Confidences de Hadja Maimouna Diallo : "Ce que l’ambassadeur de France nous a dit…"

Interview
Madame Bah Maimouna Diallo, porte-parole des femmes du FNDC
Madame Bah Maimouna Diallo, porte-parole des femmes du FNDC

CONAKRY-La branche féminine du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) a été reçue à l’ambassade de France en Guinée. De quel message cette délégation était-elle porteuse ? Quelle réponse a-t-elle obtenu de la part de la représentation diplomatique française en Guinée ? Madame Bah Maimouna Diallo, porte-parole de la délégation du FNDC fait des confidences. Dans cet entretien qu’elle accordé à notre rédaction, elle lève également un coin du voile sur leurs prochaines démarches.

AFRICAGUINEE.COM : Les femmes du FNDC ont été reçues en début de semaine par l’ambassade de France. Quel message avez-vous livré et quelle réponse avez-vous obtenu ?

Merci d’abord de l’opportunité que vous m’offrez pour m’exprimer sur votre site. Je dirai que la démarche qu’on a eu auprès de l’ambassade de France, c’est la suite logique d’un long programme que la branche féminine du FNDC a initié. On a déjà rencontré beaucoup de personnalités dans notre pays, nous avons écrit à toutes les institutions partenaires de notre pays. C’est dans cette logique que nous avons reçu la réponse de l’ambassade de France et le programme de nous recevoir le lundi passé. Donc, nous avons vu l’ambassade de France en priorité compte tenu des liens historiques qui existent entre nos deux pays et aussi compte tenu de la position stratégique qu’occupe la France dans notre pays. Nous nous sommes dit que la France est un pays qui a des possibilités d’agir pour atténuer la situation qui prévaut dans notre pays.

Le président de la République veut changer la Constitution simplement parce qu’il veut un troisième mandat. Sinon la Constitution actuelle ne donne aucune possibilité de changement de la Constitution. A son article 2, il est dit que « la souveraineté de l’Etat s’exerce conformément à la Constitution qui est la Loi suprême ». Donc tout acte ou toute loi contraire à cette disposition est nul et de nul effet. Ça veut dire simplement que le changement de la Constitution n’est pas à l’ordre du jour. Si monsieur Alpha Condé veut la changer la Constitution, c’est parce que simplement les articles qui le concerne et qu’il veut changer sont intangibles. Sinon la révision constitutionnelle est permise. On peut mettre tout ce qu’on veut dans la Constitution sous forme de révision. C’est autorisé. Pourquoi  changer la Constitution ? C’est parce que simplement les articles concernant la durée et nombre de mandat du Président sont intangibles. Or, c’est ce qui l’intéresse.  Nous pensons qu’un changement n’est même à pas  l’ordre du jour dans notre pays. Parce que c’est illégal.

Donc, nous sommes allées voir l’ambassadeur de France pour attirer son attention sur la situation explosive de la Guinée. Parce qu’on n’est pas sans savoir que le Président lui-même a déjà demandé à ses partisans de se tenir prêt pour l’affrontement. Je crois que c’est un indicateur qui veut simplement dire qu’il y aura affrontement dans ce pays. D’autant plus que le FNDC s’est constitué pour défendre cette constitution. Si l’Etat est prêt à affronter ceux qui ne sont pas d’accord avec le changement de Constitution, ça veut dire qu’il aura un choc. Donc, nous sommes allées pour tirer la sonnette d’alarme, demander au gouvernement français à travers son ambassadeur, que la France prenne ses dispositions pour peser de tout son poids pour arrêter Alpha Condé dans son élan de détruire la démocratie dans notre pays, dans son élan d’empêcher l’alternance dans notre pays qui est inacceptable. Pour la majorité de la population guinéenne, personne ne veut d’une présidence à vie.

