Floraison de mouvements contre le 3ème mandat : Force ou handicap ?

Lutte contre le troisième mandat
Bailo barry, leader du mouvement anti troisième mandat les Gilets Rouges
Bailo barry, leader du mouvement anti troisième mandat les Gilets Rouges

CONAKRY-La floraison des mouvements de lutte contre le troisième mandat d’Alpha Condé est-elle une force ou un handicap ? Bailo Barry leader du nouveau mouvement les gilets rouges vient de lever l’équivoque. Dans une interview accordée à notre rédaction, cet acteur de la société civile lance également un ultime appel au Président de la République. Entretien exclusif !!!

AFRICAGUINEE.COM : On a constaté ces derniers temps la floraison des mouvements contre le  3ème mandat d’Alpha Condé. Est-ce une force ou un handicap selon vous ?

BAILO BARRY : Moi je crois que cela a beaucoup d’avantages que d’inconvénients. La Guinée n’est pas comme les autres pays. La Guinée est un pays spécial qui a ses spécificités. C’est comme si vous prenez par exemple, en termes de langues,  on n’a pas une langue commune. Aujourd’hui au niveau de la Guinée, il serait difficile de mettre tout le monde autour d’un même mouvement ou d’une même synergie pour un début. Vous savez déjà les divisions qui existent entre les structures que ce soit au niveau de la presse, que ce soit au niveau de la politique, que ce soit au niveau social. Il y a des divisions un peu partout. Mais aujourd’hui la mise en place de toutes ces structures-là c’est pour un objectif commun. Donc je me dis qu’il n’y a pas d’inconvénients de mettre en place plusieurs mouvements.

Ces mouvements-là chacun dans sa constitution a des valeurs et aussi des stratégies de mobilisation parce que l’objectif de tout mouvement, c’est de pouvoir mobiliser au maximum et d’aller vers son objectif. Lorsque chaque mouvement travaillera à la base à mobiliser plus de personnes, le jour où nous voulons réellement agir, tous ces mouvements-là se mettront en synergie d’action pour pouvoir réellement barrer la route à  ceux qui sont prêts à tripatouiller la Constitution. Que ce soit un glissement de pouvoir, que ce soit une nouvelle Constitution ou un 3ème mandat, de toutes les façons tous ces mouvements ont un même un objectif : c’est tous contre un éventuel 3ème mandat.

Voulez-vous dire que  tous ces mouvements : FNDC, Gilets Rouges, Brassards Rouges vont se retrouver à la fin pour mener la lutte ensemble ?

Oui ! C’est surtout ça l’objectif parce qu’il y a une bonne partie de la population, nous surtout au niveau des Gilets Rouges c’est ce qui nous a réellement poussé à mettre en place ce mouvement. Ce qu’on a constaté à la naissance du FNDC, ce qu’il est constitué de partis politiques, de la société civile et des syndicats et il y a une bonne partie de la population qui souhaiterait agir mais pas avec les politiques. Donc, on s’est dit il est intéressant et important voire nécessaire de mettre en place un mouvement social qui a un caractère social et apolitique pour pouvoir réellement répondre aux besoins de cette partie de la population dont la participation est importante.

(…) Nous nous plaçons au centre pour dire à tous les mouvements que notre objectif, ce n’est pas de nous clacher entre nous mais plutôt de rester solidaires. Mais chaque mouvement est libre, autonome, indépendant de pouvoir constituer ses membres, de mobiliser plus de citoyens au tour de ses valeurs pour qu’enfin lorsque le moment viendra que toutes ces énergies-là soient associer en synergie pour pouvoir agir. Le cas de l’Algérie par exemple, c’est des pays qui sont beaucoup en avance que nous en termes de démocratie. Ils ne connaissent pas cette question d’ethnie ou de régionalisme même s’il y en a ce n’est pas comme chez nous. Aujourd’hui tout est ethnicisé, politisé dans ce pays. Raison pour laquelle quel que soit ce que tu as envie de faire de bon tout à l’heure ils trouveront une étiquète négative à te coller pour dire oui tu roules pour Paul ou pour Pierre. Et quand vous prenez le cas du Soudan, c’est exactement la même chose mais aujourd’hui voilà des peuples qui ont réellement souffert finalement, ils ont décidé de prendre leur destin en main parce qu’ils ont compris que c’est la seule manière, le seul chemin par lequel ils peuvent passer pour trouver leur liberté, leur indépendance et leur bien-être.

Aujourd’hui le peuple de Guinée doit s’inscrire dans cette logique-là, à se mobiliser et à faire face réellement à tout ceux qui s’organisent actuellement pour un éventuel 3ème mandat, leur barrer la route. Au fait, c’est un groupuscule qui s’est formé, qui a de l’argent parce que pendant 8 ans au pouvoir ils se sont fait beaucoup d’argent et il y a une bonne partie des forces de l’ordre qui les supportent et la population ne doit pas avoir peur de ça. Aujourd’hui nous devons être un mouvement social, pacifique tout en respectant les lois de la République. Aujourd’hui nous avons beaucoup plus intérêt que la Guinée ne prenne pas feu. Et je crois que le premier responsable, celui qui sortirait heureux de toute cette situation-là c’est le Président de la République parce que je dirai qu’il a tout à gagner, il s’est battu pendant plus d’une trentaine d’années selon lui pour la démocratie et à être surtout à la tête de ce pays. Dieu a exaucé ses vœux à travers la volonté de la population également. A partir de là, c’est un contrat social qui nait entre lui dirigeant et les dirigés, il doit respecter cela.

