Oumar Pathé Barry, ce "héros" qui a perdu sa jambe dans le combat pour la démocratie…

Manifestation contre le changement constitutionnel

CONAKRY- En sortant de chez lui le jeudi 07 novembre dernier pour répondre à l’appel du Front National pour la Défense de la Constitution, Oumar Pathé Barry ne pouvait pas imaginer que son nom allait faire le tour du monde. Son courage, sa pugnacité, la force inébranlable de ses convictions  sont citées aujourd’hui  en exemple par ceux qui sont opposés au projet de troisième mandat d’Alpha Condé.

Malgré son « handicap physique », ce jeune homme âgé d’une vingtaine d’années, s’appuyant sur ses béquilles,  a bravé le soleil de plomb pour marcher sur le chaudron pour défendre  un idéal qui lui tient à cœur. Celui de protéger la Loi fondamentale du pays que les partisans du président Alpha Condé veulent faire abroger. Oumar Pathé Barry est considéré comme le "héros" de la manifestation du FNDC le jeudi 7 novembre 2019.

Vêtu d’un tee-shirt rouge, couleur du FNDC, ce jeune diplômé a marché dare-dare avec le magma humain qui a déferlé vers la terrasse du stade 28 septembre pour défendre la constitution de mai 2010. L’histoire de ce jeune infirme est toute particulière. Oumar Pathé Barry a perdu son pied gauche amputé il y a de cela dix ans dans des mouvements de lutte pour l’instauration de la démocratie en Guinée. Les faits remontent en 2009 lorsqu’il est tombé dans une embuscade à Cosa alors que des militaires tiraient dans tous les sens pour disperser une foule qui réclamait l’instauration de la démocratie. Une décennie après, ce triste épisode qui est resté gravé dans sa mémoire, n’a guère ébranlé sa force mentale et sa conviction. Au contraire, cela a renforcé davantage ses convictions pour la défense de cce qu'il considère comme étant des causes nobles. Il s'agit selon lui de la Défense des la Lois de la République.

Rencontré par un journaliste de notre rédaction, Oumar Pathé Barry nous a confié que malgré son handicap il se battra pour défendre les Lois de la République. Même n’étant pas membre du FNDC pour le moment, ce jeune infirme promet de participer à toutes les manifestions qu’organisera le FNDC si celles-ci sont autorisées.

« Ma participation d’hier à la marche pour défendre la constitution est liée à beaucoup de choses. Premièrement, tout le monde sait que nos actuels dirigeants gèrent notre pays de façon anormale. En tant qu’infirme j’ai marché pour défendre la liberté, nos droits et plus particulièrement les droits de nous les handicapés. Je ne suis pas membre du FNDC, j’ai participé à cette marche en tant que citoyen libre. Mais si le FNDC organise des marches et qu’elles soient autorisées par nos autorités, je participerais toujours pour défendre nos Lois », nous a confié Oumar Pathé Barry.

Ce diplômé en administration qui gère aujourd’hui un kiosque de transfert d’argent appelle tous ceux qui jusque-là hésitent, à se joindre au combat que mène le FNDC pour défendre la Constitution.

 « Je demande à tous les patriotes de ce pays, qu’ils soient vieux, jeunes, femmes, de tout bord confondu, de défendre cette Loi, la constitution de 2010. Si vous voyez que les pays développés sont toujours développés c’est parce que la loi existe et qu’elle est respectée. Mais chez nous ce sont les hommes qui existent et non la loi, c’est la loi du plus fort. Donc j’invite tout le monde à sortir pour défendre cette constitution », a-t-il lancé.

Du haut de ses 27 ans, Oumar Pathé Barry ne se considère pas son infirmité comme un handicap. Selon lui, le handicap n’est que mental.  Ce qui n’est pas le cas chez lui.  « A mon avis, une personne est dite handicapée que lorsqu’elle a un problème mental. Mais s’il s’agit d’un manque de physique cela n’est pas un handicap », observe-t-il.

L’histoire de Oumar Pathé Barry dans la lutte pour l’instauration de la Démocratie est un cas d’école. Car c’est le 28 septembre 2009 qu’il a perdu son pied lorsqu’une balle tirée par des militaires est venue se loger dans son genou gauche. C’est ce jour-là même que les forces vives ont appelé les guinéens à se mobiliser pour empêcher Dadis Camara, le chef de la junte à l’époque, de se présenter à la présidentielle de 2010. 

«  J’ai perdu mon pied le jour des événements du 28 septembre. Je n’étais pas au stade mais ce jour j’étais parti rendre visite à un ami à la Tannerie. En revenant à la maison, un pick-up de militaires nous a trouvé à Cosa vers 16h. Les militaires ont ouvert le feu sur nous » explique-t-il la voix lourde. Oumar Pathé Barry aurait pu peut-être sauver son pied. Mais hélas, les incursions de l’armée, les filatures et autres exactions dans les quartiers les jours qui ont suivi le massacre, ne lui ont pas permis de se rendre à l’hôpital à temps.

« Les deux jours qui ont suivi, c’est-à-dire le 29 et le 30 septembre, on recherchait les gens dans les quartiers. Du coup je n’avais pas pu me rendre à l’hôpital à temps. Il m’a fallu attendre jusqu’au 1er octobre pour aller à l’hôpital Donka. Et dès mon arrivée, les médecins ont fait les examens et ils m’ont dit qu’il fallait qu’on ampute mon pied », se souvient-il.

Aujourd’hui le courage d’Oumar Pathé Barry est cité en exemple. Une action citoyenne s’est déclenchée via les réseaux sociaux pour lui trouver une prothèse pour son pied gauche.

 

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

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Créé le Samedi 09 novembre 2019 à 14:31

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