Guinée : Transport routier ou la descente aux enfers

Libre Opinion
Image d'illustration
Image d'illustration

Une série d’accidents de la circulation a endeuillé de nombreuses familles guinéennes ces derniers jours. Le nombre élevé de victimes a suscité beaucoup d’indignations. Encore une fois, notre pays se distingue par la réaction et non  par la prévention et l’anticipation. La route fait plus de victimes que toutes les maladies. Parce que dans le domaine du transport routier la Guinée est un pays particulier.  

Il y a qu’à observer ce qui se passe sur nos routes. A la vétusté des véhicules s’ajoute la surcharge. Le transport mixte personnes et bagages est officiellement interdit. Mais la réalité crève les yeux. Les camions qui sillonnent les marchés hebdomadaires le font. Pire, les taxis ou minus-bus, même partant  oui quittant la capitale, le font au vu et au su de tous. Parois la taille du bagage d’un taxi dépasse de loin celle de la voiture elle-même. Les minus-bus font autant.

Il est fréquent de voir un taxi qui prend une dizaine de personnes à l’intérieur. Et presqu’autant perchées sur le porte-bagages. D’autres passagers se couchent dans le coffre. Tous passent devant les services de sécurité postés tout le long de nos routes. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les chauffeurs qui se rendent coupables de telles pratiques ne sont jamais inquiétés. La raison est simple : sur chaque barrage, le montant à verser est connu. C’est pourquoi les hommes en uniforme remuent terre et ciel pour être affectés sur les barrages routiers. 

Mais il existe une manière d’être exonérés des rackets. Il faut avoir un agent en tenue dans la cabine, assis aux côtés du chauffeur. Quand les agents postés sur la route voient un des leurs dans un véhicule, ils laissent passer ce dernier au nom de la confraternité. Ce qui fait que les hommes en uniforme sont très prisés dans les gares-routières. Chacun veut les prendre pour non seulement éviter le retard mais aussi pour faire une petite économie à l’occasion de ce voyage. Même si l’agent protecteur devra bénéficier d’un traitement particulier, allant jusqu’à la réduction voire la gratuité du transport. 

Avec la trilogie mauvaises routes, vétusté des véhicules et surcharge, les accidents sont inévitables. La responsabilité est partagée. Autant un agent de sécurité ne devait pas choisir un billet de banque à la place de la vie des passagers, autant ces derniers ne devaient pas accepter de se serrer comme du bétail ou pire se percher sur un porte-bagage. 

Ce n’est pas une question de pauvreté. C’est une question de mentalité. Dans certaines préfectures de l’intérieur  du pays, un taxi peut attendre plusieurs jours avant de faire le plein. Ce n’est donc pas le manque de véhicules qui oblige les passagers à s’entasser comme des animaux. C’est tout le contraire. Pour leur part, les chauffeurs justifient la surcharge à cause des frais élevés à payer sur la route. Les passagers, quant à eux, prétendent être pressés. Malheureusement le voyage se termine le plus souvent au mieux à l’hôpital et au pire au cimetière.

Dans le domaine du transport routier ce qui se passe en Guinée ne se passe dans aucun des six pays limitrophes. Les voisins, qui tolèrent la surcharge des taxis en provenance de la Guinée, estiment que ce sont des taxis guinéens transportant des Guinéens. Par conséquent, et à défaut de pouvoir changer les choses chez le voisin, il faut le laisser tel qu’il est. D’autres ne permettent pas la pagaille sur leur territoire. Il faut souligner que même en Guinée Bissau un taxi ne prend qu’un seul passager à l’avant et trois à l’arrière. Le moins que l’on puisse dire est que le transport routier aura été l’autre oublié du changement promis il y a 8 ans.

Habib Yembering Diallo

habibydiallo@gmail.com

Téléphone : 664 27 27 47

Créé le Mardi 11 décembre 2018 à 15:39

TAGS