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Diouldé Camara : « mon expérience avec le programme Chevening… »

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Interview
Amadou Dioulde Camara
Amadou Dioulde Camara

CONAKRY-Amadou Diouldé Camara est l’un des rares guinéens ayant eu la chance de bénéficier du programme Chevening initié par le Gouvernement britannique pour aider les pays en voie de développement. De retour en Guinée, après un an d’étude à l’université de Bradford, l’une des plus prestigieuses en Angleterre, monsieur Camara a bien voulu partager son expérience à travers ce programme.

Ce jeune cadre qui a suivi un Master portant sur le développement International,  encourage les jeunes, les cadres guinéens à s’ intéresser audit programme qui est une chance unique leur permettant d’acquérir des compétences dans des domaines variés.  

 

AFRICAGUINEE.COM : Vous avez bénéficié d’une bourse à travers le programme Chevening. Parlez-nous en!

AMADOU DIOULDE CAMARA : Bonjour ! Tout d’abord ; je voudrais dire bonjour à vos millions de lecteurs, parce que je suis convaincu qu’Africaguinee en a beaucoup et je fais partie des heureux lecteurs qui bénéficient des informations que vous partagez régulièrement. 

Le programme Chevening a été initié par le gouvernement britannique il y a une trentaine d’années. Il vise à aider les ressortissants des pays en voie de développement,  non britanniques et non européens à poursuivre un programme postuniversitaire dans les universités anglaises. Les critères d’admissions ;  pour le cas guinéen spécifiquement, il faut tout d’abord être de nationalité guinéenne, avoir ensuite un diplôme universitaire de premier un niveau (BAC+3 ou BAC+4), avoir un niveau décent en Anglais et une expérience professionnelle. Ce sont ces critères qui sont sur le site internet du programme en question, www.chevenig-opline. En plus de ces quatre critères, les candidats qui sont intéressés doivent s’armer de motivation et de détermination, puisque tout d’abord c’est un programme très prestigieux et très compétitif. Pour être admis et réussir avec ce programme, il faut réellement s’armer de détermination et de motivation. Ce n’est pas ce qui manque aux guinéens parce que nous sommes très déterminés, dégourdis et très motivés.

Parlez-nous de votre expérience en Angleterre...

Merci, mais je voudrais préciser qu'en plus des critères cités, il y a des universités partenaires au programme Chevening sur le site internet. Alors dans le processus d’admission on demande à chaque candidat de choisir jusqu’à trois universités et travailler de façon indépendante pour obtenir une admission inconditionnelle au sein de cette université. C’est cette admission que le candidat envoie au niveau du programme Chevening. Sur le même site vous verrez les domaines prioritaires pour le gouvernement britannique en Guinée. Donc le choix que vous ferez doit cadrer avec ces domaines prioritaires  qui sont notamment, la sécurité, la bonne gouvernance, le développement économique etc.. Mais tout cela ne veut pas dire qu’il y ades domaines exclus (…), je pense qu’ il n’y a que la médecine qui n’est pas prise en compte. Vous avez don le libre cours de choisir votre domaine de préférence : le journalisme, la communication, le développement international, l’économie, le droit, le markéting, les relations internationales. Les universités partenaires à ce programme sont une quarantaine, chaque université à son domaine spécifique ; il reviendra au candidat de choisir une université qui cadre avec son choix  et qui cadre avec les priorités du gouvernement britannique.

