Faya Millimono accuse: "Alpha Condé et l'opposition dirigée par Cellou ont violé la loi..."

Interview
Dr Faya Milimouno, leader du Bloc Libéral
Dr Faya Milimouno, leader du Bloc Libéral

CONAKRY-Pourquoi  Dr Faya Milimouno a pris ses distances vis-à-vis de ses pairs de l’opposition dirigée par Cellou Dalein Diallo ? Le leader du Bloc Libéral vient de révéler les dessous de ce froid glacial qui existe entre lui et le chef de file de l'opposition guinéenne. Dans cette première partie d’une interview grand-format accordée à notre rédaction, l’ancien candidat à l’élection présidentielle fustige l’attitude "accommodante" de l’opposition face au pouvoir d’Alpha Condé. Sans langue de bois, l’opposant dresse un sévère réquisitoire contre ses "anciens" collaborateurs. 

AFRICAGUINEE.COM: On vous voit de moins en moins aux côtés de vos pairs de l’opposition républicaine. Qu’est-ce qui explique cela ?

DR FAYA MILLIMONO: Avec l’opposition républicaine je dirais que nous avons décidé simplement d’observer quelques moments à distance pour voir comment les choses évoluent parce que si nous sommes dans ce combat, c’est pour que quelque chose change dans notre pays. Mais quand on a l’impression que les stratégies que nous adoptons ne nous amènent à aucun changement, on prend son temps de réflexion. Nous sommes dans l’opposition, c’est pour que nous affirmions ce que le droit a dit dans notre pays. Lorsque nous voyons le Gouvernement déraper, qu’on dise, nous sommes une République, on ne doit pas agir en dehors des lois. Mais l’opposition à laquelle nous appartenons, particulièrement l’opposition républicaine a acquis cette habitude d’accompagner à chaque fois le pouvoir dans la violation de la loi, dans la banalisation de la République et après on continue à nous plaindre. Quelque part au sein du Bloc Libéral, après réflexion on se demande pourquoi nous devons commencer à accompagner le pouvoir dans la violation de la loi quand nous savons que nous serons en fin de compte des victimes. Quand la loi n’est pas respectée dans un pays, c’est les plus faibles qui souffrent. Parce qu’il suffit qu’on mette la loi de côté, c’est le plus fort et le plus fort physiquement parlant, c’est celui qui a l’armée, la police, la gendarmerie, les camps de concentration, des milices qui profite.

Alors pour amener tout le monde à se comporter en républicain, il faut qu’on oblige tout le monde à respecter la loi. Je donne un cas précis que je considère comme une erreur de l’opposition. L’installation des conseils communaux a commencé il ya bientôt trois mois maintenant et tout le monde sait que ces installations se font dans l’illégalité la plus parfaite. Parce que le code des collectivités avait prévu que la première session des conseils communaux est appelée par arrêté du ministre qui précise comment l’élection des exécutifs se ferait. Ces gens-là ont été élus tous ensemble le 4 février, leur mandat va finir le même jour et implicitement la prévoyait que le même jour tous les conseils communaux soient installés sur toute l’étendue du territoire national. Le pouvoir avait un problème, celui de n'avoir trouvé une tête de liste pour aucune des communes de la République. Autrement dit, tous ceux qui étaient sur la liste du RPG ont battu campagne pour être Maire. Ce qui était une équation insoluble pour le RPG. Donc le RPG a choisi de violer la loi, de procéder par la corruption, par la violence. L’opposition tout bonnement comme un enfant poli emboite le pas à la violation de la loi. Et qui est la victime en fin du compte ? C’est bien l’opposition. Si aujourd’hui, le RPG peut se targuer de pouvoir contrôler même 50% des conseils communaux à travers le pays c’est clairement la faute de l’opposition. Si l’opposition dès le début avait mis le pied sur le frein pour dire nous sommes prêts à participer à ce processus mais à condition que la loi soit respectée dans la lettre. Si on l’avait fait, le RPG n’aurait pas eu plus de 30% des communes à travers le pays.

Vous avez observé une grève de la faim pour pousser non seulement  le  Gouvernement à trouver une solution sur la crise dans le secteur de l’éducation mais aussi pour démilitariser l’axe. Quelle va être la prochaine étape lorsqu’on sait qu’à l’évidence le Gouvernement n’a pas bougé d’un iota ?

Je viens de rentrer de l’intérieur du pays, j’ai traversé beaucoup de préfectures où j’ai eu des rencontres avec des enseignants, les gens du SLECG, pour montrer que ce que le Gouvernement est en train de dire à Conakry par rapport à nos écoles c’est archifaux. Parce que le Gouvernement est en train de nous faire croire que les enseignants sont en train de revenir en classe. Il y a une chose qui m’a frappé, il y a une remarque qu’il faut retenir qui résume toute la trahison dont le peuple de Guinée est en train d’être victime aujourd’hui. C’est un élève qui fait la remarque à son professeur qu’il savait très brillant, quelqu’un qui aimait son métier, qui allait en classe pour permettre réellement aux enfants d’apprendre, après deux mois de gel des salaires, n’ayant plus de ressources pour s’occuper de sa famille, il a été  obligé de revenir en classe, il commence à dispenser les cours, les enfants se sont tout de suite rendu compte que c’est un professeur qui n’avait pas le cœur à l’ouvrage. Ça, ça résume la problématique de l’éducation aujourd’hui dans notre pays. Il ne suffit pas d’être devant les élèves pour enseigner, la preuve il y a beaucoup de soi-disant suppléants que le Gouvernement est en train de trouver çà et là dont certains ne peuvent pas composer une phase simple. C’est de cette manière qu’on est en train de présenter le tableau pour dire d’abord aux parents d’élèves restez tranquilles, le problème est train d’être contrôlé et on est en train par l’usure de contraindre les titulaires à revenir en classe.

