Guinée: Et si la militarisation de l’axe était un complot contre Alpha Condé?

Libre Opinion
Alpha Condé, Président de la République de Guinée
Alpha Condé, Président de la République de Guinée

Le passage à tabac d’un militaire à Bambeto la semaine dernière aura été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ? L’occasion pour le pouvoir de mettre en place des patrouilles mixtes : police, gendarmerie et l’armée dans la zone. Autrement dit, déclarer un état d’urgence qui ne dit pas son nom. Pour les durs du régime, il faut répondre à la violence par la violence.

Ce raccourci est loin d’être la solution. Il consiste à soigner l’effet en occultant la cause. Apportant aussi de l’eau au moulin de ceux qui soutiennent que le pays est dans une profonde crise. Et que le pouvoir actuel est incapable de gérer cette crise. Ce n’est pas la première fois qu’un homme en uniforme a été lynché à Bambeto. 

Dans les années 90, un gendarme, originaire de Koundara, avait été tué à l’endroit même où le militaire a été agressé. Mis à rude épreuve par ses opposants, dont l’un des rares vivants est aujourd’hui Alpha Condé, le président Lansana Conté faisait face à une forte contestation dans cette zone.

 A l’époque, l’actuel chef de l’Etat guinéen estimait sans aucun doute que Bambeto et Hamdallaye, qualifiés aujourd’hui par ses partisans de l’axe du mal, étaient l’axe de la démocratie. Le choix de Hamdallaye pour abriter le siège de son parti n’était probablement pas anodin. Les jeunes devaient constituer un bouclier humain contre les assauts éventuels du siège et ses occupants.

Depuis, tous les gouvernements qui se sont succédé ont été confrontés à l’agitation dans cette zone. Il est indéniable que les violences dans cette partie de Conakry est une épine dans le pied de tous les habitants de la capitale. Mais il est tout aussi indéniable que la privation des libertés n’est pas la solution. Bien au contraire. 

Si un civil au pouvoir ne parvient pas à régler ses différends avec d’autres civils dans l’opposition et qu’il soit obligé de recourir à l’armée, c’est bien évidemment un aveu d’échec.  Si ce n’est un piège de ceux qui rament à contre-courant dans son équipe. Histoire de discréditer un homme qui a fait du retour de l’armée dans les caserne une priorité voire une obsession. 

Il ne faut pas oublier qu’Alpha Condé est aujourd’hui avec deux catégories de personnes : ceux qu’il a combattus quand il était opposant et ceux qui l’ont combattu quand eux ils étaient opposants. Dans les deux cas le président devra se méfier.  

Moins de dix ans après avoir remplacé les militaires, auxquels on imputa tout le malheur de ce pays, le pouvoir a incontestablement besoin d’une opposition. Un pouvoir qui écrase son opposition se fragile paradoxalement. Tout comme une opposition qui déstabilise un pouvoir ouvre la voie à l’instabilité du pays qu’elle veut diriger. Ce sont donc deux entités qui sont condamnées à la coexistence pacifique. 

Même si les va-t’en guerre de deux côtés veulent en découdre. Certains responsables et militants du parti au pouvoir, particulièrement ceux qui Georges Clémenceau qualifie de traitres ou de convertis, (selon qu’on soit de l’opposition ou du pouvoir) sont plus royalistes que le roi lui-même. En effet, pendant que certains responsables de première heure du RPG observent le profil bas, de nouveaux venus font un excès de zèle. 

Craignant sans doute le soupçon d’être une taupe de l’opposition, ceux qui ont quitté celle-ci pour rejoindre la mouvance se permettent de tous les excès.  Comme celui qui foule sous le pied la déclaration universelle des droits de l’homme et la constitution guinéenne en écrivant « La vie d’un policier ne peut pas être comparée à celle des bandits de l’opposition ». Tous les hommes naissent égaux en droit et en devoir. Même un criminel a droit à un procès équitable à plus forte un simple manifestant. 

 Alpha Condé devrait donc écouter plus les modérés de son camp. Mettre fin au deux poids deux mesure entre les morts et les blessés (civils et agents de sécurité) ainsi qu’à la justice à double vitesse. Une telle décision pourrait être plus efficace pour le retour à la paix que l’installation d’un PA ou les patrouilles mixtes. 

On peut pacifier une zone agitée non pas par les armes mais par la bonne parole suivie des bons actes. Le dernier gouvernement du président Lansana Conté avait un ministre de la Sécurité pas comme les autres. Confronté à des manifestations récurrentes sur l’axe, Madifing Diané avait personnellement pris son bâton de pèlerin pour sillonner la zone. 

Parlant à ses interlocuteurs non pas en tant que ministre mais en tant que compatriote, M. Diané a réussi là où beaucoup ont échoué avant et après lui. Ça c’est une histoire d’une décennie et non d’un siècle.

Habib Yembering Diallo

habibydiallo@gmail.com

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Créé le Jeudi 22 novembre 2018 à 16:17