Dr Faya : « Il faut une transition en Guinée, mais sans Alpha Condé… »

Interview
Dr Faya Millimono, leader du Bloc Libéral
Dr Faya Millimono, leader du Bloc Libéral

CONAKRY- Que faut-il faire pour qu’il y ait une alternance démocratique en Guinée ? Dr Faya Millimono pense connaître le petit secret. Le leader du « Bloc Libéral » préconise une nouvelle transition en Guinée. Mais, prévient-il, sans Alpha Condé.

Dans cette interview qu’il a accordée à notre rédaction, Dr Faya Millimono dresse un réquisitoire très amer du fonctionnement et des stratégies de l’opposition. Exclusif !

 

AFRICAGUINEE.COM : Les élections législatives pointent à l’horizon. Allez-vous diriger une liste de votre parti à ce rendez-vous ?

FAYA MILIMOUNO :Au début de l’année 2018, le Bloc Libéral a publié une déclaration dans laquelle nous avons alerté le peuple de Guinée et la classe politique notamment sur des crises qui pointaient à l’horizon, il fallait travailler à les éviter. Nous avions fait cette déclaration à l’époque parce que les députés s’apprêtaient à réexaminer le budget rectificatif. Notre objectif était d’interpeler à la fois nos collègues de l’opposition qui sont à l’Assemblée Nationale et ceux de la mouvance que ce n’est pas à la fin de l’année 2018 qu’il faut se rappeler que le mandat de nos députés élus en 2013 va expirer et qu’on aura plus d’Assemblée légitime à partir du 5 avril 2019. Personne n’a écouté. Nous allons tout droit vers une période transitoire à partir d’avril prochain. Parce que nous savons déjà ce que la gouvernance du Pr Alpha Condé signifie. Même dans les conditions normales avec une Assemblée devant, une Cour Constitutionnelle, une Cour Suprême, la violation des lois continue de plus belle. Maintenant que nous n’avons pas des représentants du peuple même mal élus, ça veut dire que nous commençons une période transitoire. Le souhait pour moi et pour mon parti est que nous nous donnions les mains pour que cette période transitoire qui va commencer soit sans le Pr Alpha Condé qui n’aura pas donc été capable de faire fonctionner les institutions comme il l’a prêté serment. 

Le serment du Pr Alpha Condé c’est de veiller au respect de la Constitution, à ce que les Institutions fonctionnent correctement. Il n’aura pas été capable de respecter ce serment-là, il faut qu’on se donne les mains pour qu’avant le 5 (avril 2018 ndlr) nous pussions remercier le Pr Alpha Condé, nous allons ouvrir une période transitoire qui permettra aux guinéens de remettre le pays sur les rails sinon nous allons dire au revoir à notre ambition de démocratisation, à un Etat de droit parce que déjà nous ne sommes plus dans un Etat de droit. Un Etat de droit c’est d’abord, l’Etat dans lequel le respect de la loi est de rigueur. Pour nous, on ne parle pas d’élection, nous allons à l’ouverture d’une période transitoire alors si nous voulons faire des élections, faisons les de la bonne manière cette fois ci. Comment ? Nous avons été de ceux qui ont interpelé le peuple de Guinée, les acteurs politiques notamment de ne pas faire rentrer ce pays-là dans une sorte d’entonnoir d’élections pour qu’on en parle tous les ans. Aujourd’hui tous les ans on parle d’élections, ce qui fait d’ailleurs que le BL en a marre, les guinéens ont d’autres problèmes ailleurs, leurs enfants ne vont pas à l’école, les guinéens sont soumis à une pauvreté extrême, les guinéens n’ont pas de routes, ils meurent tous les jours sur les routes, l’insécurité gagne du terrain, l’injustice se développe, voilà là où se trouve la préoccupation première des guinéens. 

