AOD, handicapé à vie : « comment la balle a écrasé mon genou au stade… »

10 ans après les massacres du 28 septembre 2009

CONAKRY-AOD est l’une des nombreuses victimes des douloureux événements du 28 septembre 2009 qui attendent toujours un procès. Il était mineur à l’époque des faits. Alors âgé seulement de 13 ans, AOD a reçu une balle à son genou droit dont il a aujourd’hui perdu l’usage. Cette victime interpelle l’Etat guinéen sur l’urgence de tenir le procès. 

 

AFRICAGUINEE.COM : Dites-nous qu’est-ce qui vous ait arrivé le 28 septembre 2009 ? 

AOD : J’ai reçu une balle au niveau de mon genou lors des événements du 28 septembre. Personnellement je me suis soigné grâce à la contribution des ONG et de ma famille. La seule participation de l’Etat, c’est parce que je me suis soigné dans un hôpital public, le CHU de Donka. Aujourd’hui mon handicape m’empêche de travailler parce que je n’ai plus la force de faire certains travaux, cela me gêne beaucoup. J’ai complètement perdu mon genou. Mon pied droit ne se plie plus. Quand tu perds ton état physique ce n’est pas facile. Depuis le 28 septembre 2009 jusqu’à présent l’Etat ne dit rien pour nous les victimes. Nous sommes là sans accompagnement. En plus l’Etat n’a pas mis ceux qui sont responsables de ces événements à la disposition de la justice afin d’organiser un procès pour nous rétablir dans nos droits. 

Ça nous gêne de voir l’Etat rester muet sur ces douloureux événements. Ce qui est plus grave encore certaines personnalités citées dans l’affaire du massacre du 28 septembre occupent des hautes fonctions dans l’administration. Chaque année, l’Etat dit que l’année prochaine le jugement aura lieu. On va de report en report, cela veut dire que l’Etat ne veut pas aller au procès. Si l’Etat sait bien qu’il n’a pas une main noire derrière le massacre du 28 septembre, alors l’Etat peut mettre ceux qui sont responsables de ces événements à la disposition de la justice pour qu’ils soient jugés. Aujourd’hui, on peut dire c’est un refus catégorique de la part l’Etat. 

Parlez-nous de votre situation actuellement. Comment vous vivez ? 

J’ai trois frères et une sœur, ils m’aident beaucoup, ils m’assistent moralement avec le peu d’économie qu’ils ont. Puisque j’ai perdu mon état physique, ils m’encouragent beaucoup de continuer les études. Avant je jouais au football, je faisais le sport et maintenant je ne peux pas faire tout ça. J’ai subi assez d’opérations et mon pied a été greffé à plusieurs endroits.

Que demandez-vous à l’Etat guinéen ?

Nous demandons à l’Etat d’organiser le procès des événements du 28 septembre pour éviter qu’un tel cas ne se reproduise. Parce que  si les responsables de ce massacre sont jugés et condamnés, cela va dissuader certains qui sont mal intentionnés de refaire ces genres de choses dans le pays. Mais tant qu’il n’y a pas justice dans cette affaire il y aura toujours l’impunité. Nous nous sommes là, les larmes aux yeux. Nous voyons chaque jour les responsables de ces événements qui se trouvent être des personnalités de l’Etat dans leurs véhicules VA. L’Etat ne dit rien. Cela nous choque beaucoup. Mais nous lançons un appel à la communauté internationale de venir demander à l’Etat guinéen d’organiser le jugement des événements du 28 septembre. 

Depuis le 28 septembre 2009 plusieurs victimes de ces événements sont décédées sans pouvoir participer au procès de leurs bourreaux. Avez-vous un appel à lancer à l’endroit des familles de ces victimes qui sont mortes ?

Je leur demande d’être plus courageux et d’attacher la ceinture pour dénoncer toujours et partout cette injustice afin que nous soyons rétablis dans nos droits. Parce que tôt ou tard le jugement aura lieu. Nous avons besoin du jugement. Nous sommes fatigués de patienter dix ans maintenant après ces douloureux événements du 28 septembre. L’Etat doit avoir pitié des victimes des événements du 28 septembre dont l’objectif était de demander un Président civil au pouvoir. Maintenant qu’un Président civil est venu au pouvoir, il ne sanctionne pas les responsables de ce massacre nous nous posons une grosse question.

Il devrait être devant les victimes pour organiser le jugement. Mais s’il ne dit rien ça nous gêne nous les victimes. Moi j’ai perdu mon genou, d’autres ont perdu la vie, certaines femmes ont été violées, d’autres sont amputées, des handicapés à vie, il y a des portés disparus. Le cas des événements du 28 septembre devait avoir un jugement exemplaire pour toute l’Afrique de l’Ouest. Nous demandons encore à l’Etat d’avoir un cœur ouvert pour nous les victimes des événements du 28 septembre et nous demandons que le procès soit organisé très vite. 

 

Interview réalisée par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com 

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Créé le Mercredi 25 septembre 2019 à 10:38