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Thierno Ousmane : « La Guinée est le seul pays où on a laissé l’opposition avoir son cimetière… »

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Interview
Thierno Ousmane Diallo, Ministre d'Etat de l'hôtellerie et du tourisme (Guinée)
Thierno Ousmane Diallo, Ministre d'Etat de l'hôtellerie et du tourisme (Guinée)

CONAKRY- Le Ministre Thierno Ousmane Diallo vient de lancer un appel à l’endroit des acteurs politiques de l’opposition. L’actuel Chef du Département de l’hôtellerie et du tourisme a adressé un message particulier à Cellou Dalein Diallo, le Chef de file de l’opposition.

Dans cette dernière partie de l’interview qu’il a bien voulu nous accorder, le Ministre Thierno Ousmane est également revenu sur les acquis du Département qu’il dirige. 

 

AFRICAGUINEE.COM : Depuis bientôt trois ans, vous êtes à la tête de ce département. Qu’avez-vous fait pour la mise en valeur des énormes potentialités touristiques dont regorge la Guinée ? 

THIERNO OUSMANE DIALLO :Depuis que je suis là, beaucoup de choses ont été faites. Le tourisme vient de loin parce que si Dieu nous a offert des sites touristiques viables, attirants, malheureusement certains cadres guinéens n’ont pas joué le jeu. La Guinée est la synthèse touristique de l’Afrique de l’Ouest. Quand on vient en Guinée, ce qui se trouve au Sénégal comme l’île de Goré, nous l’avons à travers une réplique à Boké, nous avons des plages. En Haute Guinée nous avons la savane qui a le même climat que le Mali. Nous avons la forêt à l’image de la Côte d’Ivoire et du Libéria où on peut faire l’écotourisme avec les chimpanzés, les crapauds vivipares. Au centre, la moyenne Guinée, nous avons les hautes montagnes qui rappellent le Kenya. Le climat est tempéré. C’est pourquoi les français avaient appelés Dalaba la Suisse de l’Afrique. Quand vous voyez les sapins, la brume, les cascades, les chutes, ça rappelle le climat européen et c’est tellement beau à voir. Mais tout ça nécessite la mise en valeur.

La première république a fait quelques efforts en construisant les villas Sili, mais ce n’était pas des hôtels parce que le régime était fermé, il n’y avait pas de touristes. Tout appartenait à l’Etat. N’empêche, il y a eu l’hôtel de l’indépendance, l’hôtel Camayenne et l’hôtel de l’unité. Le Président Sékou Touré s’est rendu compte qu’il fallait que la Guinée sorte de cette fermeture. Il devait organiser le sommet de l’OUA dont il est l’un des pairs fondateurs. C’est en ce moment qu’on a construit les 50 villas à Kaloum, on a construit le Palais des Nations, on a rénové l’hôtel de l’indépendance, on a construit l’hôtel de l’unité pour en faire une école hôtelière. C’est là-bas nous on a été formés après l’Université. Il y avait l’hôtel Camayenne qui a été construit par les russes et l’hôtel Gbessia. Le tout réuni ne faisait pas plus de 300 chambres qu’on pouvait vendre. 

La deuxième république, ce n’était pas une priorité. Mais il y a eu des privées comme Santullo qui ont construit l’hôtel Bel Air de trois étoiles.  D’autres privées ont réalisé des hôtels comme Mariador. Ça s’est limité à ça. Il a fallu l’arrivée du Pr Alpha Condé en 2010 pour qu’il y ait un programme de construction des hôtels. Aujourd’hui, en 2018 on arrive à avoir plus de 3000 chambres qu’on peut vendre. C’est l’Etat qui a facilité la construction de tous ces hôtels. Actuellement, nous avons des hôtels de moyens standings, des hôtels de luxe et des hôtels super luxe comme l’hôtel Kaloum. Il n’y a pas mieux que lui dans toute l’Afrique de l’Ouest. Il y a un effort de leadership du Président de la République important qui a permis de créer la confiance, de rassurer les partenaires financiers et venir investir en Guinée. Actuellement, on  est prêt et capable de loger n’importe quel client de n’importe quel standing que ce soit un prince, un richard, tout le monde a sa place. 

C’est bien beau tout ça monsieur le ministre, mais est-ce que l’environnement qui est là favorise l’attraction des touristes voire même des investisseurs pour occuper ces hôtels ?

J’y arrive. Mais le tourisme, c’est d’abord le réceptacle. Aujourd’hui on a le réceptacle.  D’autres hôtels construits par des privés vont ouvrir bientôt. C’est un premier pas. Mais avant que les touristes ne viennent, ils consultent, ils se renseignent sur ce qui se passe dans le pays qu’ils ont envie de visiter. S’ils entendent qu’il y a des cris, des marches, ils ne viennent pas. Il y a beaucoup de gens qui réservent des hôtels ici, mais quand on dit qu’il y a marche de l’opposition ou révolte de ceci ou cela, évidemment, on n’est pas encouragé à venir. C’est ce qui fait le problème du tourisme. 

