Grande interview : Bah Oury répond à Cellou Dalein…

Interview de Bah Oury
Bah Oury
Bah Oury

CONAKRY- Quelle stratégie Bah Oury compte-t-il adopter pour affronter les prochaines élections en Guinée ? À quelle formation politique l’ancien vice-président de l’UFDG va t-elle adhérer ? Bah Oury vient à nouveau de lever un coin du voile sur ses ambitions politiques.

L’opposant a reçu cette semaine un de nos reporters. Plusieurs sujets ont été abordés dans cet entretien exclusif qu’il a bien voulu nous accorder. 

 

AFRICAGUINEE.COM : Votre réaction au sujet de l’acquisition par la Guinée de wagons datant des années 1960 a surpris certains. Ne pensez-vous pas que les guinéens méritaient mieux ? 

BAH OURY :La Guinée mérite nettement mieux ! Nous avions une société nationale des chemins de fer qui a disparu. Nous avions des voies ferrées qui ont été parasitées, vendues comme s’il y avait des charognes qui se sont disputées la dépouille de la Guinée. Aujourd’hui, beaucoup de choses qui existaient auparavant n’existent plus. Nous revenons de très loin. A Conakry aujourd’hui, il est impossible de pouvoir circuler. D’une part, parce que les voies de communications ne sont pas nombreuses, la population est suffisamment dense, les citoyens qui n’ont pas les moyens ont du mal à se rendre à leur lieu de travail. Donc, personnellement je préfère une action, même si elle n’est pas totalement satisfaisante, qu’une absence totale de solution. C’est un premier pas qu’il faut saluer.

 Regardez la Chine d’aujourd’hui, il y a 40 ans la Chine prenait des pièces un peu partout à l’ex Union Soviétique pour colmater des camions. Mais ils avaient une ferme volonté de moderniser leur pays et d’aller de l’avant. Aujourd’hui, c’est le pays qui peut envoyer des fusées pour se poser à la lune et même au-delà. Tout dépend de la volonté qu’on assigne à une action. Et il faut commencer quelque part. Si on le fait bien, c’est mieux que de ne rien faire. Parce qu’entretemps, il y a des hommes et des femmes qui souffrent et les problèmes ne feront que s’accumuler. 

Une nouvelle crise couve entre la CENI et l’opposition qui rejette carrément le recrutement d’un opérateur technique local pour la révision du fichier électoral. Quelle est votre position sur cette question ?

Dans notre pays, on n’a l’habitude de se tirer les chignons sur des questions qui sont accessoires en laissant de côté l’essentiel. Le vrai débat devrait être celui de savoir est-ce que nous voulons d’un fichier électoral totalement assaini. Parce que c’est cela qui doit être l’objectif. Si les méthodes préconisées et la démarche suivie rentrent dans le cadre des recommandations des experts, des partenaires internationaux mandatés pour étudier le fichier, je n’en vois pas l’inconvénient.  A mon avis, l’essentiel est que les recommandations soient scrupuleusement suivies dans leur phase d’exécution. En tant que politique, on doit s’assurer que ces recommandations sont suivies. 

De l’autre côté, il y a un aspect qu’on oublie souvent. La CENI est à priori constitutionnellement indépendante. Donc elle est libre dans ses choix, dans ses prérogatives dans le processus d’organisation des élections dans notre pays. Le deuxième élément, la plupart des partis politiques de l’opposition et de la mouvance ont leurs représentants au niveau de la CENI en tant que commissaires. Je crois que dans notre pays, vraiment il faut qu’on cesse de créer des faux problèmes. La CENI doit travailler de manière professionnelle et de manière rigoureuse pour organiser des élections transparentes et crédibles. Permettre à la Guinée d’avoir un fichier totalement assaini. C’est cela son travail. Tout le reste, les enjeux des politiciens sont dérisoires par rapport à la nécessité d’organiser des élections crédibles. 

