Egypte : Comment vivent les étudiants guinéens ?

Reportage
Des étudiants guinéens en Egypte
Des étudiants guinéens en Egypte

LE CAIRE- Reliant l'Afrique du Nord-est et le Moyen-Orient, l’Egypte le pays des Pharaons attire de nombreux étudiants guinéens. Au Caire, la capitale peuplée de 22 millions d’habitants, on ne compte pas moins de 600 guinéens qui fréquentent de grandes universités, des instituts ou encore des centres de mémorisation du coran appelé Markaze. Leurs filières d’étude sont aussi diverses que variées : médecine, ingénierie, traduction, droit, journalisme, Lettres modernes entre autres. Comment vivent-ils ? Quelles sont les principales difficultés ? Africaguinee.com est allé à leur rencontre.

Comme dans la plus part des pays, la vie en Egypte n’est pas facile. Dans le pays des pharaons où le PIB par habitant est de 2412 Us, la vie des étudiants ne se passe pas sans anicroches. L’on est obligé de lier petits boulots et étude pour pouvoir s’en sortir. Les étudiants guinéens au Caire s’organisent en association. Si généralement, tout se passe dans des conditions acceptables, il y a cependant des cas difficiles qui surviennent. La délinquance de certains. Ce n’est pas tout. Le faible niveau des boursiers notamment qui arrivent en Egypte est un véritable souci.  

Nous nous sommes rendus à Marg, un quartier pauvre de la haute Banlieue situé  à l’Est du Caire. C’est un endroit privilégié des guinéens et d’autres subsahariens moins nantis. Là, la vie est moins coûteuse. Le logement, la nourriture et d’autres commodités de la vie moderne (électricité, eau courante, gaz) sont accessibles à moindre coût. C’est dans ce quartier que nous retrouvons Barry Mamoudou installé au Caire depuis 7 ans pour des raisons d’étude. Il est aujourd’hui le président des étudiants guinéens en Egypte.

 « Nous défendons tous les étudiants guinéens qui sont là bien que ce n’est pas tout le monde qui adhère à notre association. En cas de problème nous ne distinguons pas ceux qui sont membres à ceux  qui ne le sont pas. Nous sommes autour de 600 étudiants guinéens. Voyant ce chiffre, on comprend clairement que la Guinée fait partie des pays qui ont moins d’étudiants ici comparativement à des pays comme le Nigeria, l’Indonésie, le Pakistan qui comptent chacun entre 18000 à 20000 étudiants. La venue des étudiants guinéens ici est liée aux  relations entre la Guinée et l’Egypte. Ceux qui viennent dans le cadre des bourses sont orientés à  l’université Al-Hazar. Chaque année, l’université recevait entre 15 à 20 étudiants guinéens avant 2012. Les autres viennent s’inscrire eux-mêmes dans les collèges, lycée et instituts du pays où dans les centres de mémorisation du coran. Depuis l’année 2012 nous ne savons pas ce qui se passe. Nous avons appris que le gouvernement guinéen aurait  arrêté parce qu’il ne voit pas l’importance d’étudier l’arabe seulement. Mais vous avez vu le contraire sur le terrain parce que ce n’est pas la langue arabe seulement qu’on enseigne ici, il y a plusieurs facultés. Des guinéens font la médecine ici, les lettres modernes, la traduction, le droit, le journalisme, l’anglais et l’ingénierie », explique-t-il.  

Les bousiers de l’Etat son payés trimestriellement. Dans l’année, un étudiant perçoit 1000 dollars us. Une somme dérisoire qui permet de vivre  toute l’année. Les étudiants sont tenus obliger d’avoir d’autres sources de revenus pour pouvoir joindre les deux bouts. L’ambassade de Guinée basé au Caire est en contact direct avec les étudiants boursiers de l’Etat. A ce niveau tout se passe bien, confie Mamoudou Barry. « A chaque fois que la bourse est payée, l’ambassadeur nous appelle, venez prendre vos bourses. Nous sommes en contact avec les étudiants guinéens au Maroc, en Algérie ainsi qu’en Russie une fois que c’est payé chacun aura son morceau, la bourse s’élève à 1000 dollars par an, elle est payée par trimestre (3 mois) », explique le président des étudiants guinéens basés au Caire.

Rétrogradation…

Le faible niveau de certains étudiants entraine des rétrogradations. Ils sont nombreux  ces étudiants guinéens à être rétrogradés au lycée voire même au collège à cause de leur faible niveau ou à cause de la non-reconnaissance de leurs certificats d’admission au bac en Guinée. Ces derniers sont obligés de remonter la pente par une rigoureuse remise à niveau d’examens et concours, révèle M. Barry.

« Notre principal difficulté ici, avant quand tu venais de la Guinée, tu fais un an de préparation pour accéder dans une université comme Al-hazar ou dans d’autres. Mais depuis 10 ans maintenant, si tu viens même si tu as déjà ton bac en Guinée on te rétrograde au lycée ou au collège même. Moi-même j’ai été victime. Après avoir passé mon bac unique en Guinée, j’ai étudié une année à l’université de Conakry avant de venir au Caire, malgré tout c’est en 12ème année que j’avais été installé. Nous étions obligés de postuler des candidatures pour accéder à l’université. En ce qui me concerne, j’ai presque terminé l’université je suis en master maintenant. C’est à l’ambassade d’Egypte à Conakry qu’il faut postuler  suivi d’un test sur place après nous sommes venus retrouver nos dossiers ici. Arrivés, ils nous ont dit que nos certificats ne sont pas valables, il faut absolument retourner au lycée. Récemment nous avons rencontré Dr Mohamed Diané, ministre de la défense  lors d’une visite de travail pour lui expliquer le problème, il dit qu’ils sont au courant de tout à travers l’ambassadeur, ils verront comment augmenter le nombre des boursiers, le traitement et surtout voir par rapport à la rétrogradation des étudiants guinéens en Egypte », révèle notre interlocuteur.

