Elections générales en Namibie sur fond de récession et de corruption

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La chute des cours des matières premières et une sécheresse persistante depuis plusieurs saisons ont fait reculer son produit intérieur brut deux ans de suite.

Les Namibiens sont appelés aux urnes ce mercredi 27 novembre pour des élections générales appelées à confirmer la mainmise sur le pays du parti au pouvoir depuis 1990, malgré la grogne croissante de la population contre la crise et la corruption. Face à une opposition désunie, le président sortant Hage Geingob, 78 ans, et son Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (Swapo) semblent assurés de rempiler pour cinq ans, en dépit d’un bilan des plus contrastés.

Malgré un sous-sol gavé de ressources naturelles, dont l’uranium, des fonds marins riches en poissons et en diamants, et l’essor de son tourisme, la Namibie est plongée depuis plusieurs années dans la récession. La chute des cours des matières premières et une sécheresse persistante depuis plusieurs saisons ont fait reculer son produit intérieur brut deux ans de suite (2017 et 2018) et le chômage frappe un tiers (34 %) de sa population.

Le régime du président Geingob est en outre éclaboussé par un scandale de corruption. Il y a quelques semaines, WikiLeaks a publié des milliers de documents qui accusent des responsables de son gouvernement d’avoir touché l’équivalent de 10 millions de dollars (9 millions d’euros) de pots-de-vin de la part d’une entreprise de pêche islandaise. Deux ministres mis en cause dans cette affaire ont été contraints de démissionner à quelques jours seulement du scrutin, l’un d’eux a même été brièvement détenu.

Le chef de l’Etat a nié toute implication dans cette affaire. « Nous pratiquons la tolérance zéro en matière de corruption », a-t-il assuré samedi en clôturant sa campagne devant un stade à moitié vide de la capitale Windhoek.

Coalition des déçus

L’opposition, divisée, ne semble toutefois pas en mesure de profiter de ce climat. Déjà candidat il y a cinq ans, McHenry Venaani, 42 ans, et son Mouvement démocratique populaire (PDM) restent marqués au fer rouge de leur proximité passée avec l’Afrique du Sud de l’apartheid, qui rebute une large part de l’électorat.

La seule menace potentielle pour le régime vient de la candidature sous l’étiquette indépendante d’un membre de la Swapo en rupture de ban, Panduleni Itula, 62 ans. Ces dernières semaines, l’ancien dentiste a accusé M. Geingob d’avoir bradé les richesses du pays aux étrangers. « Nous voulons que la Namibie reste à nous, nous voulons garder nos ressources », a-t-il lancé lors de sa dernière réunion publique.

Selon les analystes, ce dissident pourrait mordre sur l’électorat du parti au pouvoir et faire baisser le score « stalinien » de 87 % obtenu en 2014 par Hage Geingob. M. Itula « est différent », a noté Graham Hopwood, du principal centre de réflexion namibien, l’Institute for Public Policy Research. « Il réussit à rassembler tous les gens frustrés et mécontents du président ».

Cette coalition des déçus est particulièrement dense dans le bidonville de Havana, dans la banlieue de Windhoek. « J’espérais que [Geingob] apporterait l’électricité au peuple », y a regretté sous couvert d’anonymat un chauffeur de taxi de 22 ans, déterminé à voter pour l’opposition. « Mais tout ce qu’il a réussi à faire, c’est détruire les cabanes des gens et de construire des hôtels et des immeubles ».

Malgré leur déception, de nombreux partisans de la Swapo se refusent encore à sanctionner le parti de la « lutte de libération ». « Mes parents ont participé sans compter à ce combat pour en arriver là, a rappelé Julia Shilunga, une étudiante de 28 ans qui soutient la Swapo. Pour moi, la paix est plus importante que tout car elle me conduira là où je le souhaite ».

Près d’un million et demi d’électeurs namibiens sont appelés à départager par vote électronique les onze candidats à la présidentielle et les quinze partis en lice pour les législatives.

AFP

Créé le Mercredi 27 novembre 2019 à 10:32