Mamadou Sylla : « Comment Yahya Jameh m’avait exproprié mes immeubles à Banjul… »

Interview
El hadj Mamadou Sylla
El hadj Mamadou Sylla

CONAKRY- El hadj Mamadou Sylla peut se frotter les mains en attendant. Le Président du Groupe Futurelec vient de remporter une première victoire du côté de la Gambie. El hadj Mamadou Sylla a été rétabli dans ses droits par la justice gambienne qui a ordonné la restitution de ses biens immobiliers.

De sa rencontre avec Yahya Jamey aux discussions qu’il a eu avec l’ancien Président Lansana Conté, le Président de l’Union Démocratique de Guinée dit tout. C’est une exclusivité Africaguinee.com !

 

AFRICAGUINEE.COM : Le Président gambien Adama Barrow vous a restitué vos biens qui avaient été confisqués par Yaya Jamey à Banjul. Quels sont vos premiers sentiments ?

EL HADJ MAMADOU SYLLA : J’ai un sentiment de satisfaction. Je suis satisfait du fait que les biens que j’ai construits avec des fonds propres, me soient rendus. Ce n’est pas un fonds que j’ai cherché en Gambie. D’autres vont là-bas, ils cherchent l’argent là-bas, ils investissent mais moi je suis venu avec mon argent. Mais dans un pays qui ne respecte pas les lois ou qui fait tort aux gens, on s’en fout de tout ce qui est règles. C’est ce qui fait fuir  les investisseurs dans un pays. 

Pourriez-vous nous relater la genèse de cette affaire ? 

Si je peux résumer, c’est en début des années 2000 quand Yaya Jamey est venu ici sur invitation du Président Conté, il m’a trouvé à côté du Président qui lui a suggéré de m’inviter en Gambie. En ce moment le Groupe Futurelec marchait à merveille. J’ai même une photo que j’ai prise avec lui dans mon salon. Nous avons dîné ensemble ici. Il a voulu aller voir les paysans. Le Président m’a dit d’inviter Jamey dans mon champ à Kindia. Nous sommes allés à Kindia, il a visité beaucoup de choses comme des animaux, la culture. Cela l’a beaucoup intéressé. En partant, sur la piste de l’aéroport, tout le Gouvernement guinéen était là plus le Président.  En me serrant la main, il a dit au Président qu’il voulait que le Président accepte que je parte investir chez lui en Gambie. C’est comme ça qu’il m’a invité officiellement, je suis parti. Il m’a envoyé dans son village natal à Kanilai, on a fait une semaine là-bas. Tous les jours on causait et on mangeait ensemble. Il m’a accueilli comme ça se doit. Il m’a mis en confiance pour que je puisse l’aider à investir chez lui. C’est comme ça on a cherché le terrain officiellement, il me l’a vendu. Moi aussi je lu avais dit, comme tu m’as fait confiance et que le Président a donné son accord, je ferai quelque chose en Gambie qui restera longtemps avant que quelqu’un d’autre ne puisse faire la même chose ou plus. 

C’est après ça que j’ai le cabinet de l’actuel ministre du commerce Boubacar Barry a été contacté pour aller lui montrer le terrain en Gambie. Je lui ai  demandé de me ressortir quelque chose là-bas et de faire le plus grand bâtiment en termes de taille et de volume en Gambie. On a fait un projet,  tellement qu’il était grand certains me demandaient de diminuer. Mais j’avais répondu non, c’est une question d’honneur. Le terrain était bien placé. Il est situé sur l’autoroute en allant à l’aéroport de Sérékounda. Le volume du bâtiment était un hectare tellement que c’est costaud. C’était un R+8, au milieu il y avait une tour, un garage moderne. Je l’ai équipé, on a inauguré puis on a démarré. Mais tout de suite quand il a vu le bâtiment, il a eu envie de l’avoir. Je ne savais pas. On a travaillé deux ans. Après il y a eu un petit problème entre les travailleurs et la banque. Je suis venu régler ça. 

Comme ces gens ont fait du mal à la banque, ils ont fait arrêter tout ce qui est commerce, mais  puisque déjà le bâtiment faisait rentrer l’argent, j’ai donc décidé de laisser le bâtiment fonctionner jusqu’à ce qu’il soit amorti. J’ai dit l’ardoise que les gestionnaires ont pris à mon nom, il n’y a pas de problème, on va faire un échéancier et que le loyer le rembourse. Mais deux mois après, je n’étais pas là-bas, j’ai appris que Jammey a envoyé des policiers pour débarquer mon équipe qui était dans le bâtiment, il avait emprisonné même certains. Après il a occupé le bâtiment. Maintenant, pour le reste c’était une dette civile commerciale. Mais lui il a dit qu’il pourrait rembourser tout l’argent qu’on a investi en respectant l’échéance et prendre le bâtiment. Mais le bâtiment a une valeur d’au moins 10 millions de dollars. Il a remboursé 900 mille dollars à la banque alors que c’est 10 millions qui étaient investis. Il a fait tout ça sans me dire. 

