’opportunité de ce référendum constitutionnel à la veille même de la fin du second mandat du président. Est-ce que cela ne permettrait au Président de briguer un nouveau mandat après ses deux quinquennats ? 

Oui mais qu’on le fasse battre. Ce serait la deuxième manche. Si on dit que pendant 10 ans il n’a rien fait, ne votez pas pour lui. C’est ce qui s’est passé au Sénégal ici tout près. Wade s’est présenté on l’a battu ! Je ne sais pas qu’est-ce qu’ils redoutent.  S’ils pensent qu’il y a un tel désamour entre le peuple de Guinée et le Président Alpha Condé, mais qu’on laisse le peuple le lui faire comprendre. Je sais que le peuple de Guinée peut faire ça. Pourquoi ils ne font pas confiance au peuple ? Le peuple peut le renvoyer. Croyez-moi, il ira en France ou à Baro. Mais la volonté de Sidya ou de Cellou n’est pas la volonté du peuple de Guinée. 

Est-ce que le RPG ne pourrait pas avoir un autre candidat en 2020 qui ne soit pas Alpha Condé ?

C’est notre choix ça ! Si on a encore un champion qui gagne, pourquoi voulez-vous qu’on le change ? 

Quelle lecture faites-vous de l’appel de Bah Oury qui demande aux militants du RPG hostiles au projet de nouvelle constitutionnel de rejoindre le FNDC ? 

J’ai toujours dit que la différence entre Cellou et Bah Oury, c’est comme le coca-cola et le Pepsi-Cola. On n’a pas de conseils ou d’ordre à recevoir de Bah Oury. S’il s’est rallié pour se faire pardonner de son exclusion, c’est son problème. 

On a vu une forte mobilisation en Haute Guinée lors de la récente tournée du Chef de l’Etat dans la région. Est-ce ça voudrait dire que le RPG est toujours le maitre des lieux ? 

 

La dernière fois on m’a traité de vert et de moins mûr lorsque j’ai dit que la majorité de la forêt est pour la nouvelle constitution, l’écrasante majorité en Haute Guinée est pour, l’écrasante majorité en moyenne Guinée est contre, et une majorité en basse Guinée est pour. C’est ça la configuration actuelle. Mais pour confirmer ou infirmer ça allons-y au référendum. 

Avez-vous fait un sondage ? 

Cela se sent. On n’a pas besoin de sondage à Kérouané pour savoir si le RPG est majoritaire ou pas, on n’a pas besoin d’un sondage à Labé pour savoir si l’UFDG est majoritaire ou pas. 

Pourtant à Nzérékoré on a vu une forte mobilisation du FNDC après le passage du Président…

Je suis né à Nzérékoré, je sais exactement sur quel axe le regroupement a eu lieu. C’est dans une gare voiture où des camions d’huile rouge garent. Je sais ce que c’était, et je sais ce que c’était la réception du Chef de l’Etat. Il n’y a pas de commune mesure même si les réseaux sociaux, nettement en faveur de l’opposition ont fait des extensions pour publier des images sur lesquelles on reconnaissait même les bâtiments de Bambéto. Lors de la précédente manifestation du FNDC, il y a eu marche à Labé, il y a eu marche à Mamou, à Kamsar aussi, mais il n’y rien eu dans le reste de la Guinée. On est revenu à l’opposition traditionnelle. 

Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré ont fermement réagi suite aux attaques du Chef de l’Etat qui dit qu’il ne laissera pas le pays dans des mains de bandits. Qu’en pensez-vous ? 

J’avoue que je ne veux pas rentrer dans une polémique stérile. Mais même en politique, il y a une question de crédibilité personnelle. Quand j’entends Sidya dire qu’avec 46 millions de dollars, il a électrifié Conakry. J’étais là quand il a été nommé Premier Ministre. Et je suis parti un an seulement avant qu’on ne le laisse partir. Mais où était le courant de l’électrification de Conakry en 2010 ? Quelle est la seule ville que Sidya a électrifiée et qui soit encore là ? Quelle est la seule ville à laquelle il a donné de l’eau et que Alpha soit venu pour déterrer les tuyaux ou le village qu’il aura électrifié et que c’est Alpha qui est venu éteindre le feu ? 

Il ne faut pas que Sidya se moque quand même de l’intelligence des guinéens ! Il se vante qu’en « 96-97 » il y avait du courant à Conakry. Mais il a acheté des vieux groupes avec du mazoute, magouiller pour les installer à Tombo. On mettait du mazoute pour allumer quelques ampoules sur l’autoroute. C’est ce qu’il appelle électrification de Conakry ? Mais où est parti ce courant ? Quand on électrifie une ville en 2000, cette électrification ne doit pas disparaitre en 2010. Quand on a fait des routes dans les règles de l’art, on ne doit pas les avoir défoncés en dix ans ! La route de Donka, dont on est en train de faire l’extension, c’est depuis 1963, l’autoroute Fidèle Castro c’est depuis les années « 70 ». Mais pourquoi toutes les routes qu’ils ont faites sont défoncées aujourd’hui ? C’était tellement bien fait qu’il n’y en a plus aujourd’hui. 

Où était la Guinée en 2010 ? 118 mégawatts installés contre 850 en 2020. Tè fà, tè sigà (courant est venu, courant est parti, ndlr), ça ne fait plus partie de l’expression des enfants en Guinée.  Il n’y avait pas d’extension de la route jusqu’à Kagbelen, il n’y avait pas 50 millions de production de bauxite avec une création d’emplois. Ceux qui prennent la route aujourd’hui pour aller à Mamou, on sent les grands travaux en cours. Quand on dit qu’il fait des promesses, mais c’est de sa vision qu’il est en train de parler. Tout ça c’est vrai. Mais quand on ne voit pas bien, on peut se faire aider par des lunettes, mais quand on ferme les yeux, les lunettes ne serviron à rien. 

Le Chef de l’Etat a indexé les anciens bandits, mais s’ils ne sont pas bandits, après tout c’est la rhétorique. C’est le suffrage du peuple qui compte. Malheureusement je constate qu’eux-mêmes, ils ne veulent pas se référer à ce suffrage. Sidya dit que « si Alpha n’est pas candidat, je suis le prochain président », Cellou dit «  je suis pressé d’être à Sékhoutourea ». Pour des croyants qu’ils sont, ils ne disent même pas « Insha Allah » ou par respect pour les électeurs, ils ne disent même pas « si je suis élu ». C’est quand je serai Président. En conclusion, c’est ce qu’on appelle de l’arrogance. 

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 112

Créé le Vendredi 29 novembre 2019 à 14:52