Et je dois rappeler que je m’étais insurgé contre la décision de l’ensemble des forces parlementaires qui ont accepté une loi électorale qui ampute constitutionnellement la CENI de son indépendance, en confiant le ministère de l’administration du territoire la question de la gestion des moyens que doit utiliser la CENI pour l’organisation des élections. Je pense qu’il faut de la constance, il faut de la rigueur et il faut aussi faire preuve d’honnêteté intellectuelle lorsqu’on aborde ces questions. 

Face à cette revendication de l’opposition, le chef de la majorité présidentielle Amadou Damaro Camaro dit que la mouvance est prête à aller aux élections avec ou sans l’opposition. Selon vous comment sortir de cette nouvelle impasse ? 

Très souvent, il y a une mauvaise volonté de part et d’autre. Si on veut organiser correctement les élections, on a l’obligation régalienne de le faire correctement. Auparavant il n’y avait pas de CENI, le ministère de l’intérieur organisait des élections. Dans ce pays, il faut que les gens soient sérieux. Malheureusement, nous manquons de gens dans la classe politique qui soient sérieux, honnêtes, vis-à-vis de la population guinéenne et vis-à-vis des institutions de notre pays. Tout est jeu, tout est manigance, tout est manipulation, et c’est la raison pour laquelle, nous ne parvenons même pas à organiser les élections correctement. 

Nous sommes incapables jusqu’à présent d’en finir avec des élections communales bientôt deux ans après leur tenue.  Parce qu’ils avaient voté une loi électorale de manière consensuelle entre eux, qui conférait une certaine méthodologie du choix des présidents de district et des chefs de quartiers. On leur avait dit que cela n’était pas bon, mais ils se sont entêtés et voilà ils ont mis le pays dans l’impasse. Toutes ces personnes qui parlent de gauche à droite ont une responsabilité par rapport à l’impasse dans laquelle le pays se trouve, tant pour les élections communales et maintenant ils veulent créer d’autres problèmes par rapport aux élections législatives. Monsieur Damaro par rapport à tout cela, a une forte responsabilité dans ce qui est en train de créer une impasse dangereuse pour la stabilité du pays. 

Pensez-vous qu’il est encore possible d’organiser les élections législatives avant la fin de l’année ? 

Déjà nous savons que de par les dispositifs réglementaires, les chefs de quartier et les présidents de districts jouent un rôle dans le cadre de l’organisation du processus électoral. Ceux-là ne sont pas installés en conformité avec les Lois du pays. On nous fait dire qu’il y a une Loi électorale qu’ils veulent faire voter pour installer des chefs de quartier et des chefs de district. C’est antinomique, c’est contraire à la Loi électorale qu’eux-mêmes contre vents et marrées ont adoptée. C’est celle-ci qui doit installer les Chefs de quartier et les présidents des districts. Ils doivent assumer leur responsabilité en la matière. Ils ont créé une impasse, donc à eux de trouver la solution, à eux d’aller jusqu’au bout du processus dans lequel ils ont engagé le pays. Après, comment pourrons-nous organiser de manière sereine dans le temps indiqué, les élections législatives qui présentent un autre enjeu, sans pour autant qu’on ait fini avec les élections communales ? 

Pendant ce temps vous annoncez votre candidature pour être élu député. Quelle stratégie allez-vous adopter pour y arriver ? 

Bien entendu, il faut avoir la confiance de la population, il faut rassurer l’écrasante majorité de nos compatriotes. Il faut faire en sorte qu’il y ait une offre politique que nous allons développer et qui permette aux guinéens de savoir qu’il y a d’autres manières de gouverner ce pays, en améliorant les conditions de vie des populations. Il faudrait que les uns et les autres sachent qu’il faut faire émerger des hommes et des femmes crédibles, sérieux, honnêtes et patriotes. 

La coalition de l’opposition démocratique (COD) lancé en grande pompe il y a quelques mois n’est plus l’ombre d’elle-même. Pourtant elle s’était fixée pour objectif d’offrir une nouvelle alternative aux guinéens. Pourquoi peine-t-elle à s’affirmer ? 