Parce qu’il vous souviendra que cette constitution actuelle a été mise sur pied pour barrer la route à toute présidence à vie. Depuis notre indépendance, on a pratiquement connu que deux présidents qui ont tous fait plus de 20 ans au Pouvoir.  Les guinéens se sont dits assez !  Nous ne voulons plus ça. Mieux vous savez que cette constitution est très consensuelle. Toutes les sensibilités de la population guinéenne, à tous les niveaux ont participé à l’élaboration de cette constitution. Mêmes les guinéens de l’étranger, les ouvriers, les cultivateurs, j’en passe chacun a eu son représentant au Conseil National de la Transition (CNT). On a mis en place une constitution pour permettre enfin à notre pays de connaître véritablement la démocratie à travers l’alternance. Nous sommes un pays dans lequel, on ne peut jamais indexer un ancien président. Nous sommes un des rares pays en Afrique de l’Ouest où tu ne verras jamais un ancien président. Les guinéens aussi veulent connaitre ça, parce qu’il y a la vie après la présidence. Il faut que monsieur Alpha Condé le comprenne. Il dit qu’il s’est battu pendant 40 ans pour la démocratie, mais aujourd’hui tous les maux qu’il a reprochés à  ses prédécesseurs, constituent son cheval de bataille. C’est ce qui est incompréhensible, nous ne pouvons pas l’accepter.  On ne peut pas se battre, arriver à ce niveau et que ça soit un Alpha Condé qui s’appelle opposant historique qui viendra détruire notre élan démocratique et nous ramener 20 ans en arrière.

On est allé dire à l’ambassade de France que c’est vrai que les Etats-Unis se sont déjà manifestés officiellement, mais nous savons que la position de la France est prépondérante dans notre pays. C’est pour ça que nous sommes allés le voir. Et je peux vous assurer que nous avons eu des oreilles attentives à notre message. Ils nous ont dit qu’on a la même préoccupation d’autant plus  qu’aujourd’hui, la Guinée est le premier pays pourvoyeurs de mineurs non accompagné en France. Il a relevé que cela constitue un véritable problème pour leur pays. Donc on a les mêmes préoccupations. Aujourd’hui notre lutte aurait été de freiner ce mécanisme ou l’arrêter définitivement. Mais nous leur avons que s’ils ne réussissent pas à arrêter Alpha Condé dans son élan, ce processus va se multiplier par dix, par mille. Parce que déjà s’il y a tant de mineurs guinéens en France, ça dénote que ça ne va pas dans le pays, ça dénote qu’il n’y a rien pour l’emploi des jeunes, ça dénote qu’il n’y a aucune perspective pour l’avenir de la jeunesse. Chacun veut aller ailleurs pour trouver le bien-être.

Alors aujourd’hui nous demandons à la France de jouer son rôle. Parce que nous avons tous un problème. Donc mettons-nous ensemble pour régler nos problèmes pour que la Guinée sorte de cet engrenage.

Dans la même logique, nous apprenons que le lundi à venir vous serez reçu par l’ambassadeur des Etats-Unis. Quel message comptez-vous livrer ?

Comme je l’ai dit tantôt, nous avons envoyé des courriers à toutes les représentations diplomatiques présentes dans notre pays et aux institutions partenaires. C’est dans cette logique que nous serons reçues par l’ambassadeur des Etats-Unis le lundi à 13 heures si tout va bien. D’abord nous allons remercier l’Amérique à travers son ambassadeur ici pour s’être déjà démarqué officiellement et condamné ce changement fantaisiste de constitution dans notre pays. Nous allons  les remercier pour cela et leur demander encore de continuer à nous appuyer et nous aider à lutter contre ce groupe de personnes qui veut empêcher la Guinée de connaître une vraie alternance  démocratique.

Nous pensons que les Etats-Unis pourront nous apporter l’aide que nous demandons. Ensuite leur demander d’ouvrir les yeux surtout sur le comportement des forces de l’ordre et de sécurité qui ont la gâchette facile et qu’à la moindre des choses, elles sont prêtes à tirer sur la population. Nous savons que cela constitue un crime qui pourrait être poursuivi au niveau même de la Cour Pénale Internationale. C’est pour toutes ces raisons que nous voulons rencontrer l’ambassadeur des Etats-Unis.

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

 

Créé le Samedi 05 octobre 2019 à 16:01