Les touristes potentiels cliquent Guinée, ils voient qu’il y a des hôtels mais tout de suite on dit attention. Surtout quand ils regardent la presse. Je ne vous jette pas la pierre, mais la presse de temps en temps vous nous titillez. Et vous faites si fort qu’en fait, vous faites mal à tout le monde. Parce que quand le touriste vient, ce n’est pas que pour faire plaisir à Alpha Condé ou Ousmane Diallo ou à un autre ministre. Le touriste enrichit le pays, il développe l’artisanat, etc. il y a aussi certaines personnes qui considèrent que l’étranger nous gène parce qu’on a dans la tête que l’impérialisme trouvera son tombeau en Guinée. Il  y a ce frein. Il y a aussi cet autre problème. Quand le touriste vient surtout à Conakry, il n’y a pas de quoi lui montrer parce que ce ne sont pas les ordures que vous allez lui montrer.  Les rues sont défoncées. On est en train de faire de gros efforts, mais tout est prioritaire, tout est à faire et tout de suite. 

Je veux bien envoyer le touriste à la dame du Mali ou l’envoyer visiter les chimpanzés de Bossou, mais j’ai peur lorsqu’on dit que le tronçon Kondembadou-Gueckedou ne passe pas ou la route Labé-Mali, il y a un pont qui a cédé. Il y a un problème là. Je vais vous raconter une histoire. Il y a un jeune là Cellou Bah basé à Labé qui fait du Trekking. Il accueille les touristes à la frontière, il les accompagne soit à vélo, à moto, ou par n’importe quel moyen de bord ils font le tour de la Guinée. C’est fabuleux. Une fois arrivée, ils logent chez l’habitant. Les touristes sont impressionnés de voir nos cours de graviers surtout au foutah ou les falaises où ils montent à pieds. C’est passionnant pour eux de voir ça. Une fois, ils vont à Gnaama Yara dans la sous-préfecture de Dabis (Boké). Un gars de la caravane touristique a voulu photographier un grand arbre avec des oiseaux, quelqu’un s’est levé pour lui dire qu’il n’a pas le droit, il lui a retiré l’appareil. On me téléphone, j’ai négocié pour qu’on restitue l’appareil au touriste. Vous voyez ça ? C’est un état d’esprit (…).

Vous dites quelques fois la presse en fait trop et que c’est ce qui décourage les touristes ou les investisseurs. Mais qu’est-ce que l’Etat fait concrètement pour créer un climat calme afin de changer cette donne ?

Je suis bien placé pour le dire. J’ai été de l’opposition pure et dure avec Bâ Mamadou, le Pr Alpha Condé, Siradiou Diallo, Jean Marie Doré, je sais ce qu’être dans l’opposition. Depuis 2011, je suis du Gouvernement. Aucun membre d’un Gouvernement s’il est responsable, aucun président du monde ne voudra faire en sorte qu’il y ait la pagaille chez lui. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on voit l’opposition manifester ou des gens qui sont tués et qu’on n’arrive pas à élucider qui les a tués. Ça nous fait excessivement mal. Et ça empêche le Chef de l’Etat de dormir, je vous le dis honnêtement. 

Je vais vous raconter une petite anecdote. Une fois j’étais un peu révolté parce que quelquefois je suis impulsif, il y a un journaliste qui a raconté du n’importe quoi sur le Président, j’ai dit au président, il faut qu’il arrête. Il m’a répondu il va arrêter en quoi faisant ? J’ai dit il faut taper sur la table. Il m’a dit Ousmane : « toi et moi, on a combattu au temps de Lansana Conté pour éviter de faire taire les journalistes ou d’empêcher les gens dans leur liberté, on a combattu pour la démocratie. Comment veux-tu arriver-là et qu’on fasse la même chose ? ». Ça m’a refroidi. C’est le Président qui parle ainsi. Il y a gens ici qui ont fait des choses incroyables contre lui. Mais il est patient, il n’est pas rancunier(…).

Il faut que l’on comprenne que même si on n’est pas au pouvoir, tout ce qu’on fait est comptabilisé. Je parle de l’opposition. Vous ne pouvez pas savoir quel est l’impact des manifestations sur l’hôtel Sheraton qui est conçu par rapport à l’aéroport de Conakry. Mais si Bambéto est barré, par où vont passer les clients ?  Ça pose problème. On dit que ça ne va pas alors qu’on contribue à faire en sorte que ça n’aille pas. On oublie quand c’est acquis, c’est acquis. Le palais du peuple a été construit par le Président Ahmed Sékou Touré, il y a beaucoup de gens qui ne l’aimaient pas. Mais on a le palais qui est là. Quand on visite Souapiti, Kaléta, même si on n’aime pas Alpha, le courant on l’utilise. Il n’a pas fait ça pour son mandat, c’est pour la Guinée, pour l’éternité. Il faut qu’on pense mettre l’avenir de la Guinée en avant.

