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Mory Sangaré : « C’est mon droit de suspendre tout fonctionnaire… »

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Interview
Mory Sangaré, Ministre de l'Education Nationale et de l'Alphabétisation
Mory Sangaré, Ministre de l'Education Nationale et de l'Alphabétisation

CONAKRY-Le ministre de l’Education nationale a-t-il surfacturé le projet de construction d’une école de 12 salles de classes ? Alors que l’affaire des 12 milliards continue de susciter des vagues, Mory Sangaré s’est justifié martelant que cet argent n’a jusque-là jamais été décaissé.  Dans cet entretien qu’il a accordé à notre rédaction, il a aussi donné les raisons de la suspension de certains responsables de l’éducation.

 

AFRICAGUINEE.COM : Vous avez suspendu plusieurs responsables de l’éducation de leurs fonctions. Qu’est ce qui a motivé cette décision ? 

MORY SANGARE :C’est mon droit de suspendre tout fonctionnaire en attendant un décret de confirmation. Les gens avec lesquels ils ont travaillé ont signifié qu’ils ont omis les meneurs de la grève sur la liste et pris les noms de simples enseignants pour nous remonter.  C’est ça le vrai motif. 

Quand les gens vous appellent à la grève, vous suivez cela et après on vous demande de remonter les noms des grévistes et vous laissez les noms des organisateurs. Vous remontez le nom des pauvres enseignants non-grévistes, est-ce que cela est sérieux ? Il a fallu qu’on les interpelle pour qu’ils remontent (...).  Alors ce n’est pas bon.

Certains enseignants que nous avons interrogés nous ont dit que depuis l’ouverture, ils dispensent les cours dans les écoles mais ils se sont retrouvés dans le lot des enseignants dont les salaires sont suspendus. Comment expliquez-vous ça ? 

Ça aussi fait partie de la sanction, c’est un autre élément qui a motivé la sanction.  La suspension de salaire n’est pas une bonne chose. On le fait malgré nous parce que nous sommes obligés de respecter la loi. Si vous avez remarqué, chaque fois qu’il est question de sanction, dans la discussion entre l’inter syndicale de l’éducation et la partie gouvernementale, les préalables ont toujours demandé de sursoir à cette mesure.  Rien ne dit que cette suspension sera définitive, mais rien ne dit qu’elle sera levée. Cela dépendra de ce que nous allons constater sur le terrain. Et aussi de ce que nous allons décider parce que la loi sera appliquée.

Des élèves dénoncent aussi le faible niveau des enseignants contractuels qui sont déployés dans les écoles pour remplacer les titulaires. Que répondez-vous ?

Nous n’avons pas dit de prendre des contractuels pour remplacer les enseignants titulaires. Nous ne l’avons dit nulle part.  Nous avons dit de suppléer, lorsqu’un professeur titulaire est absent quelque soit le motif, s’il y a un suppléant il peut le suppléer. En plus nous avons l’intention de recruter des contractuels dans un premier temps mais après faire une évaluation de leur pratique de classes. Si nous trouvons que ce sont des gens qui ont une bonne pratique de classe comme l’indique leur diplôme, nous acceptons de les prendre en charge parce qu’il faut éviter de prendre n’importe quelle personne pour mettre dans les écoles. Il faut mettre ceux qui montrent les valeurs et remplissent les normes.  C’est dans ce cadre. Ce n’est pas pour remplacer un professeur titulaire. 

D’ailleurs, il y aura une évaluation de tous les enseignants en situation de classe pour détecter ceux qui ne peuvent pas du tout enseigner.  Les contractuels qui vont réussir cette évaluation seront les bienvenus pour suppléer les titulaires qui peuvent être engagés dans un processus de formation continue.  Il n’y a rien de méchant.

Depuis quelques jours des informations font état d’un décaissement de 12 milliards de francs guinéens pour la construction d’une école 12 classes à Kobayah. Qu’en est-il réellement ?

C’est un contrat que j’ai trouvé. Quand on me l’a donné pour signer, j’ai dit que je ne laisse pas passer ce contrat. Il est resté à mon bureau, l’entrepreneur qui avait été autorisé avant moi de préfinancer avait selon lui, fini la clôture. Il était sur les aires de jeux. Ce n’est pas seulement une école de 12 salles de classes, il y a aussi des aires de jeu et d’autres aménagements. J’ai dit pour que je libère le contrat sans avoir à faire du mal à l’entrepreneur, j’ai une condition, on dissocie l’aménagement, c’est-à-dire la clôture, les airs de jeu et autres de la construction des 12 salles de classes et on délocalise  la construction des 12 salles de classes dans une zone de Conakry où on a de la place et on a besoin d’écoles publiques. 

A cette condition, j’ai appelé la Directrice des marchés publics pour lui signifier ça et lui remettre le contrat.  Ce n’est pas payé parce que pour que ça soit payé, il faut que ça revienne à moi encore. Donc ce n’est pas revenu, ce n’est pas payé.  Et c’est loin d’être payé. 

 

Bah Aissatou 

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 112

Créé le Mardi 06 novembre 2018 à 17:30