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Damaro tire la sonnette d’alarme : "98 morts c’est trop ça…" (interview)

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Interview
Amadou Damaro Camara, Président du Groupe Parlementaire RPG arc-en-ciel
Amadou Damaro Camara, Président du Groupe Parlementaire RPG arc-en-ciel

CONAKRY-Comment sortir de la crise politique dans laquelle la Guinée reste engluée ? Alors que le bilan macabre des violences politiques ne cesse de grossir, Amadou Damaro Camara tire la sonnette d’alarme. Dans un entretien accordé à notre rédaction, le parlementaire a averti que 98 morts c’est trop. Le président du groupe parlementaire de la majorité présidentielle s’est également prononcé sur la démarche entreprise par les sages du Foutah pour décrisper le climat sociopolitique dans le pays. Lisez…

AFRICAGUINEE.COM : Les sages du Foutah s’impliquent dans la décrispation du climat politique et social dans le pays. Dans ce cadre ils ont rencontré le chef de file de l’opposition Cellou Dalein Diallo, le premier ministre Kassory Fofana mais aussi le Président de la République. Que pensez-vous de cette initiative ?

AMADOU DAMARO CAMARA : Tout ce qui peut concourir à la paix, je ne peux que l’approuver. S’ils sont venus dans ce cadre-là, comme vous le dites, c’est des sages, c’est salutaire. J’apprécie toutes les bonnes volontés qui peuvent concourir à la paix dans le pays. Toute démarche de ce genre est la bienvenue.

Vous êtes l’un des proches du Président de la République dites-nous qu’est-ce que vous lui conseillez par rapport à ces crises à répétition dans le pays ?

J’ai le privilège de parler avec lui, j’ai aussi le privilège d’être souvent reçu par lui sur ses appels ou à ma demande. Je fais de mon mieux pour la paix. Mais ce que je lui dis en privé et publiquement, à certains moments  l’Etat doit avoir son autorité respecté. Quand on me dit que les manifestations sont un droit constitutionnel, c’est vrai. Mais il s’agit des manifestations pacifiques.

Chaque manifestation doit coûter des vies humaines, on ne sait pas d’où viennent ces tueurs. Il y a eu déjà 98 morts. Manifestants ou pas, 98 morts, c’est trop. Au moment des manifestations, il y a eu au moins douze gendarmes et policiers qui sont aussi morts. C’est déjà trop de morts ça. Il y a trop trop de morts. Et quand une manifestation doit porter atteinte à l’ordre public, ce n’est pas constitutionnel. Il est constitutionnel aussi que l’Etat a le pouvoir régalien de rétablir l’ordre dans la cité. C’est ce que l’Etat doit faire. Et je me suis dit que l’Etat ne fait suffisamment jusque maintenant.

L’installation des élus communaux peinent à être effectif à Conakry et dans certaines grandes agglomération comme Kankan. Qu’est-ce qui coince au juste ?

Deux à trois semaines de différence d’installation ne fait une différence de mandat. Quand il y a des élections normales et qu’il y ait des contentieux quelque part, souvent dans toute démocratie, elles sont annulées et reprises alors que les autres ont déjà commencé leur mandat. Cela arrive dans toutes les démocraties. Mais s’il n’y a pas de possibilité d’entente d’installer des maires quelque part, la loi aussi autorise l’Etat d’installer une délégation spéciale.

Est-ce le cas à Conakry ?

Non ce n’est pas le cas. On n’a pas essayé encore. Je crois que l’opposition a déjà fini d’installer toutes les mairies au Foutah. Quelque chose même de très curieux, c’est que non  seulement aucune liste indépendance n’y a prospéré, mais même ceux qui se sont entêtés, on a dû faire rentrer tous ces conseillers dans les rangs de l’UFDG. Ce qui n’est pas de nature à faciliter le débat démocratique. A Conakry, je ne suis pas particulièrement, je ne sais pas qu’est-ce qui coince. Mais certainement on veut faire installer toutes les communes de Conakry ensemble.

Je dois avouer que ça fait deux semaines que je n’ai pas échangé avec le ministre de l’administration du territoire. Ceci dit il ne prend ses ordres d’Amadou Damaro Camara. On se concerte puisque c’est un ami d’abord, c’est un copain d’âge, mais il n’arrive pas que je lui dise de faire ça. On me donne beaucoup trop de force que je n’en ai en réalité.

N’est-ce pas gênant pour notre pays que neuf mois après des élections locales on n’arrive pas à en finir avec l’installation des élus ?

Mais absolument ! (…) Est-ce que vous savez que pour vous les jeunes, depuis l’indépendance de la Guinée, ce sont les premières élections communales avec ce mode de scrutin. C’est-à-dire basée sur les listes électorales. C’est la première fois. Donc, on n’avait pas d’expérience avant. La dernière élection communale a été organisée par monsieur Cellou Dalein Diallo quand il était premier ministre. Le président d’alors, (le Général Lansana Conté, ndlr) lui a clairement dit qu’il ne voulait pas de l’opposition dans la capitale. Il en était tellement zélé qu’il a donné 30 préfectures sur 33 au PUP (parti de l’unité et du progrès). Alors depuis ces élections organisées par monsieur Cellou Dalein Diallo, il y a treize ans seulement.  Il nous fait aujourd’hui des leçons de démocratie comme si, il y a treize ans seulement la Guinée n’avait besoin de démocratie.

Voulez-vous vous en inspirer ?

Non ! Que l’on inspire ou pas, mais que ça ne soit pas cet acteur principal qui a fait ça il y a treize ans seulement, qui nous donne des leçons de démocratie aujourd’hui. Il ne faut pas qu’il croit qu’on a la mémoire si courte.

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

Créé le Vendredi 02 novembre 2018 à 16:09