J’avoue qu’avec cette bourse, j’ai eu l’expérience la plus mémorable de ma vie, jusqu’ici. En tant que candidat sélectionné qui doit aller en Angleterre, la première  chose à laquelle il faut penser, c’est où atterrir tout d’abord. Ce qui est important avec ce programme, ce que vous êtes relativement indépendant, on cultive en vous l’esprit d’indépendance et ce n’est pas du genre être vite conduit à l’hôtel par quelqu’un. Une fois après avoir reçu votre lettre d’admission vous savez déjà où aller, c’est-à-dire tout droit à l’université où très vous n’y êtes pas toujours hébergé.  La première des choses à laquelle il faut penser  c’est où habiter, dans ce pays libéral, l’on retrouve des hébergements avec des forfaits/tarifs  différents. Certains habitats sont chers et d’autres relativement moins chers. Moi par exemple je suis tombé dans ce piège parce que quand je suis arrivé, j’ai pris un hébergement qui était relativement cher. Donc je n’ai pas pu faire certaines économies qui auraient pu me servir à faire autres choses. Evidemment j’ai suivi un cours sur la gestion des projets, qui était un cours externe (…), ce sont ces économies que j’ai utilisé pour faire ce cours qui ne faisait pas partie de programme de master à l’université. J’ai voulu suivre d’autres cours mais l’hébergement coutait trop cher. Quand-même j’ai eu des conseils d’orientations très importantes de la part d’un candidat du nom d’Adama Diakité qui a été très disponible pour moi et m’a guidé orienté pendant mes premiers mois, je le remercie vivement.

Nous qui avons déjà été et sommes revenus serons très heureux à notre tour d’aider aussi ceux qui viendront  vers nous pour des conseils et orientations dans le cadre de cette bourse.  Il y a assez de facteurs qu’il faudra prendre en l compte mais la question hébergement est cruciale.Au-delà des cours, ce programme vise à faire connaitre l’Angleterre dans toute sa diversité, la société anglaise en général. Il y a aussi des entreprises anglaise qui pourraient être intéressées à investir en Guinée (…), si vous y allez ne soyezpas trop timide. Des rencontres sont organisées, si vous y êtes par exemple, n’hésitez pas à interagir avec les gens. Des opportunités de rencontrer des grands investisseurs peuvent s’ouvrir  vers vos pays. Il est très important d’être ouvert  et d’aller vers les gens et des institutions ou des sociétés minières (…), cela permet de drainer des choses vers votre pays. Depuis une trentaine d’années,il y a eu plus de 50.000 postulants pour le programme Chevening. Ces anciens boursiers interagissent et collaborent le cadre d’un réseau qu’on appelle alumi network. En tant que guinéen, j’ai noué des liens avec beaucoup d’autres nationalités africaines et non africaines. Certains parmi eux nous discutons affaires et projets qu’on pourrait réaliser ensemble. Tout cela est une panoplie d’expériences que vous pouvez vivre dans le cadre du programme Chevening.

Que comptez-vous faire après ce que vous avez acquis à travers ce programme ?

Je suis revenu il y a quelques jours (…), j’ai fréquenté l’université de Bradford où mon Master portait sur le développement Internationale. Il y avait deux composantes ; d’abord celle de la gestion des projets qui se focalisent sur ledéveloppement et l’évaluation  de la viabilitétechnique, économique et financièredes projets, d’investissement et de developpement. L’autre composante c’est le développement pur et dur (…), c’est-à-dire les ingrédients qu’il faut avoir pour une entité (une region, un pays, un continent ou même le monde entier) afin qu’elle puisse déclencher un processus de développement économique tenable dans la durée. Alors j’ai fini ce programme en septembre de cette année. Mais en  plus de ces composantes j’ai fait aussi des recherches dans le cadre de mes  travaux de mémoires qui sanctionne la fin du programme.

42948960_547214525731253_7400672054841704448_n.jpgMon Mémoire a porté sur les effets de la diversité ethnique sur le processus de développement économique notamment la croissance économique. J’ai réalisé une étude qui porte spécifiquement sur la Guinée, ces travaux ont été présentés  et se sont révélés très concluants. Avant mon départ, je me suis dit qu’avec toutes les situations vécuesen Guinée, il y avait quelque chose qui maquait. Sil l’on se réfère à l’indice du développement humain du PNUD en 2015, la Guinée était classée 182 sur 185 pays. Donc je suis parti avec cette hypothèse et les travaux de recherche sur mon mémoire ont prouvé que la diversité ethnique pourrait être un facteur de retard au developpementde la Guinée dans sa globalité. Cela a contribué à faire assoir  mes convictions qu’il faut faire quelquechose. Avant d’y aller j’avais entrepris un certains nombres d’actions avec des amis, nous avions initié un certains nombres de projets dont une qu’on avait appelé Love-Guinea Basket-Ball (LGB), qui visait à promouvoir l’unité nationale à travers le sport. Les gens étaient très fascinés par le concept mais on s’est rendu compte, en tant qu’initiateurs qu’on manquait d’arguments forts.