 Aujourd’hui, s’il a envie de sortir par la grande porte avec tous les honneurs,  ce qu’il doit accepter qu’à la fin de ces deux mandats qu’il rende le pouvoir et qu’il parte se reposer, il est très âgé même s’il n’est pas fatigué mais ce qui serait bon pour lui et pour la population c’est de partir honorablement. Parce que je vous dis aujourd’hui, que Dieu nous épargne des violences parce que quand la Guinée retombe dans la violence aujourd’hui, nous serons partis pour plusieurs années en retard. Que Dieu nous évite cela. Et la seule personne qui a la possibilité et la capacité de le faire, c’est monsieur Alpha Condé le Président de la République. Il faut qu’il soit au-dessus de tout et qu’il voie la Guinée et les guinéens, qu’il voit lui-même sa paix parce que ce n’est pas dans le sang qu’il a pris le pouvoir, que Dieu fasse qu’il le rende aussi dans la plus grande sérénité. C’est ce que nous souhaitons.

Et si jamais le Président Alpha Condé extériorise ce que les gens manifestent pour dire qu’il va soumettre au peuple de Guinée une nouvelle Constitution à un référendum, quelle sera votre réaction ?

Non ! Ça ce n’est pas du tout négociable. Que ce soit une révision de la Constitution ou un glissement du pouvoir ou bien une nouvelle Constitution pour un 3ème mandat, le peuple n’acceptera pas. Parce qu’il ne peut pas manquer de respect à la Constitution qui l’a élu, la Constitution avec laquelle il a travaillé durant ces 8 années. S’il avait des ambitions ou s’il avait de l’insuffisance dans cette Constitution, il aurait pu le proposer et l’inclure même dans son projet de société pendant les campagnes électorales en disant dans son discours qu’il se présente à ces élections, mais qu’il porte des réserves sur cette Constitution et que lorsqu’il sera élu, il va réviser la Constitution. S’il l’avait, fait, on serait d’accord avec lui. Ou bien, dès son arrivée au pouvoir qu’il dise au peuple que cette Constitution a des insuffisances et qu’il est important que nous partions au référendum ou qu’on puisse tout de suite avoir une nouvelle Constitution pour la Guinée, là on pouvait le comprendre. Mais aujourd’hui, la Constitution qui a servi à l’élire, la Constitution qui l’a servi de briguer presque tout son mandat, il ne peut pas aujourd’hui considérer cette Constitution comme un chiffon. Il faudrait réellement qu’il respecte le peuple et qu’il sache qu’il y a un contrat social qui lie les gouvernants aux gouvernés et cela est à respecter.  C’est la raison pour laquelle, je demanderai également au peuple de se mobiliser mais de manière pacifique, sans violence pour demander à monsieur Alpha Condé avec tout le respect dû à son rang, au moment où il va terminer son mandat de partir se reposer et de céder le pouvoir aux autres guinéens.

La Guinée appartient au 12 millions de guinéens, la Guinée n’appartient pas à une ethnie, à une région, à un individu ou à un groupe de personnes, la Guinée appartient à tous les guinéens, nous avons tous les mêmes droits. Mais pour vivre en société il faut s’organiser, on décide de prendre quelqu’un, de le porter confiance et lui confier notre destin pour qu’il puisse travailler et nous accorder le bien-être. Tout son mandat n’est pas négatif, il y a des acquis qu’on reconnait de passage, il a fait ce qu’il peut mais bien sûr qu’il y a beaucoup des défis aussi qui restent, on a un problème d’eau, problème d’électricité, on a cette question de gestion des déchets qui est là, il y a l’éducation avec toutes ces crises, il y a le côté santé qui a ses problèmes, mais à un certains moments on dit que l’administration est une continuité, ses projets seront exécutés par d’autres guinéens de toutes les façons. S’il (Président Alpha Condé ndlr) aime la Guinée et les guinéens, c’est ce que la majorité des guinéens veut. D’ailleurs, au-delà de la volonté ou d’une demande de la population, c’est une question qui ne se pose pas, ça doit être un non-événement, sans débat. Tu connais les règles, tu les respecte c’est aussi simple que ça. On a dit 2 mandats, il fait ces deux mandats il s’en va, il n’y a pas de négociations. Qui n’aime pas le pouvoir et l’argent ? Aujourd’hui Obama a quitté au pouvoir aux Etats-Unis ce n’est pas parce qu’il ne voulait pas rester mais c’est parce que la loi ne l’autorise pas de rester.

Le pouvoir est doux, c’est sucré mais à un certain moment il faut qu’on respecte les règles. S’il (Président Alpha Condé ndlr) est intelligent, aujourd’hui il pourrait même demander à la population de l’aider à partir dans la plus grande sérénité et responsabilité parce qu’on sent même qu’il est pris en otage, il souffre de quelque chose, il souffre de son entourage et il souffre d’un système. Monsieur le Président de la République, vous avez vu ce qui s’est passé en Algérie, au Soudan et même dans d’autres pays il y a quelques années, nous vous demandons s’il vous plaît il faut respecter le contrat social, respecter la Constitution et les institutions de la République parce que nous ne céderons pas et le peuple à enfin décidé de prendre son destin en main et cela est valable pour tout le continent. C’est le printemps qui a sonné, les années 2020 c’est la révolution juvénile pacifique, elle est née et elle ne va pas s’arrêter. Vous vous rappeler les années ‘’60’’ donc les années ‘’20’’ aussi c’est la même chose, c’est la révolution, c’est le changement, il faut l’accepter.

Interview réalisée par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel (00224) 666 134 023

Créé le Dimanche 14 avril 2019 à 14:59