Mariam Keita, ou l’histoire de la « pauvre » femme dont la photo se trouve sur les billets de 500 francs…

Société
Mariama Keita
Mariama Keita

MAMOU- Qui ne se réjouirait pas de voir sa photo sur une coupure de billets de banque ? L’histoire de Mariama Keita est un peu particulière. Peu connue, cette sage-femme de profession qui est aujourd’hui âgée d’une cinquantaine d’années est pourtant celle dont la photo se trouve sur les coupures de 500 francs guinéens. Elle dit n’avoir jamais été consultée à cet effet. Aujourd’hui, elle réclame une compensation. 

Depuis, elle a mené plusieurs démarches auprès des autorités pour être rétablie dans ses droits mais en vain. Avec son âge qui ne cesse d’avancer, Mme Mariama Keita commence à perdre espoir. 

Africaguinee.com a rencontré cette dame à travers notre correspondant régional basé à Mamou. Des confidences sur son histoire, des révélations sur les nombreuses promesses qui lui ont été faites, et surtout son appel à l’endroit des autorités guinéennes.  

« Quand on faisait la 10ème année, un de nos amis est parti à Dakar pour les vacances. Il a vu par hasard un livre dans lequel il y avait une photo de la troupe fédérale de Mamou. Il a acheté ce livre à la librairie et il est revenu avec. À l’école, il m’a dit Mariam j’ai vu ta photo dans un livre. Je ne croyais pas. Pour me convaincre, il a apporté le livre. Quand j’ai regardé la photo, j’ai trouvé qu’effectivement que c’était moi. Plusieurs troupes fédérales figuraient dans le livre. Après quelques années, ils ont changé la monnaie. Sur les billets de 500 Francs Guinéens, ils ont mis cette photo. Un jour, ma marâtre est venue me dire que c’est ma photo qui est sur les billets de 500. Elle m’a montré le billet. Par la suite, mon frère et moi sommes allés à la Banque Centrale pour avoir des explications. Celui qui s’y trouvait à l’époque nous a dit qu’il ne savait rien de cette histoire. Il nous a promis qu’il allait informer le Président pour voir ce qu’ils pourront faire. Il m’a remis le spécimen de ces 500FG. Après nous sommes rentrés. 

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Des années après, il y’a un étudiant qui venait souvent chez nous en vacances qui avait fait Droit à l’université. Il est devenu avocat. C’est un cousin à mon mari. Il s’appelle Mohamed Lamine Soumah. Ce dernier m’a approché pour me dire qu’il veut relancer mon cas pour voir s’il y’aura une solution. Le croyant sincère, j’ai marqué mon accord. Il a constitué les dossiers et on a posé le problème. Mais ils nous ont dit que c’est de la caricature. De jugement en jugement, on est arrivé à la Cour d’Appel qui nous a renvoyé vers la police scientifique. Celle-ci a fait un rapport qui a confirmé qu’il s’agissait bel et bien de ma photo qui se trouve sur les billets de 500. Ensuite, ils nous ont dit d’arranger le différend à l’amiable. On est tombé d’accord. C’est en ce moment qu’on m’a écarté de l’affaire. Depuis ça, l’avocat ne m’appelle plus. Il ne me disait plus rien. Il m’a tourné en rond. J’ai senti qu’il a été corrompu. 

Un jour, j’ai décidé de réclamer mes dossiers comme ça n’aboutissait pas, et de chercher un autre avocat. Mais malgré tout, je n’ai pas reçu les dossiers. Quand je suis allée à Conakry pour mon recyclage, j’ai voulu porter plainte contre lui à l’ordre national des avocats pour voir si je pourrais au moins récupérer mes dossiers. J’ai déposé la plainte au niveau de leur secrétariat. Ils m’ont dit qu’il est malade et que lorsqu’il guérira, ils vont le rappeler pour la restitution de mes dossiers. Mais quand j’ai vu que ça ne portait pas fruit, j’ai abandonné. Je ne sais pas s’il a reçu de l’argent ou pas. Mais j’ai des soupçons. Car avant, il m’appelait souvent. J’étais présente à tous les jugements. Normalement si la photo d’une personne figure sur le billet national, elle ne doit pas souffrir comme moi. Je demande à ce qu’on me fasse une prime au moins, c’est tout ». 

 

Habib Samake

Correspondant régional d’Africaguinee.com

À Mamou

Créé le Mardi 12 novembre 2019 à 14:43