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Guinée : Le développement relégué au second plan par la politique politicienne

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Libre opinion
Alpha Condé, Président de la République de Guinée et son principal opposant Cellou Dalein Diallo
Alpha Condé, Président de la République de Guinée et son principal opposant Cellou Dalein Diallo

Depuis l’avènement du président Alpha Condé au pouvoir, il y a eu deux faits particulièrement marquants en Guinée : Le président de la République a effectué un nombre record de déplacements à l’étranger. L’opposition a organisé un nombre tout aussi record de manifestations.  Pour le premier, l’objectif de ces déplacements est officiellement de rompre l’isolement de la Guinée et d’attirer des investisseurs. Pour la seconde, il s’agit essentiellement de dénoncer les conditions de préparation, d’organisation et les résultats des élections.

Conséquences, avec un chef d’Etat plus présent à l’étranger que dans son pays et aux prises en permanence avec son opposition, le développement a été relégué au second plan. Particulièrement les infrastructures. Qu’elles soient routières, ferroviaires ou aéroportuaires. A l’exception du port contenair de Conakry, les infrastructures auront été les grandes oubliées de deux quinquennats d’Alpha Condé.

Au début de son premier mandat, le nouvel élu avait invité à Conakry son vieil ami Lula, ancien président du Brésil. Les deux hommes avaient lancé des prétendus travaux de construction de la voie ferrée Conakry- Kankan. Plus tard, les Guinéens se rendront compte qu’ils ont été roulés dans la farine.  La construction de ce chemin de fer a été renvoyée aux calendes grecques.

Après sa réélection en 2015, le chef de l’Etat guinéen annonce avec tambours et trompettes le lancement d’une nouvelle compagnie aérienne guinéenne. Comme la voie ferrée, l’espoir de ce vol a volé en éclat. Les aérodromes de l’intérieur du pays sont devenus un repère pour les animaux domestiques. Si quelqu’un tombe malade à Kankan, à N’Zérékoré ou à Labé et que sa santé nécessité  une évacuation urgente à Conakry, il va succomber. Dans le domaine du transport aérien la Guinée a effectué une véritable marche de l’écrivisse.

Et que dire de la route ? Depuis 2011 la route Matoto- Coyah, longue d’une trentaine de kilomètres est la seule qui a été entièrement bitumées. Depuis près de 15 ans les travaux sur la route le Prince trainent. L’intérieur du pays n’est pas mieux loti. A l’exception de la route entre Kissidougou et Gueckedou où 63 kilomètres ont été bitumés, pour le reste on colmate les brèches.

De Kindia à Télémilé, de Boké à Gaoual ou Koundara, de Labé à Mali, Koubia, Lelouma ou Tougué, de N’Zérékoré à Yomou et Beyla, de Kankan à Kérouane et Mandiana, aucune préfecture située après une capitale régionale n’a bénéficié du goudron. Le seul bémol étant la route Kankan-Mandiana où 10 kilomètres sur 85 ont été bitumés.

Comble de paradoxe, pendant que des ministres bitument la route menant à leur domicile à Conakry, la route Conakry-Forécariah est l’une des pires du pays. Alors les trois Premiers ministres qui se sont succédé depuis près de 8 ans en Guinée sont tous originaires de cette préfecture. Forécariah est aussi la porte d’entrée de la capitale guinéenne à partir de Freetown. Voilà ce qui aurait dû être le vrai débat. La véritable préoccupation de tous.

Au lieu de faire de la politique politicienne, si le pouvoir avait mis les bouchées doubles pour changer ce sombre tableau il n’aurait pas été obligé de signer un accord pour avoir une mairie. Il n’aurait pas non plus eu besoin de battre campagne. Son bilan aurait fait la campagne à sa place. Si l’opposition, elle aussi, mettait en avant ce bilan, au lieu de se focaliser sur les élections, elle aurait obtenu plus d’impact que les manifestations et leurs corolaires de répressions. 

Habib Yembering Diallo

Habibydiallo@gmail.com

Téléphone : 664 27 27 47

Créé le Vendredi 07 décembre 2018 à 12:50