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Tensions en Côte d'Ivoire après les municipales

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Afrique
Le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara-AFP
Le président ivoirien Alassane Dramane Ouattara-AFP

Bagarre devant le siège de la Commission électorale indépendante (CEI), tirs de lacrymogènes, cortège de protestation: la tension est montée dimanche à Abidjan où les résultats de l'élection municipale au Plateau n'ont toujours pas été annoncés officiellement mais font l'objet de contestation.

Par ailleurs, deux personnes sont mortes dans un affrontement entre forces de l'ordre et partisans mécontents d'un candidat battu près de Seguela, dans le centre de la Côte d'Ivoire. Ses «partisans ont dressé un barrage, et ils ont refusé de le lever. Il y a eu un affrontement avec les forces de l'ordre, deux personnes ont été tuées», a indiqué à l'AFP la Plateforme des Organisations de la société civile pour l'Observation des Elections en Côte d'Ivoire (Poeci).

Selon les résultats annoncés progressivement par la CEI, à Bouaké, deuxième cité du pays, le maire Nicolas Djibo a été reconduit, sous la bannière du parti au pouvoir, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). A Yamoussoukro, la capitale politique, le maire Kouacou Gnrangbe Kouadio Jean (Parti démocratique de Côte d'Ivoire -PDCI) a été réélu. A Korhogo, la grande ville du Nord ivoirien, fief du Premier ministre, le RHDP Lazani Coulibaly a largement gagné.

A Abidjan, la bataille électorale à Abobo-la-Guerre, le grand quartier populaire de la capitale, une des circonscriptions phares de ce scrutin, a tourné en faveur du ministre de la Défense Hamed Bakayoko qui l'a emporté haut-la-main face à son concurrent indépendant Tehfour Koné soutenu par Guillaume Soro, l'ancien chef de la rébellion et actuel président de l'Assemblée nationale. A Cocody, une commune huppée d'Abidjan, c'est le candidat PDCI Jean-Marc Yassé qui l'a emporté.

Le Plateau, quartier des affaires d'Abidjan et commune la plus riche du pays, cristallisait une bonne partie des tensions. Ce scrutin oppose le RHDP Fabrice Sawegnon, spécialiste de la communication qui a orchestré les campagnes de plusieurs chefs d'Etat africains, au discret mais bien implanté Jacques Ehouo, du PDCI. Longtemps allié au RHDP, le PDCI a claqué la porte de la coalition gouvernementale il y a deux mois. Les deux hommes revendiquent la victoire au Plateau.

Gaz lacrymogènes

Selon des pointages partiels effectués samedi soir par l'AFP ainsi que par des observateurs indépendants, Jacques Ehouo semblait en tête. Mais samedi soir, la CEI du Plateau n'a pas procédé à la compilation des voix en raison de l'absence mystérieuse de ses deux présidents.

Après une nuit de tension, les urnes ont été transférées dimanche à la CEI départementale au nord-est d'Abidjan. Les forces de l'ordre y ont dispersé les manifestants à coups de gaz lacrymogène.

En début d'après-midi, lors de la compilation, la CEI, sans proclamer de résultats, a semblé donner la victoire à M. Sawegnon, malgré les protestations des représentants de M. Ehouo et sous les regards circonspects d'observateurs de l'Union européenne.

Le litige porte sur le fait que M. Ehouo est en tête dans pratiquement tous les bureaux, où le taux de participation avoisinait les 20%, alors que M. Sawegnon ne remporte qu'un seul lieu de vote, celui de la Chambre de commerce, où le taux de participation avoisine les 90%.

«Leurs procès verbaux ne correspondent pas aux nôtres. Ils viennent d'où leurs PV ?», a questionné M. Ehouo, laissant entendre qu'il s'agissait de faux. Le numéro deux du PDCI, Maurice Kakou Guikahué, a déploré lors d'une conférence de presse «un braquage éhonté» des résultats des municipales et régionales qui selon lui, se profile à l'horizon.

Dimanche soir, M. Ehouo a organisé une marche de plusieurs centaines de personnes entre le siège de son parti à Cocody et son siège de campagne. Le cortège a été bloqué à l'entrée du Plateau par les forces de l'ordre. Les manifestants se sont assis pendant une heure environ avant que le candidat ne leur donne rendez-vous lundi. De petites échauffourées ont eu lieu lors de la dispersion.

Test avant la présidentielle

Joint par l'AFP dimanche, M. Sawegnon a catégoriquement réfuté les allégations de fraude. «On a identifié des bureaux où il y a eu des irrégularités, et là il y a eu refus de signer» les PV, a-t-il expliqué. «On est légalistes, on attend les arbitrages de la CEI», a-t-il assuré.

Des incidents ont eu lieu dans plusieurs autres endroits du pays. Des affrontements ont eu lieu entre jeunes et forces de l'ordre dans la commune de Marcory à Abidjan, où le maire sortant PDCI faisait face à une candidate RHDP et un indépendant.

La CEI de Diabo (20 km à l'ouest de Bouaké, centre) a été pillée et saccagée par des jeunes qui contestaient les résultats du scrutin de cette petite commune, a constaté un journaliste de l'AFP. A Tiebissou (40 km au nord de Yamoussoukro, centre), des jeunes ont dressé des barrages sur la route. Les élections municipales et régionales constituaient un test avant le scrutin présidentiel de 2020, déjà dans toutes les têtes.

AFP

Créé le Lundi 15 octobre 2018 à 8:21