La coalition n’a pas éclaté mais il y a un enjeu qui va au-delà des intérêts catégoriels qui a nécessité de se retrouver dans un cadre beaucoup plus large pour essayer de faire prospérer la revendication majoritaire pour assurer la stabilité constitutionnelle dans notre pays. 

Des alliances sont-elles envisageables entre partis membre de cette coalition ? 

Bien entendu, il ne faut rien exclure ! D’ailleurs le fait de travailler ensemble, de créer des liens de confiance à un moment donné, c’est pour préparer une possibilité dans le cadre parlementaire de créer des dynamiques d’alliances, de coalitions qui peuvent permettre à des hommes et à des femmes appartenant à des partis différents de s’entendre et se donner la main, soit dans un groupe parlementaire pour que le parlement puisse effectivement jouer son rôle d’organe de contrôle, de propositions, et de supervision des actions de n’importe quel gouvernement. 

En tournant la page de l’UFDG, vous aviez annoncé que vous allez créer un parti politique ou adhérez dans un autre sous les couleurs duquel vous vous porterez candidat. Où en êtes-vous ? 

Le processus continue, mais ne vous inquiétez pas du tout, nous serons présents pour les législatives. Et nous serons présents avec l’aide de Dieu pour les prochaines élections présidentielles. 

Avez-vous déjà un parti ? 

Wait an see (attendons de voir, ndlr)

Il y en a qui émettent des doutes parce qu’il y a déjà beaucoup d’acteurs qui ont émis le souhait d’obtenir un agrément au niveau du département de l’administration du territoire, mais leurs dossiers sont bloqués depuis des mois. Disposez-vous d’un plan B ? 

Vous savez, il y a plusieurs chemins pour aller à Rome ! Nous avons été à maintes reprises bloquées par des actions occultes pour nous étouffer ou pour nous empêcher d’évoluer. Nous tenons compte de tout cela pour prendre les chemins qui nous permettront d’arriver à Rome sans pour autant nous mettre la corde au coup et donner l’autre bout à quelqu’un d’autre pour tirer. L’expérience que nous avons accumulée nous servira pour contourner maints obstacles qui ont été dressés et qui se dresseront devant nous. 

Au micro d’Africaginee.com Cellou Dalein Diallo a récemment déclaré que c’est vous aviez décidé de tourner la page de l’UFDG dès lors que vous commencé à travailler avec Alpha Condé pour déstabiliser le parti. Que répondez vous ? 

Je préfère répondre à des arguments solides, responsables, au lieu d’aller sur le chemin que ce monsieur veut m’amener. J’ai tourné la page, je veux travailler pour rassembler les guinéens, pour faire prospérer une offre politique crédible et solide. Je refuse d’être embarqué dans ces querelles. Ça ne m’intéresse plus, la page est tournée. 

Avec le recul, regrettez-vous d’avoir accueilli Cellou comme vous l’aviez fait avec le doyen Bâ Mamadou ? 

Le fait d’avoir accueilli le doyen Bâ Mamadou au moment où il était rejeté a été quelque chose de salutaire pour l’expérience politique dans notre pays et ça a conforté la consolidation du processus politique en Guinée. Si on ne l’avait pas fait, peut-être que beaucoup de choses se passeraient autrement malheureusement de manière négative. Il n’y a pas à regretter ce qui a été fait. A chaque chose il faut tirer les bonnes leçons. Personnellement ça m’a beaucoup enrichi en termes d’expériences, et ça m’a permis de mieux connaitre la société guinéenne, sa société politique et de comprendre beaucoup de choses qui se sont passées il y a plusieurs décennies. C’est quelque chose d’extrêmement important et de formateur. Je l’utiliserai pour éviter de répéter les mêmes erreurs. 

Dans la foulée vous aviez annoncé que vous adresserez aux militants de l’UFDG. Que leur diriez-vous ? 

Ça sera une adresse publique qui va se faire au plus tard dans les deux semaines. 

Comment ça se fera ?

Il y a plusieurs voies comme vous l’avez indiqué. On utilisera les moyens les plus adaptés pour que chacun se sente directement concerné. On fera en sorte que le message soit perçu partout. 

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Mercredi 21 août 2019 à 13:16