Mais nous les acteurs politiques le matin nous parlons d’élection, le soir nous parlons du fichier électoral, à midi nous parlons de la CENI, tout est lié aux élections parce que c’est l’entonnoir dans lequel on a mis le peuple de Guinée. Il faut sortir de ça et faire des élections de la bonne manière. Donc ce qui est un problème, faisons de ça une opportunité. A partir du 5 (avril 2018 ndlr) c’est une période transitoire, elle va échouer si Alpha est en place. Pour qu’elle réussisse il faut faire partir Alpha. Si Alpha s’en va et nous ouvrons cette période transitoire à partir du 5 (avril 2018 ndlr) nous pouvons penser organiser même si c’est quelques années plus tard des élections mais en bonne et due forme, toutes les élections à la fois. Parce que même les élections locales qu’on est en train d’organiser ça fait maintenant un an bientôt, je ne suis pas sûr qu’à cette allure nous allons finir les élections locales en Guinée même en 2020. Parce que l’élection locale a beaucoup de conséquences.  Non seulement ça permet d’installer les conseils communaux dans 342 communes qu’on n’a pas encore fini d’installer, mais bientôt un an après qu’on ait eu le scrutin le 4 février (2018 ndlr), nous avons plus de 4 000 quartiers et districts où il faut installer les conseils en combien de temps et de quelle façon ? Ensuite, il faut installer des conseils régionaux dans huit (8) régions administratives, tout ça ce sont les élections locales, je ne suis pas certain qu’elles puissent  être terminées. Donc on peut profiter du problème qu’Alpha lui-même a créé pour en faire une opportunité pour qu’à partir du 5 avril prochain commence une période transitoire. Et j’insiste sans le Pr Alpha Condé si nous voulons qu’elle réussisse. Comme ça nous allons nous donner un temps en mettant en place des institutions transitoires, un exécutif transitoire, un législatif transitoire, le judiciaire transitoire, on va ré-questionner notre Constitution, ça va nous permettre de emettre le pays sur les rails et poursuivre notre ambition de démocratisation et de construction d’un Etat de droit. 

Plusieurs observateurs n’écartent plus l’éventualité d’un report de ce scrutin. Avez-vous les mêmes craintes ?

Ce n’est pas un report. Il n’y aura pas d’élections. C’est-à-dire si les élections ont eu lieu c’est encore une démission de tout le monde. Si nous voulons faire les choses faisons les bien. Il ne suffit pas qu’on parle des élections pour qu’elles nous apportent du bonheur. Alors si nous voulons avoir des élections qui permettent au peuple de Guinée d’avoir l’espoir en l’avenir de la jeune guinéenne, de comprendre que oui la vie est possible chez nous faisons ces élections de la bonne manière et pour les faire de la bonne manière il ne s’agit pas de rentrer dans une autre précipitation pour nous ramener à la case de départ. Constatons que le Pr Alpha Condé n’a pas été capable de respecter son serment, même le fait de ne pas avoir l’Institution Judiciaire, la seule compétente pour juger le Président en cas du non-respect du serment et du non-respect du serment. Alors constatons tout cela pour dire à monsieur le Président vous n’avez pas été capable de respecter votre serment et donc vous avez rendu notre démocratie du n’importe quoi, nous voulons remettre la Guinée sur les rails de la démocratie, de l’Etat de droit. Je vais dire une chose, ou les guinéens tous ensemble on se donne les mains pour faire ce que je suis en train de dire ou nous allons complètement rendre officielle notre sortie du cadre républicain. 

La Guinée est déjà gérée non pas en fonction de la Constitution et la loi, mais en fonction de la volonté d’Alpha Condé et de ses ministres. Le jour où l’Assemblée nationale va expirer et qu’on ne soit pas capable de mettre le Pr Alpha Condé de côté et ouvrir une période transitoire, alors je demande aux guinéens de trouver en attendant le temps d’aller en Sierra Léone.

Vous êtes ancien candidat à l’élection présidentielle de 2015 à laquelle vous étiez arrivés 4ème. Mais la nouvelle loi sur la CENI qui vient d’être promulguée exclut de facto votre parti à pouvoir désigner un représentant au sein de cette institution. Etes-vous choqués ? 

Oui nous sommes choqués non pas parce que nous ne serons pas là. Il y a même dans les démembrements où de manière illégale on nous a empêché d’avoir des représentants mais cela ne nous a pas empêché d’avoir la 4èmeplace après les élections présidentielles de 2015 et d’avoir également la 4èmeplace après les élections locales de 2018. Nous sommes choqués parce que les violateurs de nos lois et de notre Constitution ne sont pas seulement ceux qui sont au pouvoir mais l’opposition en fait partie. Il faut remonter à l’année 2015 peu avant les présidentielles pour lire l’accord qui a été signé et qui avait demandé que la CENI change. Ils étaient tombés d’accord que la CENI et sous sa forme actuelle et sous son fond actuel qu’elle change. Et pour qu’elle change, il fallait plutôt aller vers une CENI technique. Aujourd’hui comment on appelle la CENI qu’on a ? Ce qui nous fait de plus mal dans notre pays c’est qu’en tant qu’acteurs politiques nous sommes en train tous les jours de dire que nous nous battons pour les valeurs et des principes, mais pour quelles valeurs et pour quels principes ? En réalité toutes ces choses qu’on est en train de vivre, contrôler tel quartier, telle commune, avoir telle élection pour ceci et cela, ce n’est pas pour que le développement vienne en Guinée, c’est pour que chacun ait la main libre de manipuler les résultats des élections aux prochains scrutins. C’est pourquoi il faut dire et faire clairement le constat que la Démocratie tel qu’elle se pratique aujourd’hui en Guinée c’est un échec. Si nous voulons reprendre la main pour remettre la Guinée sur les rails,  je le répète le Pr Alpha a violé son serment il faut le mettre de côté. (…) Alors c’est en 2019 qu’il faut prendre des grandes actions, pour cela j’interpelle la société civile consciente et les partis politiques conscients qui veulent vraiment un Etat de droit et une démocratie dans ce pays à se donner les mains pour en finir sinon tel que nous sommes en train de voir les choses aller ça sera toujours du bonnet blanc, blanc bonnet. 