On est en train de jouer avec le feu actuellement. On a poussé les contractions telle qu’on ne peut plus savoir qui est qui ? Tout ça, je parlais de certains cadres qui sont infiltrés dans l’administration ou qui veulent y entrer et qui sont en train de pourrir l’atmosphère et pousser les gens à la révolte. Qu’ils soient de la mouvance ou de l’opposition, il y a un trait qu’il ne faut pas dépasser. La vie humaine est sacrée. Il ne faut pas que les cadres montrent que la politique c’est du mensonge. Aujourd’hui tu es noir, demain tu es blanc. Ce n’est pas possible. A qui va-t-on croire ? 

L’opposition, ce sont des amis qui sont là-bas, mais ils ont enfourché le mauvais cheval de bataille. La route le Prince devrait être la plus belle avenue de Conakry avec les buildings qui y sont. Tous ces bâtiments qui sont là-bas, on sait qui les a construits. En faisant des grèves, des manifestations, ces bâtiments sont vides. C’est contre qui qu’on a agi ? Ce n’est pas contre Alpha seul. On dira certes que c’est au temps de Alpha, mais tout de suite on va rectifier puisque ce n’est pas la seule commune. Il faut qu’on soit réaliste (…). C’est comme si vous avez un problème avec votre voisin, vous l’invitez dans votre chambre pour vous battre. Que vous le fassiez tomber, ou qu’il vous fasse tomber, ce sont vos meubles qui seront cassés. Pourquoi organiser ce gâchis après pleurer et se victimiser en disant qu’on est contre nous, on ne nous aime pas dans ce pays. Mais qui aime qui ? Personne n’a fait une lettre à Dieu pour être Peulh, Soussou,  Malinké ou Forestier. On est né comme ça, ce n’est pas de notre faute ou de notre mérite.

 S’il y a bagarre, marche de l’opposition, lundi ville-morte, mardi sit-in, mercredi marche, jeudi on pleure les morts, vendredi on les enterre, ça ne va pas là ! On est en train de courir un risque dangereux, grave. Je n’ai pas peur des mots. Il y a un exemple simple. Quand je vois les gens faire l’enterrement, ça me rappelle ce qui se passe en Palestine. Un jeune tombe, on l’enterre, on continue le lendemain sur une autre tombe. Je suis désolé, je regrette qu’il y ait des morts, je suis contre l’assassinat des gens, mais il y a deux choses : on dit en Poular, ce sont deux personnes qui cassent le bras. C’est celui qui tire et celui qui résiste. Il faut qu’ils (les opposants, ndlr) changent de tactique, leur méthode actuelle décrédibilise l’opposition. Ce que je regrette, je ne vais pas pleurer si l’UFDG est décrédibilisé, loin de ça. Mais malheureusement la population guinéenne est telle structurée qu’on confond l’UFDG à une ethnie à laquelle j’appartiens. Donc ça me fait de la peine. 

Nous avions fait une avancée au temps de Bâ Mamadou et de Siradio. On s’est battu pour que toutes les ethnies soient logées dans la même enseigne, pas pour qu’une soit priorisée sur l’autre. Parce que ça ne fait pas l’avenir. Les hommes passent, mais l’histoire reste. Nous sommes battus pour éviter ça. Mais j’ai peur qu’on nous ramène les démons et qu’on nous crée des problèmes. Quant tu vois des jeunes dans un état lamentable affronter les forces de l’ordre, à l’absence de ceux-ci, faire les poches des gens, frapper tout le monde, que tu sois peulh, soussou ou malinké, ça pose des problèmes. Ça doit interpeller l’opposition. Il faut qu’on se dise la vérité, ce n’est pas une question d’être ministre ou pas. La fonction de ministre c’est pour un temps, mais je reste guinéen. Tout le monde rendra des comptes. C’est le seul pays au monde où on a laissé une opposition avoir son cimetière. Ce n’est pas normal. C’est comme quand tu pars réconcilier les gens pour un décès, tu prends la tête de celui qu’on a tué tu viens avec pour dire aux parents c’est dommage que votre fils ait été tué, mais pardonnez. Est-ce qu’il va pardonner ? NON. 

Il faut que les cadres se remettent en cause parce que nous n’avons pas le droit de laisser ce pays en lambeau. Il faut qu’on soit conscient. Si nous sommes là nous sommes, c’est parce qu’on a été aidé, on nous a formé, quelqu’un a accepté de nous nourrir qu’on soit Peulh, Malinké, Sousou ou Forestier. Moi mes professeurs n’étaient pas que des Peulhs, il y avait tout le monde. Il ne faut pas exacerber les relations entre les gens. Ce n’est pas bon. Je crois que c’est un cri de cœur que je lance, il faut que l’opposition se ressaisisse, que tout le monde mette la balle à terre, qu’on calme le jeu. On a un seul pays, nos ancêtres nous l’ont légué, nous aussi, nous devons le laisser intact aux générations futures. Si on ne fait pas des ponts, qu’on laisse au moins la rivière couler, qu’on ne détruise pas, celui aura les moyens viendra faire la route. Mais il faut que le pays existe.

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Vendredi 30 novembre 2018 à 9:58