Mais il n’a pas été malin. Il était Président mais je crois que cela l’avait échappé parce qu’il est parti prendre l’argent dans les caisses de l’Etat. C’est sa première erreur. Sa deuxième erreur, au lieu de placer le bâtiment au nom de l’Etat, il met à son nom propre Kanilai Construction. Ça duré dix ans. Comme c’est quelqu’un qui tuait les gens comme des poulets, moi j’ai préféré dire à mes hommes de quitter d’abord pour ne pas qu’il leur fasse du mal, parce qu’il a tué des gens à cause de leurs biens, il a emprisonné d’autres. Donc même diplomatiquement cette affaire risquait de créer des problèmes parce que c’est les deux Présidenst qui avaient décidé que je vienne investir en Gambie. Quand le Président Alpha est venu, je lui ai parlé de ce bâtiment et je lui ai demandé de faire tout pour régler ça diplomatiquement. Mais le Président Alpha Condé n’a pas voulu le faire. Il n’a pas aidé, il n’a rien fait, il me disait souvent on va voir le ministre de la justice, le ministre des affaires étrangères et tout, mais au fond il n’y a rien eu. 

Il y avait des gens qui étaient à côté de lui qui sont aujourd’hui même des ministres qui étaient avec Yahya Diamey hier. Et je sais que ceux-là ont influencé et même poussé Yahya Diamey à faire ce travail là. Ce sont des guinéens. Mais lui il est Président. Normalement quelqu’un ne peut pas l’induire dans l’erreur comme ça. Je sais tout ce qui se passe, j’ai parlé avec ces gens-là à Paris. Un jour je leur ai demandé d’aller dire à Yahya Diamey qu’il a pris mon bien, mais c’est pour un temps. J’ai des enfants même si je meurs, ils connaissent la Gambie et il y a beaucoup de nos parents là-bas. Donc tout le monde sait qui a construit la maison. Alors quand finalement Jammey est parti, j’ai pris un avocat maitre Amie Ben Souda, qui est de la même famille que la procureure de la CPI, Fatou Ben Souda. On a attaqué le Gouvernement. La nouvelle équipe d’Adama Barrow a d’abord commencé par rassurer les premiers hommes d’affaires qui ont eu le courage de venir investir pour encourager d’autres investisseurs à venir. Alors c’est tout ce qui a joué en ma faveur. Et mon avocat et moi sommes allés à la cour suprême qui nous a donné raison et a ordonné qu’on me restitue la maison. Mais on me demande de rembourser les  940 mille dollars que Yaya Jammey a pris. Finalement, le bâtiment est mis à ma  disposition. Je vais envoyer des techniciens là-bas pour le rénover. Il y a plus de 40 appartements, si tout est loué, l’argent qui rentre c’est beaucoup. 

On a dit dans notre protocole d’accord que je vais nommer un gestionnaire dès le 1er décembre pour un mois pour faire le transfert en douceur. C’est-à-dire avec l’équipe qui est là actuellement, qui a la charge de gérer, vont travailler jusqu’au 31 décembre. Donc dès le 1er janvier le bâtiment sera définitivement transféré à moi. 

Il n’y a pas qu’en Gambie où vous avez des conflits avec l’Etat. En Guinée également vous réclamez une vingtaine des millions de dollars à l’Etat guinéen. Est-ce que la résolution de ce différend vous donne espoir qu’un jour qu’en Guinée également l’Etat va vous rembourser votre dette ? 

Vous savez, tôt ou tard la vérité va finir par toujours triompher. Le bâtiment ça faisait 10 ans depuis qu’il m’a été enlevé. Mais comme je suis musulman croyant et pratiquant, j’ai la foi, j’ai dit que j’attends tôt ou tard je vais récupérer mes biens. Je remercie Dieu que cela s’st fait de mon vivant. Pour ce qui est de la Guinée ici c’est une question de personne. Ce régime qui est là aujourd’hui a refusé de payer mon argent mais celui qui va venir demain, s’il est prêt à réparer le tort, je pense qu’il n’aura pas d’autres solutions que de payer d’abord des dettes comme ça. Parce que c’est une dette qui a sauvé le pays de la  rébellion. Mais si tout est géré politiquement pour dire non, lui il n’est pas avec moi donc je ne paye pas son dû, tout est calculé comme ça en politique mais ça va se bloquer. Moi jusqu’à Washington, le FMI, la Banque Mondiale me connaissent et connaissent ce dossier. A un moment donné, j’ai mis des conditions pour qu’on règle ce dossier sinon les dossiers du pays ne passaient pas. Parce la dette intérieure, les organismes internationaux tiennent beaucoup. 

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Mercredi 27 novembre 2019 à 17:12