Cette CENI là qu’on est en train de vouloir remettre en place ne sera pas différente de celle qu’on est en train d’enterrer, donc les problèmes ne seront pas différents. On aurait dû s’asseoir pour se demander quelles sont les compétences dont on a besoin dans le cadre d’une CENI technique. On se serait même limité à sept (7) membres ou au plus à 9 membres, on s’inspirerait de l’organe des élections en Sierra Léone, du Libéria, du Ghana. Au BL on avait fait la revue de littérature des modèles d’organes de gestion des élections dans plusieurs pays et c’était en prélude à la conception de ce modèle technique en Guinée. Mais au moment où la discussion a commencé, même nos amis qui sont à l’Assemblée Nationale et qui appartiennent à la fameuse opposition républicaine ne nous ont pas dit qu’on parlait de la CENI parce qu’on voulait simplement mettre la scie pour que d’autres ne soient pas représentés. Non ! Ce n’est pas pour la République qu’on est en train de travailler, le BL travaille pour la République c’est pour cette raison que vous voyez parfois des différences. 

L’alternance tient à cœur l’opposition dans sa globalité. Selon vous, qu’est-ce qu’il faut pour favoriser ce changement de régime en 2020 ? 

Laissons de côté 2020 parce qu’il faut être dans une logique. S’il n’y a pas d’élection pour renouveler l’Assemblée, il n’y en aura plus d’alternance, parce que ça ne se fera pas dans les délais, parce que respecter la loi c’est respecter la loi dans les délais. La forme précède le fond en matière de procédure. Ne parlons plus d’alternance en 2020, parlons de la période transitoire à commencer le 5 avril prochain. C’est là que nous pouvons remettre notre pays sur les rails, revoir les Institutions dont certaines sont bidons qui sont toutes d’ailleurs aujourd’hui dans des édifices privés, construits par l’argent volé dans les caisses de l’Etat et surfacturé aujourd’hui pour permettre à la Guinée de mourir davantage. Il faut qu’on se réveil et là je dis au peuple de Guinée, c’est maintenant que nous devons nous réveiller, nous sommes dans une trahison sous toutes ses formes. Donc si on continue à répéter la même chose alternance en 2020, nous allons continuer à dormir en pensant que c’est dans deux ans, non ! C’est dans quelques mois que nous devons poser des actes responsables vis-à-vis de l’avenir de notre pays. Dire à Alpha vous n’avez pas pu respecter votre serment donc vous partez. Si vous continuez à parler de 2020 vous allez continuer à endormir les guinéens, en attendant un avenir qui n’arrivera jamais. Il n’y aura pas d’alternance en 2020, si nous attendons ça Alpha sera le seul à bord même ces gens mal élus qui étaient à l’Assemblée Nationale ne seront plus là et donc il va légiférer par des ordonnances et vous savez ce que cela signifie ? Il y a l’Assemblée devant lui qui n’a jamais osé mettre en place une commission parlementaire d’enquête pour enquêter sur la mort des guinéens, sur les scandales qui ont éclaboussé le Gouvernement, maintenant il n’y aura plus tout ça, non ! Qu’est-ce qu’on doit faire à partir du 5 avril 2019 pour donner la chance à la Guinée de revenir sur les rails de la démocratie et de l’Etat de droit ? C’est d’ouvrir une période transitoire. 

Avez-vous un dernier mot ? 

Vous me permettrez de m’acquitter d’un devoir. Celui de souhaiter à tous les fidèles chrétiens du pays qui ont eu la fête de la natalité, joyeux noël à vous. Toutes les prières que vous avez formulé que Dieu les entende et que Dieu nous donne le courage et la force d’ouvrir la période transitoire en 2019 exactement le 5 avril. Je vais dire aussi à l’ensemble des guinéens, musulmans, chrétiens, animistes bonne et heureuse année 2019. Elle sera bonne et heureuse lorsqu’on va réussir à commencer la période transitoire en avril prochain. Préparons-nous pour cela, je souhaite que Dieu nous protège, que Dieu continue à nous guider parce que l’avenir de la Guinée c’est Dieu qui va nous protéger bien entendu mais c’est nous qui allons dire vers où nous voulons aller.

 

Interview réalisée par Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

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Créé le Samedi 29 décembre 2018 à 12:03