 C’est ce qui entre autres a motivé ma décision à aller faire un Master et me focaliser sur l’impact de diversité ethnique sur le développement économique. Je mesuis dit qu’il faut avoir des arguments scientifiquement et empiriquement irréfutables que la diversité ethnique était pour  quelque chose dans le processus de développement économique de la Guinée. Quand on vous dit que la diversité ethnique est un problème on vous dira que vous êtes très subjectif. Est-ce que vous pouvez être beaucoup plus précis. C’est à vous de démontrez si cette hypothèse est vraie et que c’est  scientifiquement démontrable. Et maintenant, je suis convaincu d’avoir d’argumentsscientifiquement convaincant que la diversité ethnique a des effets majeurs et pourrait être un freinconsidérable au développement de Guinée. Je compte entreprendre une initiative dans ce sensavec d’autre compatriotes pour contribuer à renverser la tendance.

Beaucoup ne participent pas à de tels programmes parce que, généralement ce sont des personnes qui sont déjà engagées dans une vie professionnelle. Comment vous êtes parvenus à convaincre votre employeur pour prendre une certaine disponibilité ?

Ce programme s’étale sur douze mois, c’est déjà un grand avantage, car généralement le master vous prend 2 ans/24 mois Il y a  plein d’institutions académiques en Angleterre dont les programmes de master ne durent que 12 mois.  Il est beaucoup plus facile de convincre votre employeur de vous laisser partir pour mois que pour 24 mois. Lorsque ce programme m’a été présenté, j’ai ciblé  les universités des plus réputés comme Cambridge,  Oxford et Bradford. Lorsque j’ai écrit à Oxford ils m’ont dit que le programme de développement qu’ils ont était  pour deux ans.. Cambridge  pour sa part a indiqué qu’il fallait que je rehausse mes prouesses en Anglais afin d’obtenir 100 points  parce que j’avais eu 92 points  auparavant. Ironie du sort, le lendemain, Bradford m’a appelé pour me dire que j’ai obtenu une admission inconditionnelle.

Le premier avantage est donc la durée de douze mois et le second, ce que tous  les employeurs de façon générale cherchent à avoir du personnel qualifié. Si quelqu’un se présente auprès de son employeur pour dire qu’il a une opportunité de formation niveau Master et pas dans n’importe quel pays en plus, qu’il s’agisse de l’Angleterre où tu es pris en charge par son sponsor, c’est un argument très fort pour convaincre votre employeur de vous laisser partir d’autant plus que vous prenez l’engagement de revenir. Pour mon cas,  tout d’abord j’ai préparé mon employeur vu les fonctions que j’occupais (…), nous avions fait des passations de service, nous avions trouvé une entente légale et je suis parti avec l’engagement de revenir. J’ai fini le programme et je pense avoir acquis énormémentde connaissance, d’aptitudes et de qualification que je pourrais mettre à profit pour aider mon employeur à atteindre ses objectifs. Je suis revenu et je tiens à honorer mon engagement en dépit des tentations qui existent partout à reprendre le travail et d’aider mon employeur comme je l’ai déjà dit dans l’atteinte de ses objectifs.

Je tiens vraiment à remercier vivement le gouvernement britannique pour cette opportunité, mon employeur les congés sabbatiques qui m’ont été accordés, ma famille, mes parents et Dieu, pour la réalisation de qui était hier pour moi un rêve.

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tél : (00224) 655 311 112

Créé le Lundi 01 octobre 2018 à 20:18

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