Mais en revenant en classe c’est pour quoi faire ? Le cœur n’est pas à l’ouvrage. Ça veut dire que l’enseignant qui revient en classe fait semblant d’enseigner parce que le Gouvernement fait semblant de le payer donc on est en train de tromper le peuple de Guinée, les enfants de Guinée et les parents d’élèves. Aujourd’hui le Gouvernement ne veut pas qu’on utilise le mot année blanche mais qu’elle soit bleue noire ou blanche, ce qui est claire ce que les enfants n’auront pas appris cette année. Il vaut mieux que l’enseignant ne soit pas en classe et qu’on sache qu’il y a un problème que de faire semblant d’être en classe quand on n’a pas le cœur à l’ouvrage. Voilà ce contre quoi on s’était levé et la raison pour laquelle nous avons déclenché cette grève de la f         aim, malheureusement jusque-là le Gouvernement continue à s’obstiner à ne pas vouloir s’asseoir au tour de la table, négocier avec le syndicat pour trouver  la solution du problème au lieu de déplacer le problème.

De l’autre côté, nous avions demandé au Gouvernement d’enlever les militaires, nous ne demandons pas au Gouvernement d’enlever les PA. Ils peuvent mettre les PA ou tout dispositif sécuritaire qu’ils veulent, composé de gendarmes et de policiers mais composé de militaires non ! Parce que c’est contraire à notre Constitution et à nos lois, et nous le maintenons. Nous avons adressé une lettre au ministre de la Défense d’abord pour lui rappeler en quoi l’acte de faire participer les militaires à ce dispositif sécuritaire est une violation de notre Constitution et de nos lois. Lorsqu’il va ignorer nous avons déjà préparer notre recours devant la Cour Suprême pour faire interpréter la loi et dire au Gouvernement que nous sommes dans une République et non dans un empire. Donc ça c’est une des actions que nous sommes en train actuellement de développer. Il y a d’autres actions que nous prévoyons juste après ces fêtes de fin d’année. L’objectif, il faut que les militaires sortent complètement de nos quartiers pour être dans les casernes et que nos enfants retrouvent le chemin des classes avec des enseignants qui viennent non pas pour être des figurants mais qui viennent pour enseigner parce que le problème aura été résolu.

L’élection du maire de Matoto a pris une tournure inattendue lorsque le ministre Bouréma Condé a annulé le vote qui était favorable au candidat de l’opposition. Comment comprenez-vous cette décision ?

Lorsque vous commencez par violer la loi ça vous retombe dessus forcément. Sinon, en vertu de quoi Bouréma Condé sortirait à la télé et à la radio nationale pour dire c’est annulé ? C’est en vertu de quoi ce monsieur que certains ont appelé Keita qui est venu prendre un bulletin pour déchirer ? En vertu de quoi on a bloqué le processus alors qu’on avait plutôt bien commencé et que devant les caméras on a vu le comptage des votes fait pour le Maire et on a entendu deux fois de suite que celui qui a eu 23 sur les 45 c’est le candidat de l’UFDG ? Pourquoi on a vu tout ça ? C’est parce que dès le début de ce processus on a accepté que la loi soit violée, que la corruption et la violence soient au rendez-vous. Lorsqu’on met tout cela ensemble, on ne peut pas s’étonner que ce qui s’est passé et ce qui se passe actuellement à Matoto se passe. Ça m’aurait véritablement étonné que le processus tel que ça avait commencé à Matoto se termine surtout quand c’était en faveur de l’opposition. Je dis et je le répète l’opposition est en partie responsable de cette pagaille qu’on est en train d’organiser dans le pays et qui a pour conséquence la mort des guinéens.

Selon vous comment sortir de cette énième crise liée aux élections communales ? 

Il nous sera difficile de sortir de cette crise parce que depuis le début nous avons accepté que la Constitution et les lois soient mises de côté. Aussi longtemps qu’on ne respectera pas la loi dans notre pays, nous irons de crise en crise. J’ai l’impression qu’en Guinée que tout le monde est réfractaire à la loi, la loi est véritablement un encombrement pour les guinéens, qu’il soit de l’opposition ou de la mouvance. Comme si chacun se trouverait tout à fait à l’aise de violer matin, midi et soir la loi. C’est en cela que nous nous posons des questions. Aujourd’hui c’est Alpha Condé que nous critiquons mais qu’en est-il de l’opposition demain au pouvoir quand elle est si légère quand il s’agit du respect de loi ? Et donc on ne peut pas critiquer ce qu’on sera nous-mêmes prêts à faire demain. Voilà ce qui inquiète par rapport à ces crises en répétition. L’opposition doit donner la preuve qu’elle est prête pour un véritable changement; Lorsqu’elle commence à être intransigeante par rapport au respect de la loi. Aussi longtemps que l’opposition n’aura pas démontré qu’elle est capable de combattre pour que la loi soit respectée dans ce pays, il ne faut pas lui faire confiance.

A suivre…

 

Interview réalisée par Oumar Bady Diallo

En collaboration avec Diallo Boubacar

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 666 134 023

Créé le Jeudi 27 décembre 2018 à 12:56

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