Gagner 200 à 250 dollars par mois

Mamadou Mitty, étudiant en droit islamique que nous avons rencontré explique aussi  ses difficultés. « Ce n’est pas facile de vivre à l’étranger. Nous nous débrouillons un peu dans certaines activités après les cours. Beaucoup d’étudiants fréquentent les centres d’appels. C’est est une activité très répandue ici. Vous pouvez gagner entre 200 à 250 dollars le mois. Tout dépend de l’effort fourni. D’autres  aussi  vont dans les centres commerciaux travailler quelques heures après les cours. Moi personnellement à l’université, j’ai cours  de 8heures à 13heures. Après je vais au travail où j’y reste jusque dans la soirée, je rentre à la maison. C’est comme ça que j’arrive à joindre les deux bouts avec un l’appui de l’Etat qui est la bourse d’entretien. Les étudiants sont nombreux mais il y a très peu de filles.  Le chiffre est compris entre  10 et 15 les filles venues de la Guinée pour des études », explique cet étudiant.

Mamadou Bobo Diallo a  passé 6 ans au Caire. Il fait la 3ème année à l’université Al Azhar. Il dénonce le comportement de certains guinéens. « Depuis 2014 des guinéens installés ici font des écoles coraniques pour la mémorisation du coran. Ça nous crée assez de problèmes. Ils ouvrent ces écoles coraniques sachant bien qu’ils n’ont pas le temps. Vu qu’eux-mêmes étudient, cherchent du travail, ils font des démarches pour leur intégration comment un enfant peut étudier avec eux ?  Les parents des enfants restés au pays  veulent que leurs enfants apprennent tout à la fois.  Ils te diront que mon enfant va faire l’anglais, l’informatique, l’arabe et la mémorisation du coran alors que l’enfant en question ne peut faire tout ça à la fois. Ici la première condition il faut maitriser l’arabe, sans l’arabe tu ne peux rien faire ici. Tu peux rester chez nous mémoriser le coran en un an sans maitriser l’arabe mais quand tu viens ici c’est autre chose, c’est impossible parce que la langue il faut avoir une bonne diction. Chez les égyptiens on te demande si tu maitrises l’arabe à défaut on te laisse tranquille. Certains ont mémorisé le coran en Guinée, ils sont venus pour se performer ici, ils peuvent faire 2 mois avec la Fatiha sans passer parce que nous prononçons mal. Et les arabes ne te laissent pas passer tant que tu ne prononces pas correctement, beaucoup se découragent. Nos langues et l’arabe ne sont pas compatibles à la prononciation. L’autre problème avec les adolescents qu’on envoie ici si tu n’as pas 18 ans tu ne peux pas t’inscrire dans une grande école comme Al Hazar, les enfants dont l’âge varie entre 10 et 16 sont souvent envoyés ici. Mais il faut au moins les 18 ans pour pouvoir y accéder. Ils sont très rigoureux sur ça. Aucune autre école ne l’accepte c’est pourquoi ils vont vers les écoles coraniques», précise M. Diallo.

Diplômé en hôtellerie et tourisme de l’académie internationale Daoulin à Tahrir, Mamadou Sidy Barry dénonce le manque de niveau notoire des étudiants guinéens. Installé avec toute sa famille en Egypte il trouve cette situation inadmissible. Il interpelle les parents.

 «Actuellement il y a trop de délinquants parmi ces enfants de 16 ans ou 17 ans. Nous faisons souvent la médiation entre les enfants, leurs tuteurs et leurs parents au pays, nous faisons des sensibilisations afin qu’ils comprennent mais ce n’est pas facile. Ces enfants viennent nous déranger ici, puisqu’ils ne s’inscrivent pas pour suivre les cours et ils ne s’entendent pas avec leurs tuteurs. Alors que le but de leur venue c’est dans l’espoir de faire des bonnes études. Nous avons des problèmes quand les parents amènent leurs enfants, on les confie à une personne un tuteur, mais le plus souvent les parents de l’enfant au pays donnent du pouvoir à l’enfant, tout ce que l’enfant dit on prend pour argent comptant  (…)  Il arrive des moments où lorsque le tuteur parle, l’enfant n’écoute pas, du coup nous les séparons. Ce n’est pas une bonne chose. Les enfants qui viennent ici pour continuer les études. Mais  il se trouve  que la formation de base reçue en Guinée est très mauvaise.  Ils n’ont aucun niveau en français à plus forte raison l’anglais ou l’arabes. C’est difficile de corriger tout ça surtout lorsque l’enfant est têtu.  Par après les parents restés en Guinée accusent les tuteurs alors que c’est un enfant mal éduqué, mal encadré au pays qu’on nous envoie ici » a dénoncé M. Diallo.

Il faut préciser qu’au-delà de ce problème estudiantin, les guinéens sont confrontés à des difficultés d’intégration ou d’obtention de titre de séjour. Pire, l’exploitation des femmes venues de la Guinée par des réseaux mafieux bien organisés, est fréquente. Ce qui fera l’objet d’un autre reportage à lire bientôt sur Africaguinee.com.

 

Alpha Ousmane Bah(AOB)

Depuis le Caire pour Africaguinee.com

Tél. : (+2) 012 787 309 52

Créé le Mardi 02 juillet 2019 à 13:50